Finlande - Russie

Publié le par Sylvain

J’évoquais récemment, dans le cadre d’un panorama des voisins nordique et scandinaves de la Finlande, la relation ambigüe de cette dernière avec la Suède… C’était omettre une relation de voisinage au moins aussi compliquée, avec le pays qui partage la plus grande frontière terrestre de la Finlande : la Russie. Certes non assimilée à un pays nordique ou scandinave, cette dernière n’en est pas moins très présente dans l’histoire de la Finlande, et dans les références par rapport auxquelles se bâtit aujourd’hui encore l’identité finlandaise.

Les tourments de l’histoire
Les relations entre la Finlande et la Russie sont depuis longtemps empreintes de méfiance et d’ambiguïté. Quoi de plus logique, d’ailleurs, entre deux voisins si disproportionnés, si différents, et dont l’un a longuement occupé l’autre dans le passé… La Russie est 50 fois plus grande que la Finlande et environ 27 fois plus peuplée. Pendant 110 ans, les Russes ont occupé la Finlande, en faisant un « Grand-duché ». Pendant la Seconde guerre mondiale, les Russes ont bien failli établir de nouveau une longue occupation du pays, mais la résistance vaillante de l’armée finlandaise a permis de limiter les pertes à celles de deux petites régions frontalières. En 1947, la Finlande a définitivement affirmé son indépendance vis-à-vis de son géant de voisin, par le traité de Paris. Les années qui suivirent marquèrent un éloignement progressif mais certain des destins des deux pays.

Les cours sur l’histoire et la société russe à la Ulapland
A l’université, il est proposé un cours en anglais ayant pour intitulé et thème « l’histoire et la société russe ». Le professeur qui l’enseigne pourrait être Russe. Son allure semble illustrer le parfait cliché du mâle russe. Trapu, négligé, il porte une barbe et de grosses lunettes. Son teint et sa santé de toute évidence fragilisée laissent suggérer les stigmates d’un alcoolisme chronique de longue date. Mais il est bien Finlandais, et fier de l’être à juger sa tendance naturelle et manifeste à porter sur la Russie un regard critique voire inquisiteur, acerbe voire pessimiste. Sans aucun doute, les leçons qu’il professe en la matière sont fortement subjectives. On peut en juger par le nombre de photos personnelles – escapades et autres voyages « scientifiques » en Russie – qu’il intègre plus ou moins pertinemment dans la présentation de son propos. Mais c’est surtout dans son approche des questions liées à l’histoire et à la société russe que l’on peut sûrement discerner des choix délibérés de teinter le propos de sa propre amertume, qu’elle soit intime pour des raisons obscures, ou patriotiques pour des raisons évidentes. Le découpage en chapitres couvre ni plus ni moins le champ certes assez étendu des maux de la société russe contemporaine, de l’alcoolisme fléau (dont les statistiques sont certes éloquentes au pays des tsars) au crime organisé, en passant par la misère des enfants des rues, les ravages du SIDA, l’emprise du chômage, les désastres de la radioactivité, ou encore la tragédie de la prostitution qui s’exporte… Bref, la noirceur de ce portrait de la société russe qui émane d’un point de vue universitaire mais altéré d’exagération en dit long sur les rancœurs excessives de beaucoup de Finlandais à l’égard de leurs voisins russes…

Le point de vue des Finlandais sur les Russes, et vice-versa
Du côté finlandais, on décrit volontiers les Russes comme des êtres méchants et malhonnêtes. Les traumatismes du passé, notamment lors des deux guerres mondiales, peuvent expliquer la connotation violente de la Russie dans l’imaginaire finlandais. Mais de nos jours ce portrait peu flatteur se perpétue, en particulier à travers le regard porté par les contemporains sur les Russes présents en Finlande, souvent pour des activités économiques qu’ils exploitent sans scrupule au regard des exigences nationales en matières fiscale ou sociale… De l’autre côté, la tranquillité et le civisme des Finlandais tendent à leur valoir au regard des Russes d’être des êtres mous et stupides. Un constat qui en dit long sur les différences profondes d’identité entre les deux peuples. Les Finlandais sont des démocrates confirmés, attachés à la sécurité que leur garantit l’Etat, et pacifiques par tradition. Les Russes sont eux confrontés à une réalité beaucoup plus instable où chacun doit affirmer sa force pour en tirer bénéfice.

D’Est en Ouest
Côté diplomatie, les relations Finlande-Russie sont réputées de bonne qualité, mais elles restent complexes et susceptibles de connaître des tensions ponctuelles à tout moment (notamment sur la protection des investissements, l’espace aérien, …). L’entrée de la Finlande dans l’Union européenne s’est accompagnée d’un net refroidissement de ses relations avec la Russie, mais celle-ci reste néanmoins un partenaire de choix, devenant même le deuxième partenaire commercial du pays (après l’Allemagne). Si la Russie a toujours été un partenaire majeur, pour le pire et le meilleur, de la Finlande, elle voit aujourd’hui son ex-duché résolument tourné vers l’Ouest et l’Union européenne.

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