Stockholm, la capitale de l'exemple scandinave

Publié le par Sylvain

C’est la dernière étape « étrangère » dans cette tournée des pays voisins de la Finlande. La Suède n’est pas n’importe quel voisin pour la Finlande. C’est une sorte de nation sœur, mais avant tout profondément rivale. Dans l’histoire, la Suède a presque perpétuellement dominé la Finlande sur tous les plans… Mais aujourd’hui, à l’heure où la Finlande parvient à remporter ses premiers succès dans le cadre de cette rivalité, la Suède continue d’incarner une certaine supériorité, qui se résume en ce qu’elle illustre une certaine réussite scandinave, à travers un style et un modèle de société…

La Suède, le cœur de la Scandinavie

La Suède est très allongée, puisque longue de 1600 kilomètres du nord au sud, ce qui donne son extrémité sud – la ville de Malmö – à la même distance de Rome que de son extrémité nord. Par ailleurs peuplée de 9,1 millions d’habitants, dont 12% sont nés à l’étrangers, la Suède est de tous points de vue le plus grand pays scandinave. Dans l’histoire de la Scandinavie et de l’Europe du Nord, les initiatives sont bien souvent venues de la Suède, à l’instar du développement de la culture viking (IXe et Xe siècles) ou de la christianisation (XIIe siècle). Dès le XIIe siècle, la Suède s’est affirmée comme une grande puissance européenne moderne. Cette situation connut néanmoins une parenthèse lors de la période de domination russe au XVIIIe siècle. Depuis la fin de ce même siècle, le Royaume de Suède a développé progressivement un modèle démocratique et pacifique qui perdure aujourd’hui. Le régime monarchique presque millénaire est devenu fortement parlementaire, mais le pays reste attaché à sa famille royale, dynastie dont les origines françaises remontent à 1809. De nos jours, la Suède incarne la réussite mêlant haut développement de l’Etat providence et très bonne santé économique. Les données démographiques affichent également de bonnes performances, avec un taux de natalité et une espérance de vie parmi les plus hauts d’Europe.

Stockholm, capitale historique et culturelle

Stockholm est aujourd’hui reconnue comme une véritable ville internationale – avec près de 800 000 habitants, soit un peu plus seulement que Riga – voire une des plus belles villes du monde. L’eau est omniprésente. La mer baltique est très proche, mais sa présence se caractérise surtout par un morcellement en îles, 14 au total, et l’existence de 53 ponts. Le long des divers rives s’alignent des constructions plutôt basses et aux divers tons pastels. C’est avant tout par son style que la ville se distingue comme une belle capitale. L’histoire de la Suède se décline à travers la ville, par les différents styles d’architecture aussi bien que par les monuments historiques présents. A deux pas du Riksdag (le Parlement), sur l’île qui constitue le noyau médiéval (parfaitement conservé), se dresse le Palais royal, où vit la famille royale de Suède. L’endroit semble solennel et bien gardé, et des convois y entrent et sortent par moments. Stockholm abrite près d’une centaine de musées, et tire de ce fait une réputation de ville de culture. Nous nous sommes contentés de visiter l’un d’entre eux, et nous avons choisi le National Museum, en plein centre de la ville. Celui-ci abrite une vaste collection d’art, des peintures classiques aux objets d’art contemporains. Les galeries présentent notamment un impressionnant recueil d’œuvres impressionnistes de peintres français.

