Turku, sur le chemin du retour

Publié le par Sylvain

En fin d’après-midi de notre dernière journée à Stockholm, nous nous rendons au terminal des ferries pour la Finlande. Embarquement en début de soirée pour une longue traversée qui nous amènera à Turku au petit matin. Parfums de retour donc, avec fatigue et baisse de rythme. Dernier retour vers Rovaniemi en quelque sorte, à quelques semaines du retour, le grand…

Traversée Suède - Finlande

Tandis que le ferry longe longuement les côtes découpées de la Suède sous un coucher de soleil venant, la traversée vers la Finlande s’avère dès le départ tranquille. A bord, essentiellement des retraités et des familles, semble t’il, qui disparaissent vite dans leurs cabines. Nous qui n’avons pas le luxe d’en disposer, nous devrons passer la nuit dans quelque recoin des couloirs du navire, qui comme les ponts sont d’ailleurs bien déserts. Au beau milieu de la nuit, nous serons d’ailleurs délogés des confortables fauteuils d’un cabaret squattés opportunément. Fermeture oblige. Malgré cet incident, la nuit sera sans trop d’encombres, si ce n’est cet homme ivre mort qui me tiendra la conversation une bonne heure près de notre second lieu de sommeil. La soixantaine, l’allure distinguée, il me parlera en allemand sans discontinuer, précisant au passage sa fonction, à savoir professeur à l’université d’Uppsala, une des plus prestigieuses de Suède. Une fois ses propos incompréhensibles – si ce n’est leur teneur raciste et xénophobe – terminés pour de bon, une poignée d’heures de sommeil seulement me séparent de l’heure du réveil pour le débarquement. Bref, une traversée assez calme globalement, seulement largement troublée par cette conversation nocturne indésirable. En résumé, c’était une nuit de semaine à bord du « party-boat »Suède – Finlande, réputé pour ses fastes du week-end, quand Finlandais ou Suédois s’offrent des allers-retours où ils se noient bien au sec à l’abri des vagues dans leur alcool. Une tradition, il paraît.

Turku, ancienne capitale finlandaise

Après les agitations des capitales précédemment visitées, et en particulier des deux gigantesques villes russes, l’arrivée à Turku de bon matin a tout d’un retour au calme finlandais. La ville, capitale de la province de Finlande occidentale, n’est que la troisième agglomération de Finlande. Jusqu'en 1812, Turku fut pourtant la capitale du pays, alors assujetti au royaume de Suède. C’est lorsque la Russie envahit la Finlande que la capitale fut transférée à Helsinki. Les Russes trouvaient Turku géographiquement trop proche de la Suède. La ville n’a alors cessé de décliner en influence, par ailleurs à de nombreux reprises ravagées par des incendies. Aujourd’hui, ce centre historique et universitaire dégage certes une autre dimension qu’une petite ville telle Rovaniemi. Cependant, on est bien loin de l’atmosphère d’une capitale régionale française par exemple. Les rues ne sont ni désertes ni bondées, les galeries commerciales sans phares… Côté tourisme, deux joyaux historiques finlandais sont supposés incontournables pour le voyageur de passage. D’abord, le château, fondé en 1280. Sa façade d’un blanc vieilli, que l’on aperçoit en venant du port, ne m’incitera guère à envisager la visite du monument, dont l’intérieur comporterait paraît-il d’intéressantes collections d’objets décoratifs de différentes époques. Quant à la cathédrale luthérienne évangélique, ma volonté d’y entrer s’avérera vite sans issue. Les portes du monument sont en effet closes, et personne ne semble à portée d’aide pour venir satisfaire la curiosité du pauvre voyageur chartrain… Bref, peut être à tort, Turku restera dans ma mémoire comme une ville finlandaise à fades splendeurs, dont je ne retiendrai que les modestes façades monumentales ou encore la vision de cette rivière marronnasse qui traverse la ville.

Ultime nuit de voyage à bord du Santa Claus express

En baroudeurs épuisés par douze jours de voyage à travers six villes et quatre pays différents, nous traînons bagages et fatigues à bord du fameux "Santa Claus Express", ce train de nuit qui parcourt la Finlande du sud au nord et qui nous déposera demain matin à Rovaniemi. Entre satisfaction du voyage, fatigue intense et joie de retrouver le fief lapon, les sentiments sont plutôt mêlés. Il en faudrait donc bien plus ce soir là pour nous déstabiliser que cette Finlandaise vieillissante mécontente de nous voir prendre place dans le même compartiment qu’elle, et ne voilant à peine sa grogne manifestée à notre égard en anglais et commentée à sa voisine de siège, restée calme et impassible, en finnois. Après différentes offensives pour nous dissuader de maintenir notre position dans ce compartiment, et agacée de notre indifférence à celles ci, notre passagère bien nerveuse opèrera au milieu de la nuit un volte face bien inattendu. S’avançant vers nous, elle profèrera excuses et regrets pour son comportement précédent. S’en suivra dès lors une conversation passionnée et sonore qui, maintenant l’ambiance apaisée, viendra sans nul doute nuire profondément à mes tentatives de sommeil… La dame est de Rovaniemi, elle a vécu en Amérique du Nord, et c’est de surcroît la voisine de « Monsieur Lordi » en personne. Elle a même vu grandir le petit monstre. Au petit matin les adieux seront chaleureux comme il eut été fort improbable quelques heures auparavant. C’est ainsi que se concluait, sur le quai presque entièrement déneigé de la capitale lapone, la dernière et plus improbable rencontre de ce périple qui en comprit tant.

Quelques minutes de taxi pour Kuntotie, et j’étais de retour au bercail, 13 jours après l’avoir quitté, avec un beau périple dans la tête, plein de découvertes et de rencontres. Un voyage express, certes, mais tout en contrastes, et qui me donne déjà envie de revenir dans certains des lieux visités, certains si passionnants, d’autres si apaisants…

Publié dans Carnets de voyages

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