Présentation

  • : 29/08/2006
  • : Mon année dans le Grand Nord
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  • : Le blog de Sylvain en Finlande. Récits et anecdotes sur sa vie pendant neuf mois à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Description de l'aventure Erasmus. Carnets de voyages dans la région. Albums photos et réflexions diverses...
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A méditer...


" Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres " Saint Bernard de Clairvaux


" Le monde entier est une patrie. Il n'y a pas de pays étrangers seulement le temps les lie ou les sépare " Stanislaw Balinski


" Autant de pays, autant de moeurs "  Zénobios


" Le but du voyage n'est pas de poser le pied sur une terre étrangère. C'est finalement de poser le pied dans son propre pays comme s'il s'agissait d'une terre étrangère "  Jean Gilbert Keith Chesterton


" Il y a des pays où l'état paie l'étudiant et lui dit merci "  Félix Leclerc


" Rester, c'est exister: mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud


" On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." Hippolyte Adolphe Taine


" L'homme qui veut s'instruire doit voyager pour rectifier ce qu'il a appris" Giacomo Giovanni Girolamo Casanova


" Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité"  Proverbe chinois


" Année neigeuse, année fructueuse "  Dicton


" On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé " Alphonse Karr


" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour" Stendhal

Ma vie en Laponie

Ces derniers jours, une occupation récurrente consiste à dire au revoir aux uns aux autres, qui partent de jour en jour. Amertume, émotion, tristesse, sont évidemment au cœur de ces moments. Chacun de ces instants est quelque peu surréaliste. Pourquoi le temps de la fameuse mort du groupe doit il déjà venir inéluctablement, alors que tout se passait si bien ? C’est en fait sans doute là même la beauté de ces moments, en dépit de leur accent tragique. Encore quelques photos souvenirs, des messages écrits, des coordonnées échangées, des promesses qu’on se reverra…

Et puis à présent c’est l’heure de mon départ qui approche, et les aux-revoir y deviennent inévitablement liés… Mardi soir, j’étais chez Santeri et Ana, pour deux motifs. Faire connaissance de leur fille Ella, née début avril, d’abord. Et puis leur dire au-revoir, ensuite. Pour l’occasion, Santeri a cuisiné au barbecue de délicieux mets finlandais, comprenant makkaras, les fameuses saucisses nationales, pavé de saumon, etc. Quelques verres de vin blanc, quelques shots de vodka, beaucoup de paroles sur l’avenir. Un bon moment, le dernier. Avec eux aussi, on se reverra !

Ce mercredi, nous avons célébré le départ prochain de beaucoup d’entre nous. En effet, ces jours ci, un important flot de départs a lieu en même temps que le mien. C’était une sorte de « dernière grande fête », aux motifs multiples. Certains des étudiants en art que comporte notre petite communauté multinationale ont même conçu un document annonçant la « Good-bye Party » et dressant la liste non exhaustive des noms des partants ! Enfin, ce jeudi soir, veille de mon départ, mon appartement voit défiler celles et ceux venus me dire au revoir. Quel autre réconfort trouver que celui de se dire à demain, pour le dernier instant, juste avant le véritable départ ?

En Finlande, les drapeaux étaient de sortie ce week-end, en l’honneur de plusieurs événements d’actualité, légère… Et avec eux, bonne humeur et grande convivialité au rendez-vous !

