Riga, capitale baltique reposante et ensoleillée

Publié le par Sylvain

Après plus de cinq jours passés en Russie, à la porte orientale de l’Europe, cap à l’ouest, avec un retour vers l’Union Européenne, et dans un premier temps un des pays baltes, la Lettonie, et plus précisément sa capitale, Riga, où nous devons passer presque deux journées et une nuit…

Moscou-Riga, 16 heures de 3ème classe

La liaison vers la Lettonie est prévue en train, pour lequel nous avons réservé des billets de troisième classe. A Moscou, en pénétrant dans le wagon du train pour Riga, une certaine atmosphère se dégage déjà… Les gens ont tous l’air pauvre et sont serrés sur des banquettes peu confortables. Le wagon se présente sous la forme d’une série de compartiments sans cloison, le tout traversé par une allée. Tel sera notre sort pour les 16 heures de voyage à venir ! Beaucoup de découverte, un peu d’angoisse sans doute aussi… Une fois installés à nos places, nous faisons rapidement connaissance avec un passager américain étudiant en France qui passait à Moscou rendre visite à des amis. Et quelques instants plus tard un autre jeune américain, vivant à Moscou, lui, où il enseigne l’anglais. Rencontres insolites et inespérées dans ce wagon épique ! Agréable compagnie, aussi, nous mettant davantage en confiance dans cette ambiance bien particulière de 3ème classe de train de nuit russe. D’autant que John, cet expatrié de l’Ohio à Moscou depuis deux années, parle russe et nous sert donc d’interprète et de conseiller, quand il nous indique comment procéder si à la frontière les forces de l’ordre tentent de nous arracher de l’argent pour de prétendues anomalies dans les papiers… Le wagon résonne des ronflements en tout genre et transpire des sueurs des alcooliques effondrés ici et là. La Russie authentique, dirait on. Le voyage s’avère long, mais néanmoins sympathique, en compagnie de nos deux compagnons de voyage. Le reste du wagon dort profondément, les sons de lourds ronflements de notre gros voisin ivre ne manquant pas de nous faire sourire ! Plus tard, quand le sommeil me gagne à mon tour, je me hisse sur une banquette à l’étage espérant y trouver un endroit paisible pour passer la nuit. Si l’odeur d’un proche voisin est quelque peu dérangeante, l’influence des mouvements du train m’oblige aussi à contrôler mon équilibre sur cette étroite couchette pour ne pas tomber dans l’allée ! Au petit matin, le train s’arrête, les gardes frontières russes entrent et vérifient tous les papiers, puis tous les bagages. Aucun incident à signaler, finalement. Environ trois quarts d’heure plus tard le convoi redémarre, avant de s’arrêter à nouveau un peu plus tard, pour laisser entrer les gardes lettons, qui à leur tour effectuent les mêmes vérifications. Tout le wagon est désormais réveillé après une nuit entamée bien tôt la veille. Nous sommes juste une poignée à tenter de continuer à dormir, tandis que d’autres multiplient allers et venues dans le wagon et discutent à haute voix, comme cette vieille femme très sonore juste au-dessous ma banquette… Bandes-sons nuit et jour décidément !

 

Bienvenue à Riga, capitale de Lettonie

Vers midi, le train arrive en gare de Riga. La ville est très ensoleillée et l’atmosphère du trajet – à pied – vers l’hôtel accueillante. Après un bon repas et une bonne douche, nous voilà partis à la découverte de Riga, ou plutôt de son vieux centre. La ville compte plus de 700 000 habitants, ce qui en fait la plus grosse ville des pays baltes, tandis que la Lettonie – située entre la Lituanie au sud et l’Estonie au nord – en comporte environ 2,3 millions. Le cœur de la ville se trouve dans le vieux centre historique – inscrit au patrimoine de l’Unesco – à taille modeste. On y trouve plusieurs églises et cathédrales, la plupart luthériennes, ainsi qu’une catholique et une orthodoxe. Les rues de la vieille ville sont sinueuses et bordées de maisons colorées. Ce centre historique est bordé d’un genre d’allée verte, parcourue par les allées de promenades et un agréable canal, le tout sur l’emplacement des anciens remparts de la ville. On y remarque aussi l’opéra de Riga, et bien sûr le monument de la liberté, une colonne surplombée d’une statue de la liberté, érigée en plein centre, sur une place à la jonction du vieux centre et des quartiers qualifiés de « Art Nouveau » (plus grande concentration de ce style dans une ville d’Europe), qui s’étendent au-delà de cet espace verdoyant. Riga a reçu le surnom de « petit Paris balte ». On retrouve aussi dans la ville des influences soviétique, comme l’apparence du bâtiment de l’Académie des Sciences, qui rappelle beaucoup l’architecture des « Sept sœurs » à Moscou. De l’autre côté de la rivière Daugava – qui longe le centre historique – se développent les quartiers résidentiels et d’activités économiques.

