Soviétisation de la profession

Publié le par Sylvain

Depuis Noël, Lapland VIP Tour, la compagnie de safaris pour laquelle je travaille, semble devenue une petite partie de la Russie, ou pour être plus précis de feu l’empire soviétique. Certes je savais déjà Elena, la « general manager » d’origine biélorusse, et Svetlana, la principale permanente, de nationalité russe. Mais il me restait à apprendre que les copropriétaires – avec Elena – de l’entreprise, sont moscovites. Il m’a fallu pour cela voir débarquer fin décembre un couple d’âge mûr (comme on dit) à l’allure joviale et joufflue, et aux jolies moustaches et bretelles pour le monsieur, autrement dit mon supérieur hiérarchique ! Ce qu’il y a de délicat avec les Russes, c’est qu’ils ne se présentent jamais, ce qui laisse planer un long doute sur leur identité et leur rôle, et aussi qu’ils ne font que parler russe entre eux à longueur de temps, avec toujours l’air quel que soit le juger de régler des comptes, alors même que parfois d’une seconde à l’autre ces conversations partent en éclat de rire. De plus, les Russes sont indifférents à la présence d’un non russophone qui aimerait bien intervenir ou demander un renseignement.

Outre ces personnages, la clientèle de la compagnie est aussi désormais quasiment exclusivement russe. Les autres nationalités sont désormais « les étrangers ». La clientèle russe a plusieurs particularités, dont celle d’être souvent vraiment très riche, celle presque tout le temps de ne pas comprendre un mot d’anglais, celle fréquemment enfin d’être particulièrement hautaine et capricieuse, pour ne pas dire en plus blasée. Récemment j’ai eu aussi toute une famille – au très grand complet – de kazakhes. Pas si courant comme nationalité parmi les touristes ! Et pour cause, ceux là sont parait il immensément riches, car ni plus ni moins les rois du pétrole dans leur pays… Ces clients s’avérèrent plutôt agréables, bien que leurs initiatives nombreuses fussent pour le moins imprévisibles et incontrôlables, comme celle d’allumer un immense feu (en parallèle de ceux utilisés pour le dîner) pour se mettre à chanter autour des chansons kazakhes, du reste plutôt mélodieuses... Avec cette clientèle russophone, mon rôle se réduit – ce qui ne le rend pas moins actif – à la fonction de conducteur et de cuisinier (sur le feu, j’en reparlerai).

Avec cet afflux venu de l’est, c’est aussi tout une gamme de guides russophones qui sont venus compléter notre équipe jusqu’alors plutôt diversifiée. A présent, le russe est vraiment la langue officielle de la compagnie, puisque seuls mon collègue et colocataire, Claudio, le mari finlandais d’Elena et chauffeur de bus, Passi, et moi-même, ne parlons pas russe. A présent nous travaillons suivant les méthodes russes. Cela apporte parfois de la confusion pour les membres non russophones de l’équipe. Mais d’autres de nos compétences semblent très appréciés, à commencer par celle de conducteur, dont très peu de nos collègues russes disposent. Ambiance à la russe donc. Autrement dit, discussions interminables, intonations sévères et sourires rares, réservés à la clientèle ou aux moments de détente avec les membres de l’équipe. Mais ce n’est pas encore le goulag ! Il parait qu’il y aura plus de clients « étrangers » à partir du 10 janvier… Peut être des « étrangers » français par exemple ? Dans ce cas là, j’aurai l’exclusivité de la mission !

Publié dans Ma vie en Laponie

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