Eurovision 2007
Ce samedi soir, c’était d’abord l’édition 2007 du concours Eurovision. L’intérêt et l’émoi suscités par l’Eurovision est certainement fort récent en Finlande. Il faut dire que le pays, résigné là encore à jouer les seconds rôles dans l’orchestre des pays européens, aborde cette année pour la première fois la compétition dans la position de nation tenante du titre, après la victoire controversée et mémorable de Lordi en 2006. De surcroît, cela fait de la Finlande le pays hôte de cette édition, qui se déroule donc à Helsinki, avec retransmission partout en Europe. L’événement était donc de taille, et donnait lieu à une retransmission sur écran géant sur la place principale de Rovaniemi (d’ailleurs récemment rebaptisée « Lordi’ Square » !). Inutile d’être rompu à l’historique et aux subtilités techniques et tactiques de la compétition pour participer aux festivités de l’Eurovision, dont le principe de franche détente et rigolade – souvent poussée jusqu’au kitch dans les prestations des artistes sélectionnés – n’a en aucun cas vocation à dissuader les néophytes comme moi. L’ambiance devant l’écran géant était à la bonne humeur et à la fête avant tout. Si bien que si les images de l’événement étaient en effet retransmises en direct sur l’écran géant, les chansons – censées être l’intérêt majeur de la compétition, non ? – ne l’étaient pas ! La musique diffusée autour de l’écran géant n’était rien d’autre qu’une sélection de divers tubes et musiques de fête ! Un comble, ne troublant semble t’il pas le moins du monde tous les amateurs de la compétition regroupés là avant tout pour passer un bon moment bien arrosé. Le son authentique ne nous fut restitué qu’au moment de la longue procédure de vote, pays par pays (en faveur d’autres pays) ! Cette année, la Finlande plaçait toutes ses espérances dans la prestation d’une chanteuse déjà bien connue, Hanna Pakarinen, avec un titre très rock interprété en anglais. Sa performance honorable n’a pas suffit à faire peser la Finlande dans un système de votes porté à exprimer les amitiés traditionnelles entre certaines nations. Illustrant le fonctionnement de ce réseau de sympathies particulières dans la compétition, le vote suédois en faveur de la Finlande, en écho d’ailleurs au vote finlandais en faveur de la Suède, a été chaleureusement applaudi dans le public de Rovaniemi et celui d’Helsinki. Cette manifestation de solidarité nordique ou scandinave s’est heurtée toutefois à une coalition encore plus marquée et étendue, celle des votes des anciens états de l’URSS dont la Russie, presque tous au final très bien placés dans le classement ! Les « pays de l’Est » n’étaient pas en reste, et c’est finalement la prestation méritante de la Serbie qui l’a emporté. La Finlande a hélas, quant à elle, retrouvé dès cette année sa stature de jadis dans cette compétition… Quelques rangs devant la France (22ème sur 24 !) tout de même - traditionnellement reléguée aux dernières places du palmarès - la Finlande n’a pu se hisser cette fois que dans le ventre mou du classement (17ème), juste devant son alliée la Suède.

Finale de hockey
D’autre part, ce samedi la Finlande a réalisé l’exploit lors des championnats du monde de hockey sur glace, en battant en demi-finale la Russie, qui jouait pourtant à domicile, à Moscou. Ce succès a évidemment suscité un grand élan de ferveur chez les Finlandais, très amateurs de ce sport. L’équipe de Finlande, parmi les meilleures au monde mais ne décrochant que très rarement d’importants trophées, était donc qualifiée pour la finale de la compétition, ce dimanche face au Canada. Hélas, là aussi la mobilisation des Finlandais pour suivre le match et leur passion à encourager leur équipe n’aura pas suffi, le Canada s’est imposé pour devenir champion du monde. Si le titre échappe une fois de plus à la Finlande, reste que cette fois ci la sélection nationale, en finissant 2ème, a glorieusement surclassé ses deux nations rivales – du moins dans cette discipline sportive – Russie (3ème) et Suède (4ème) ! De quoi fêter abondamment l’issue de la compétition, malgré la déception de la défaite du jour…

Avec sa clarté unique, le jour, la Finlande, et particulièrement la Laponie, est une aubaine pour le photographe. L’obscurité venue, avec le long hiver, la prise est certes plus compliquée, mais il y a toujours une façon de capter la rare lumière, que ce soit par son reflet sur le manteau neigeux, ou en immortalisant la fuite d’une aurore boréale…

Le photographe amateur que je suis a été d’emblée séduit et se promène accompagné le plus souvent possible de son précieux appareil, prenant garde tout de même du danger permanent de la grande fraîcheur ambiante ! Si le total de clichés qui s’accumule de semaine en semaine (combien, déjà ?) semblerait signaler un certain excès de zèle de la part du photographe, il peut aisément s’expliquer par l’angoisse permanente de  subir un jour la frustration du spectacle grandiose d’un paysage sublime juste pour les yeux.