 

La Lettonie, entre Russie et Europe

Comme les deux autres pays baltes, la Lettonie est un petit pays qui à travers les siècles et les décennies a connu une succession de dominations par ses grands voisins. Du XIIIème au XVIème siècle, la Lettonie était la possession des chevaliers prussiens. Au siècle suivant, c’est la Pologne, puis la Suède, qui occupèrent le pays. Ensuite, au XVIIIème siècle, la Lettonie devint partie de l’Empire Russe. L’allemand était toutefois encore la langue pratiquée à cette époque. La première indépendance lettone date de 1918, avant que la seconde guerre mondiale ne provoque de nouvelles occupations du pays, et enfin son annexion à l’URSS en 1944. La Lettonie était, à l’instar de l’Estonie et de la Lituanie, encore partie de l’URSS avant la chute de celle-ci en 1991. Après 13 années d’indépendance retrouvée, la Lettonie est devenue membre de l’Union Européenne en 2004. Le pays est aujourd’hui encore profondément marqué par cette longue occupation russe. Ainsi, de nombreux Russes qui avaient migré en Lettonie durant la période soviétique sont restés après l’indépendance, et on estime ainsi à 40% la proportion des personnes d’origine russe – et russophones – dans la population lettone actuelle. Dans les rues de Riga on retrouve souvent le style russe dans la population, et la mélodie de la langue russe – facilement distinguable du letton – résonne ici et là. Toutefois, les rues de Riga offrent une ambiance véritablement différente de celle des villes russes visitées auparavant. La ville semble plus calme, plus paisible, et ses rues bien moins envahies de policiers ou miliciens ! Le centre ville parait propre et entretenu, davantage en tout cas que certaines rues de Moscou ou de St Petersburg.

 

Une page tournée, mais des Lettons toujours désabusés…

Il semblerait que le regard du pays soit aujourd’hui tourné vers l’Europe. Du moins à en juger les références culturelles à l’Europe occidentale observables ici et là. La France est peut être en tête de ces clins d’œil. On trouve à Riga de nombreux noms à consonance francophone, dans les enseignes, les publicités, etc. Et puis il y a cet étrange hommage, une « Tour Eiffel » bien particulière - dressée sur une île de la rivière – dont la forme rappelle certes vaguement l’original parisien, mais dont les couleurs rouge et jaune et la fonction – semble t’il de relai téléphonique – diffèrent avec fantaisie… L’ambassade de France, massive, trône elle en plein centre de la capitale, à l’intersection de deux grosses artères. Et les rues de la ville regorgent de bandeaux et autres affiches annonçant une exposition d’art consacrée à des peintres français… Dommage que l’ouverture de la galerie ne soit planifiée que dans quelques jours ! Néanmoins, la « transition » que le pays connaît laisse apparemment planer de nombreux doutes, notamment parmi la population. Les quelques Letton(e)s croisé(e)s apparaissent souvent désabusés dans leurs discours concernant leur pays… L’idée d’un gouffre de développement séparant la Lettonie des pays d’Europe occidentale comme la France semble fortement répandue. Malgré les forts progrès économiques du pays, le moral national semble bien bas, et la confiance dans la patrie très faible… Beaucoup de Lettons se sont faits à l’idée – sûrement exagérément – d’être le recoin pauvre de l’Europe, où les Occidentaux ne viendraient chercher que prostituées et beuveries bon marché… Peu d'entre eux semblent croire au potentiel de leur pays d’atteindre l’idéal de liberté et de prospérité porté par la récente adhésion à l’Union européenne…

 

 

Dans ce voyage, comme d’un point de vue culturel, démographique ou historique, cette étape à Riga constituait une transition entre Russie et Europe occidentale. Prochaine destination, Stockholm, vers laquelle nous nous envolons en fin d’après midi…

Publié dans Carnets de voyages

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