L'anglais, langue internationale ?

Publié le par Sylvain

Communication interculturelle

Quiconque en visite dans un pays étranger dont il ne connaît pas la langue prendra naturellement l’initiative de communiquer tant bien que mal en anglais. Ce fut une attitude toute logique pour moi à mon arrivée en Finlande ou en Russie. C’est dans la même logique que c’est en anglais que l’université de Laponie a depuis plusieurs années entrepris de proposer une partie de ses cours dans l’objectif d’attirer un bon nombre d’étudiants internationaux. Un Italien et un Français ou un Tchèque et un Allemand communiqueront d’abord en anglais, sauf s’ils devaient s’apercevoir que l’un ou l’autre maîtrise aussi la langue maternelle de son interlocuteur. Bref, l’anglais est une langue référence pour communiquer à l’étranger ou dans un environnement multinational ou multilingue. Dans ce cadre, la maîtrise de l’anglais – toute relative – constitue un véritable dénominateur commun entre des individus d’origines et de cultures différentes. Ainsi, chacun est incité à approfondir sa connaissance et sa compréhension de la langue de Shakespeare pour s’intégrer dans tout univers international. Plus que d’une convention, il s’agirait bien là d’une réalité qui se transforme en réflexe chez chacun.

 

L’anglais jouit ainsi d’un statut tout particulier, que l’on pourrait logiquement qualifier de langue internationale. Pourtant, certains contestent en substance la légitimité de l’anglais à revêtir cette suprématie. Il semble là que la réalité des faits ait déjà rattrapé l’ambition des théories. Les tentatives francophones d’élever l’influence du français en alternative à la prévalence de l’anglais comme langue internationale unique semblent vouées à l’échec. Beaucoup aimeraient certes connaître le français ou déploient beaucoup d’efforts pour l’apprendre. C’est sans aucun doute une langue admirée et qui dispose d’un rayonnement certain dans le monde entier. Mais la langue reste associée à la France et à la culture française et francophone. L’anglais, certes langue officielle dans de nombreux endroits du monde également, a une dimension toute autre. Au delà de la langue de certains peuples et d’une certaine culture, c’est devenu pour des raisons sans doute autant évidemment historiques qu’énigmatiquement mécaniques un véritable outil universel de communication, de compréhension entre les individus issus d’une multitude d’horizons différents. Dans la communication internationale et interculturelle, c’est la langue par défaut. Le français resterait alors langue internationale par convention seulement, et dans certains domaines uniquement, tels la diplomatie. Mais pour combien de temps encore ? Et que dire des tentatives de faire exister aussi l’espagnol ou l’allemand comme langues internationales ? Comment la progression de l’anglais ne serait elle pas inéluctable dans le cadre de la mondialisation ?

 

Ce statut de l’anglais crée parfois des situations insolites ou provoque des maladresses. La véritable maîtrise d’une langue internationale et la communication dans un univers multilingue demandent certes une part d’efforts, mais aussi un certain tact. Les Français apparaissent selon moi comme les cancres en la matière. Ils montrent en effet certaines fâcheuses manies. L’une d’entre elle est de parler principalement en français, pour des raisons de facilité. Et dans l’indifférence de la gêne occasionnée pour les personnes non francophones présentes. Certaines personnes étrangères ont le mérite de maîtriser – plus ou moins bien – le français, et de l’utiliser en présence des Français. Là aussi, l’attitude récurrente des Français est surprenante. Soit ils répondent en français sans – semble t’il – avoir conscience de l’effort déployé par l’interlocuteur, et sans eux même ne faire aucun effort d’articulation ou de choix lexical… Soit ils répondent – et c’est un comble – en anglais ! Comportement extrêmement dévalorisant je trouve à l’encontre de celui qui essaie tant bien que mal de communiquer dans la langue de Molière et de surmonter toute la difficulté reconnue de son usage !