Une certaine avidité donc, qui me conduit néanmoins toujours ensuite à une sévère sélection, je vous rassure ! Les lauréats sont d’ailleurs pour la plupart comme il se doit présentés sur ce blog ou les albums photos en ligne associés ! J’incite les grands enfants qui conservent une préférence pour les images aux textes à feuilleter ce blog de cette façon, et je remercie tous ceux qui disent avoir déjà succombé au charme des tableaux de mes clichés pour leurs compliments et leurs encouragements à …mitrailler encore toujours plus, n’est ce pas !

A peine la soirée électorale terminée, et une poignée d’heures de sommeil, mon réveil sonnait déjà. Tâche sérieuse pour moi ce matin… Je vais assurer un cours de français au collège du cercle arctique… Je m’étais rendu dans l’établissement fin janvier déjà, dans le cadre de la semaine internationale qui y était organisée. J’ai déjà par deux fois rendu compte sur ce blog de cette visite et de mes observations.

Katrina, la prof de français, est aujourd’hui appelée à se rendre dans un autre établissement scolaire de la ville, pour une concertation avec d’autres professeurs sur un projet ayant trait aux langues étrangères. En Finlande, un professeur qui s’absente est tenu de prévoir lui-même son remplacement. Le plus souvent, il fait appel à un collègue, dans le cadre de service rendu réciproquement. Parfois, l’enseignant peut saisir cette occasion pour confier les élèves à un intervenant extérieur. Katrina, qui avait mes coordonnées suite à ma venue dans son cours il y a trois mois, a cette fois choisi de faire appel à moi, ce que j’ai accepté avec plaisir.

De bon matin, me voilà donc débarquant dans la salle de classe. Il s’agit d’un groupe d’une quinzaine d’élèves – en grande majorité des filles, plus intéressées par l’apprentissage du français parait-il – d’une quinzaine d’années. L’idée étant de les inciter à parler un maximum en français, je ne dirais qu’un mot d’anglais de toute la session, d’une heure et demie au total. Certaines élèves s’avèrent étonnamment douées pour la conversation en français. D’autres se montrent plus timorés ou moins à l’aise avec la langue.

Nous commençons la séance par un tour de présentation et quelques questions-réponses. Ensuite, nous jouons au jeu que les élèves ont préparé pour ma venue, il s’agit du jeu « salade de fruits ». Après cela, je réponds aux questions que les jeunes me posent les uns après les autres sur moi, ma vie, mon séjour en Finlande, etc. Après une pause d’usage, je retrouve le groupe pour la deuxième partie de la séance. Il est évidemment prévu que je parle aux élèves de l’élection présidentielle qui vient de se jouer. Certains semblent déjà parfaitement au courant du dénouement très récent, du nom du vainqueur, et parfois de ceux des battus. Quant au président sortant, son visage semble familier à la plupart de ces jeunes Finlandais. Pour finir la séance, je propose à mon tour aux élèves deux jeux en rapport avec les mots. Beaucoup s’avèrent riches en vocabulaire français, mais aussi doués pour le dessin…

On a beau vivre sur le cercle polaire, il y a toujours des tâches qui ne diffèrent pas d’ailleurs. Ainsi, il me faut bien m’approvisionner en nourriture, cuisiner, nettoyer, … Cela n’est pas toujours d’une grande facilité quand on habite à 15 minutes du premier supermarché, et que le seul moyen de locomotion, et donc de transport de marchandises, est un vélo. C’est pourtant celui-ci qui m’a ainsi accompagné depuis tous ces mois, par tous les temps et quel que soit le niveau du thermomètre… Voilà d’ailleurs une véritable façon – contraint ou forcé ? - de se rapprocher du mode de vie finlandais, qui veut que chaque opportunité de contact avec la nature – telle un déplacement de courte distance – soit saisie.

