La littérature finlandaise

Publié le par Sylvain

Mon immersion en Finlande s’est poursuivie dans la littérature nationale, et en particulier ses œuvres amplement traduites dans le monde, et notamment en français. La littérature finlandaise comprend une variété d’œuvres cultes et d’auteurs talentueux, de ceux qui participèrent à l’éveil de la nation finlandaise jusqu’à ceux qui aujourd’hui perpétuent par les mots un certain amour de la Finlande et de ses singularités les plus attachantes…

Le Kalevala, grande épopée finnoise
La première édition du Kalevala date de 1835. Il s’agissait alors d’un recueil de poèmes épiques et folkloriques collectés par Elias Lönnrot à travers la Finlande et la Carélie, en vue de constituer une œuvre mythologique comparable à celle d’Homère en son temps et en ses lieux. La tradition de la chanson poétique est alors déjà part de la culture balto-finnoise depuis près de deux mille ans. Si l’émergence d’épopées poétiques est aussi constatée ailleurs, notamment en Pologne, c’est bien l’exemplaire finlandais qui retient l’attention de nombreux Européens. Ainsi, la publication du Kalevala, renforcée par la parution d’une seconde version en 1849, conforte pour la première fois les Finnois dans une confiance en eux et une foi dans l’existence bien réelle d’une langue et d’une culture nationale. Le Kalevala est dès lors surnommé l’épopée nationale finnoise. Le mystère le plus fascinant du Kalevala est probablement le très fameux Sampo. Il s’agit à première vue d’une sorte de matériau philosophe primitif, largement personnifié par les personnages de l’épopée poétique. Mais le Sampo apparaît avant tout comme une source de prospérité inépuisable. De nombreuses interprétations ont été proposées, certaines y voyant un des piliers du monde, d’autres un coffre renfermant un trésor… Aujourd’hui, le Kalevala est l’œuvre littéraire finlandaise la plus traduite, dans quelque soixante langues, parait-il. C’est considérable si on pense à la sphère a priori réduite de rayonnement de la culture finnoise, ou encore à la difficulté de traduire brillamment une langue finnoise ancienne et métrée.

Johan Ludvig Runeberg, le poète national
Johan Ludvig Runeberg (1804-1877), membre de la communauté suédophone de Finlande, a composé l'intégralité de son œuvre en suédois. Il est l’auteur du premier recueil de poèmes publié en Finlande, Dikter, en 1830. Figure essentielle de la littérature finlandaise, Runeberg a largement contribué à l’éveil national de la culture finlandaise, avec Elias Lönnrot, compilateur du Kalevala, et le compositeur Jean Sibelius. Son œuvre la plus fameuse est sans doute les Récits de l'enseigne Stål, écrit entre 1848 et 1860, que l'on considère comme le plus grand poème épique finlandais ne faisant pas partie du fond traditionnel lié au Kalevala. L’auteur y traite de la guerre de Finlande au cours de laquelle la Suède perdit sans gloire la Finlande qui devint un grand-duché dans l'empire Russe. Le poème glorifie l'humanité commune à toutes les parties en conflit, même s’il loue principalement l'héroïsme des finlandais. Le premier poème de cette œuvre, « Vårt Land », est devenu l'hymne national finlandais. Par ailleurs, le « jour de Runeberg » est célébré tous les ans, le 5 février.

Arto Paasilinna, maître de l’humour finlandais
De nos jours, Arto Paasilinna déploie avec succès son humour percutant dans des romans traduits dans plus de 20 langues. Cet écrivain né en Laponie finlandaise a notamment exercé des métiers de la forêt avant de devenir journaliste. Ce parcours atypique semble influer sur ses écrits qui ne le sont pas moins. On qualifie souvent ses œuvres de « romans d’humour écologique ». La nature est toujours omniprésente, et même un personnage à part entière. A la fois grinçant, fantaisiste, jovial, et surtout pas sophistiqué, le style de Paasilinna est original au sein de la littérature contemporaine. Dans Le Lièvre de Vatanen, il raconte l’épopée burlesque d’un journaliste qui déserte sa rédaction pour fuir joyeusement vers la Laponie, au fil de rencontres et de péripéties savoureuses, après s’être épris d’amitié pour un jeune lièvre… Il finira par s’égarer en Russie à la poursuite d’un ours, avant d’être jeté dans une prison finlandaise pour purger tant de fantaisies et d’atteintes grossières au conformisme… Dans Petits suicides entre amis, Arto Paasilinna évoque l’expédition loufoque d’un groupement de suicidaires déterminés à conclure ensemble leur triste existence, et qui au fil de leurs pérégrinations redécouvrent peu à peu des saveurs de la vie. Un périple vers la mort plein de vie et d’excès. L’allégresse de leurs derniers instants apporte aux désespérés toutes les raisons de vouloir vivre encore. Une ode au voyage, à la fuite de l’absurdité des rapports sociaux, et surtout à l’appétit pour la vie. Paasillinna, c’est avant tout la voix de la Finlande – rares sont les pages de ses livres où le nom du pays n’apparaît pas – autant qu’un regard plein d’ironie porté sur celle-ci et sa population. Avec dérision, cynisme, mais avant tout beaucoup de passion, l’auteur décrypte les mœurs d’un pays qu’il prend visiblement beaucoup de plaisir à sillonner inlassablement et dans tous les sens de page en page dans ses livres. La Laponie représente d’ailleurs une place privilégiée du décor des intrigues et de leurs personnages. Peut être faut il y voir l’attachement à cette région septentrionale dont l’auteur est natif.

Outre ces brillants représentants, la littérature finlandaise comprend un grand nombre d’autres talents… Au XIXe siècle, on peut citer notamment les contes du suédophone Topelius ou les romans d’Alexsis Kivi (
Les sept frères), et un peu plus tard Linnankoski. Au XXe siècle, c’est Sillanpää et ses nouvelles hallucinantes qui fit rayonner la littérature nationale (Prix Nobel en 1939), ainsi que Waltari et ses romans historiques, la femme de lettres et peintre Tove Jansson, ou le poète et romancier (lui aussi suédophone) Bo Carpelan, récent titulaire du Prix Européen de littérature 2007.

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