 

 

La réalité linguistique européenne

Si l’anglais a dans les faits tout d’une langue que l’on pourrait qualifier d’ « internationale », il semblerait bien qu’à l’instar de ce constat sa pratique devienne aussi un élément de l’unification européenne. Si par principe l’Europe dans sa construction idéologique reconnaît et protège la diversité et embrasse donc un panel d’une vingtaine de langues officielles, l’impératif de communication entre Européens, aussi bien le peuple que ses élites, a vite fait émergé une logique inverse, favorisant la pratique de l’anglais dans les échanges entre citoyens des divers pays membres. L’aventure Erasmus est le théâtre de cette pratique et de ce constat, qui devrait augurer de l’avenir de l’Europe. Pourtant, on est forcé de constater d’importants contrastes de maîtrise entre les ressortissants des différents états membres…

 

Bien entendu, les Britanniques et autres Irlandais acceptent bien la suprématie de l’anglais dans le cadre de la communication interculturelle, et ce dans une naïveté déconcertante qui pousse même à les suspecter de négliger la diversité linguistique alors même que c’est une vérité bien avant le fait que l’anglais soit certes une langue internationale, comme pourrait l’illustrer leur difficulté souvent manifeste à entreprendre gauchement d’apprendre une langue autre que l’anglais, ou leur étonnement – voire agacement ou exaspération - face à quiconque ne saurait comprendre l’anglais. Les citoyens du sud de l’Europe, tels les Italiens mais surtout les Espagnols, s’avèrent initialement très faibles en anglais, mais savent généralement faire preuve d’une rapide progression en vue de satisfaire leur soif de communication avec les autres. Leur usage de l’anglais reste au final bien souvent approximatif. En revanche, les Allemands, les Tchèques ou encore les Polonais sont pour la plupart exemplaires dans leur aptitude à communiquer en anglais avec talent et sans écorcher la langue. Ce n’est pas un scoop, les Français eux en revanche ne brillent généralement pas en la matière. Si beaucoup en France renoncent à tenter de maîtriser la langue de nos amis britanniques et américains, d’autres se vantent de la parler couramment, négligeant tout de même de rougir de leur accent pathétique « français », dont le mythe voudrait qu’il fasse tomber sous le charme de son performeur toute créature féminine étrangère un tant soit peu sensible. Bref, le niveau général des Français en anglais – et en langues étrangères d’ailleurs – est fort médiocre et pitoyable si on le compare à celui de nos amis de la plupart des pays voisins. La mauvaise volonté française ne serait pourtant sans doute pas à reprocher seulement à chacun de mes compatriotes, mais bien aussi à des élites françaises qui tentent - à contre courant - d’accroître le rayonnement de la francophonie, jusqu'à dénigrer – même par la loi, un cas unique ! - l’immixtion de la langue anglaise dans le quotidien la société française.

 

Si les Français devaient en la matière constituer le mauvais exemple, on pourrait rechercher l’exemple ou le modèle auprès des scandinaves, ou par exemple des finlandais. Dans ces pays, j’ai pu constater que même les enfants sont fréquemment capables de communiquer en anglais avec un étranger. Il faut dire que le système éducatif privilégie un apprentissage intensif et efficace de l’anglais, et qu’en Finlande il est acceptable que l’anglais soit offert en alternative à qui ne comprendrait pas le finnois. Dans les trains, les messages vocaux sont ainsi systématiquement proposés en finnois, puis en suédois, et enfin en anglais. Personne n’écarquillera les yeux de surprise et d’agacement si vous souhaitez vous adresser en anglais à une vendeuse dans un commerce. Si celle ci n’est pas en mesure de vous comprendre, elle en sera désolée, et en revanche si elle peut communiquer en anglais avec vous, elle le fera avec plaisir et fierté. Les Finnois sont de ceux qui, placés dans un univers multilingue tel un groupe d’étudiants internationaux et finlandais, auront la délicatesse de parler en anglais même entre eux.

 

Hors Union Européenne, j’ai pu mesurer très récemment le niveau en anglais des Russes, qui s’avèrent au moins d’aussi piètres anglophiles que nous autres Français. Si la difficulté de l’apprentissage de la langue est certes beaucoup plus grande pour eux, on peut toutefois présumer là aussi un manque de volonté politique de généraliser un apprentissage poussé de l’anglais, qui reste d’abord la langue de l’empire américain…

 

 

Seules les carences des systèmes d’éducation ou les volontés politiques de contenir la tendance – comme en France ou en Russie, sans doute - peuvent désormais ralentir l’évolution qui devrait à terme faire de l’anglais une langue comprise par tous et à l’usage international et interculturel, restreignant les autres langues à un usage local. C’est du moins la conviction du Français expatrié à l’autre bout de l’Europe que je suis et qui a tout découvert de la question en quelques mois de cette expérience.

Publié dans Ma vie en Laponie

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