Il y avait à l’origine presque autant de bicyclettes que d’étudiants internationaux. Or, beaucoup d’entre elles – les bicyclettes, entendons nous ! – ont périclité avant la fin de l’aventure… La mienne fait partie du cortège des vainqueurs de l’hiver glacial, des excès de conduite et de la vieillesse indéniable ! Espérons qu’elle tiendra la dernière ligne droite, la moins difficile – pour elle… Il faut bien dire pourtant que les déboires techniques se sont multipliés, allant de la vulgaire et non moins ennuyeuse crevaison au plus original et au moins typique gel de serrure par un froid matin de l’hiver lapon, en passant par la cassure à répétition du système des vitesses ou l’anomalie déclarée du fonctionnement ordinaire de la roue arrière… Bref, allers retours multiples chez le réparateur, moult explications mimées et généreux frais de maintenance peuvent prétendre à expliquer la survie improbable de ma vieille monture…

Pour me dédouaner peut être de toute maladresse ou alors pardonner à ma machine sa flagrante fragilité, j’avancerais les raisons qui rendent si périlleux le maintien du fameux cycle dans sa forme d’origine. En effet, le vélo sur glace, discipline non olympique mais bel et bien quotidienne pendant de longs mois en Laponie, nécessite certainement beaucoup de maîtrise et de chance aussi ! Les aléas techniques seraient indéniablement liés aux aléas physiques qui veulent que de temps en temps, sur une plaque de glace ou une route enneigée, le prudent conducteur de la bicyclette perde soudain tout contrôle de son véhicule pour se retrouver en un court instant lui même de tout son long à glisser sur le bitume ainsi recouvert. Pour certains, l’expérience de cette conduite à risque se trouvera ainsi interrompue pour quelques semaines de convalescence, tandis que d’autres plus chanceux auront heureusement surmonté l’incident et poursuivront le péril de rouler en vélo en hiver, avec apprentissage de sensations nouvelles inclus.

Communication interculturelle

Quiconque en visite dans un pays étranger dont il ne connaît pas la langue prendra naturellement l’initiative de communiquer tant bien que mal en anglais. Ce fut une attitude toute logique pour moi à mon arrivée en Finlande ou en Russie. C’est dans la même logique que c’est en anglais que l’université de Laponie a depuis plusieurs années entrepris de proposer une partie de ses cours dans l’objectif d’attirer un bon nombre d’étudiants internationaux. Un Italien et un Français ou un Tchèque et un Allemand communiqueront d’abord en anglais, sauf s’ils devaient s’apercevoir que l’un ou l’autre maîtrise aussi la langue maternelle de son interlocuteur. Bref, l’anglais est une langue référence pour communiquer à l’étranger ou dans un environnement multinational ou multilingue. Dans ce cadre, la maîtrise de l’anglais – toute relative – constitue un véritable dénominateur commun entre des individus d’origines et de cultures différentes. Ainsi, chacun est incité à approfondir sa connaissance et sa compréhension de la langue de Shakespeare pour s’intégrer dans tout univers international. Plus que d’une convention, il s’agirait bien là d’une réalité qui se transforme en réflexe chez chacun.

 

L’anglais jouit ainsi d’un statut tout particulier, que l’on pourrait logiquement qualifier de langue internationale. Pourtant, certains contestent en substance la légitimité de l’anglais à revêtir cette suprématie. Il semble là que la réalité des faits ait déjà rattrapé l’ambition des théories. Les tentatives francophones d’élever l’influence du français en alternative à la prévalence de l’anglais comme langue internationale unique semblent vouées à l’échec. Beaucoup aimeraient certes connaître le français ou déploient beaucoup d’efforts pour l’apprendre. C’est sans aucun doute une langue admirée et qui dispose d’un rayonnement certain dans le monde entier. Mais la langue reste associée à la France et à la culture française et francophone. L’anglais, certes langue officielle dans de nombreux endroits du monde également, a une dimension toute autre. Au delà de la langue de certains peuples et d’une certaine culture, c’est devenu pour des raisons sans doute autant évidemment historiques qu’énigmatiquement mécaniques un véritable outil universel de communication, de compréhension entre les individus issus d’une multitude d’horizons différents. Dans la communication internationale et interculturelle, c’est la langue par défaut. Le français resterait alors langue internationale par convention seulement, et dans certains domaines uniquement, tels la diplomatie. Mais pour combien de temps encore ? Et que dire des tentatives de faire exister aussi l’espagnol ou l’allemand comme langues internationales ? Comment la progression de l’anglais ne serait elle pas inéluctable dans le cadre de la mondialisation ?