Du sérieux scandinave…

Stockholm parait judicieusement aménagée à bien des égards. Il en est ainsi des transports. Certes, on peut citer les transports en commun, bien déployés et assez peu chers. Mais la particularité la plus singulière concerne les transports maritimes et aériens. Pas de gros ferry dans le centre de Stockholm, alors qu’un bras de mer y vient. Pas d’avion au décollage ou atterrissage dans le ciel, non plus. Les terminaux maritimes ont été installés bien à l’écart du centre ville. Les aéroports, eux, se situent tous à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. Dans les deux cas, des services de navettes desservent à merveille ces lieux vers et depuis le centre ville. La circulation automobile est fortement dense, mais semble t’il parfaitement régulée et organisée. Pas d’embouteillages monstres, pas de bolides sur les avenues. La circulation – en total contraste avec ce qui se voit en Russie – semble à l’image de la ville. La sûreté est un maître mot, une exigence, voire un acquis. Et puis il y a bien sûr l’impression générale de propreté. Là aussi, le contraste avec la Russie est manifeste. Stockholm, contrairement à certaines rues de Moscou ou Saint Petersburg, illustre la réputation de propreté des villes nordiques. Ces observations semblent se conjuguer pour décrire un certain art de vie suédois ou scandinave, voire un modèle ou un exemple. L’atmosphère qui accompagne ce sérieux scandinave, nous la découvrons dès l’arrivée à l’auberge de jeunesse. Beaucoup de règles – de l’obligation de retrait des chaussures dès l’entrée de l’établissement à la réglementation de l’utilisation de la cuisine commune – sont à respecter, et elles sont soigneusement reportées sur un document remis à chaque arrivant. Ces normes de vie quotidienne et de sûreté sont parfois poussées jusqu’à leur limite… Ainsi tous les occupants de l’hôtel ont-ils été brutalement réveillés en plein milieu de la nuit par une assourdissante alarme incendie sans doute un peu trop sensible. Il a fallu patienter à l’extérieur jusqu’à l’arrivée d’un responsable des lieux, pour qu’il constate que la raison de l’incident était le sauna resté un peu trop chaud… A Moscou, il eut été fort improbable d’être réveillé par une telle alarme – probablement inexistante – alors même que l’état des installations aurait davantage auguré de son utilité !

Bienvenue au Riksdag, le parlement suédois

Une autre étape de ce cours séjour dans la capitale suédoise nous amène, un peu par hasard, à l’intérieur du Riksdag, le Parlement suédois. Intrigués par les allers et venues de groupes de touristes et de scolaires à proximité d’un accès au bâtiment, nous leur emboîtons le pas et arrivons dans un hall d’où débutent les visites guidées des lieux et autres pérégrinations à l’intérieur de cette place forte de la démocratie au mode scandinave. Très bien accueillis par le personnel, dans un anglais impeccable, nous apprenons qu’hélas aujourd’hui les visites guidées ne sont données qu’en langue suédoise, inconvénient de taille pour nous même si nous sommes néanmoins cordialement invités à suivre la visite si nous le souhaitons. Finalement, nous opterons pour la séance publique, à laquelle nous pouvons assister sans démarche préalable requise, si ce n’est une évidente procédure de sécurité au moment de pénétrer au cœur du Parlement. C’est donc avec une facilité déconcertante que nous prenons la direction de l’hémicycle, accentuée encore par la serviabilité et la courtoisie des divers personnels que nous croisons au fil des couloirs et des ascenseurs. L’hémicycle du Riksdag est d’apparence moderne, contrastant en cela avec son équivalent français à connotation plus historique. Le public peut suivre la séance soit depuis un observatoire vitré, soit depuis la tribune qui lui est réservée au sein même de l’hémicycle, à condition bien sûr de respecter plusieurs règles strictes de comportement. Côté députés, les bancs sont pour le moins déserts. Les présents se comptent sur les doigts d’une main, à qui il faut ajouter le Président du Riksdag – sans doute le personnage le plus important de la vie politique en Suède, devant le Premier ministre, qu’il nomme - qui mène la séance en personne ce jour là et les quelques secrétaires qui l’entourent. Nous ne saurons l’objet du débat, langue suédoise explique. C’est donc l’atmosphère et les gestes qui attireront l’essentiel de mon observation. Debout au centre de l’hémicycle, face à face derrière leurs pupitres, deux orateurs – un homme et une femme – représentant deux sensibilités politiques différentes, débattent en prenant tour à tour la parole. Le temps de parole attribué à chacun s’égrène au fur et à mesure sur un compteur visible à tous. Les interventions se succèdent, sans que les parlementaires ne se coupent la parole ou ne soient interrompus par le président afin de faire respecter les temps de parole. Les discours des uns et des autres semblent toujours calmes, courtois, modérés. Pas de tirades enflammées ou théâtrales, pas de cacophonie, pas de provocations. Bref, si la séance en serait presque ennuyeuse à la longue, il s’en dégage en tout cas une atmosphère studieuse, concentrée, sérieuse.

La Suède est un pays dont la réussite semble reconnue et saluée en Europe. Un modèle de sécurité, de démocratie, d’économie. Un peu l’inverse de la Russie… Et pourtant, on ne saurait opposer en appréciation touristique l’une et l’autre. Sûreté, prévention, légalité : la Suède assure tout cela. La Russie présente une atmosphère beaucoup plus confuse. Mais loin d’en être dépourvue de charme !

Publié dans Carnets de voyages

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