 

Ce statut de l’anglais crée parfois des situations insolites ou provoque des maladresses. La véritable maîtrise d’une langue internationale et la communication dans un univers multilingue demandent certes une part d’efforts, mais aussi un certain tact. Les Français apparaissent selon moi comme les cancres en la matière. Ils montrent en effet certaines fâcheuses manies. L’une d’entre elle est de parler principalement en français, pour des raisons de facilité. Et dans l’indifférence de la gêne occasionnée pour les personnes non francophones présentes. Certaines personnes étrangères ont le mérite de maîtriser – plus ou moins bien – le français, et de l’utiliser en présence des Français. Là aussi, l’attitude récurrente des Français est surprenante. Soit ils répondent en français sans – semble t’il – avoir conscience de l’effort déployé par l’interlocuteur, et sans eux même ne faire aucun effort d’articulation ou de choix lexical… Soit ils répondent – et c’est un comble – en anglais ! Comportement extrêmement dévalorisant je trouve à l’encontre de celui qui essaie tant bien que mal de communiquer dans la langue de Molière et de surmonter toute la difficulté reconnue de son usage !

 

 

La réalité linguistique européenne

Si l’anglais a dans les faits tout d’une langue que l’on pourrait qualifier d’ « internationale », il semblerait bien qu’à l’instar de ce constat sa pratique devienne aussi un élément de l’unification européenne. Si par principe l’Europe dans sa construction idéologique reconnaît et protège la diversité et embrasse donc un panel d’une vingtaine de langues officielles, l’impératif de communication entre Européens, aussi bien le peuple que ses élites, a vite fait émergé une logique inverse, favorisant la pratique de l’anglais dans les échanges entre citoyens des divers pays membres. L’aventure Erasmus est le théâtre de cette pratique et de ce constat, qui devrait augurer de l’avenir de l’Europe. Pourtant, on est forcé de constater d’importants contrastes de maîtrise entre les ressortissants des différents états membres…

 

Bien entendu, les Britanniques et autres Irlandais acceptent bien la suprématie de l’anglais dans le cadre de la communication interculturelle, et ce dans une naïveté déconcertante qui pousse même à les suspecter de négliger la diversité linguistique alors même que c’est une vérité bien avant le fait que l’anglais soit certes une langue internationale, comme pourrait l’illustrer leur difficulté souvent manifeste à entreprendre gauchement d’apprendre une langue autre que l’anglais, ou leur étonnement – voire agacement ou exaspération - face à quiconque ne saurait comprendre l’anglais. Les citoyens du sud de l’Europe, tels les Italiens mais surtout les Espagnols, s’avèrent initialement très faibles en anglais, mais savent généralement faire preuve d’une rapide progression en vue de satisfaire leur soif de communication avec les autres. Leur usage de l’anglais reste au final bien souvent approximatif. En revanche, les Allemands, les Tchèques ou encore les Polonais sont pour la plupart exemplaires dans leur aptitude à communiquer en anglais avec talent et sans écorcher la langue. Ce n’est pas un scoop, les Français eux en revanche ne brillent généralement pas en la matière. Si beaucoup en France renoncent à tenter de maîtriser la langue de nos amis britanniques et américains, d’autres se vantent de la parler couramment, négligeant tout de même de rougir de leur accent pathétique « français », dont le mythe voudrait qu’il fasse tomber sous le charme de son performeur toute créature féminine étrangère un tant soit peu sensible. Bref, le niveau général des Français en anglais – et en langues étrangères d’ailleurs – est fort médiocre et pitoyable si on le compare à celui de nos amis de la plupart des pays voisins. La mauvaise volonté française ne serait pourtant sans doute pas à reprocher seulement à chacun de mes compatriotes, mais bien aussi à des élites françaises qui tentent - à contre courant - d’accroître le rayonnement de la francophonie, jusqu'à dénigrer – même par la loi, un cas unique ! - l’immixtion de la langue anglaise dans le quotidien la société française.

 

Si les Français devaient en la matière constituer le mauvais exemple, on pourrait rechercher l’exemple ou le modèle auprès des scandinaves, ou par exemple des finlandais. Dans ces pays, j’ai pu constater que même les enfants sont fréquemment capables de communiquer en anglais avec un étranger. Il faut dire que le système éducatif privilégie un apprentissage intensif et efficace de l’anglais, et qu’en Finlande il est acceptable que l’anglais soit offert en alternative à qui ne comprendrait pas le finnois. Dans les trains, les messages vocaux sont ainsi systématiquement proposés en finnois, puis en suédois, et enfin en anglais. Personne n’écarquillera les yeux de surprise et d’agacement si vous souhaitez vous adresser en anglais à une vendeuse dans un commerce. Si celle ci n’est pas en mesure de vous comprendre, elle en sera désolée, et en revanche si elle peut communiquer en anglais avec vous, elle le fera avec plaisir et fierté. Les Finnois sont de ceux qui, placés dans un univers multilingue tel un groupe d’étudiants internationaux et finlandais, auront la délicatesse de parler en anglais même entre eux.

 

Hors Union Européenne, j’ai pu mesurer très récemment le niveau en anglais des Russes, qui s’avèrent au moins d’aussi piètres anglophiles que nous autres Français. Si la difficulté de l’apprentissage de la langue est certes beaucoup plus grande pour eux, on peut toutefois présumer là aussi un manque de volonté politique de généraliser un apprentissage poussé de l’anglais, qui reste d’abord la langue de l’empire américain…

 

 

Seules les carences des systèmes d’éducation ou les volontés politiques de contenir la tendance – comme en France ou en Russie, sans doute - peuvent désormais ralentir l’évolution qui devrait à terme faire de l’anglais une langue comprise par tous et à l’usage international et interculturel, restreignant les autres langues à un usage local. C’est du moins la conviction du Français expatrié à l’autre bout de l’Europe que je suis et qui a tout découvert de la question en quelques mois de cette expérience.

Depuis novembre, je suis assidu autant que je peux aux pistes de ski d’Ounasvaara, à une vingtaine de minutes de vélo de chez moi. En décembre, les conditions n’étaient pas parfaites, puisque l’enneigement a vraiment été de qualité qu’à partir de début janvier.

En janvier et février, les sorties ski se sont multipliées, mais dans des conditions glaciales et sombres. Bref, seuls les plus modus s’y sont vraiment frottés ! Clin d’œil à Katy, d’abord, mais aussi à Fiona, Adam, Peter, Laura, Loïc, Norbert, Miguel, Cieon… Difficile toutefois de rester plus de deux heures sur les pistes quand il faisait moins de -20°C !

Les conditions sont devenues parfaites au mois de mars, alliant soleil, clarté, bonne neige et températures plus douces, et l’on a vu de nouveaux amateurs débarquer sur les pistes… Je pense notamment à nos chers Espagnols, qui ont à ce moment là vaincu leur frilosité naturelle et trouvé le courage de venir pratiquer la glisse ! Plusieurs membres de la communauté Erasmus ont aussi effectué à cette saison leurs premières glissades, avec plus ou moins de talent… N’est ce pas Melanie, Robin, Spyridula, Sandra ! Pour les guider, d’autres ont usé leur patience, à commencer par Juan Fra, grand champion en la matière et officiellement entraîneur d’une équipe junior du sud de l’Espagne ! Un dimanche ensoleillé de mars, les pistes d’Ounasvaara ont même accueilli une trentaine d’Erasmus, et Kuntotie semblait délocalisée le temps d’une journée !

Mais l’hiver a été plus court qu’à l’accoutumée en Laponie finlandaise. Les pistes d’Ounasvaara étaient censées rester ouvertes jusqu’à la fin de ce mois d’avril. Or, la dégradation de l’enneigement et la forte baisse de fréquentation ont conduit les responsables de la station à en fermer les portes plus tôt que prévu, ce dimanche. Tant pis pour moi qui comptais bien rechausser les skis plusieurs fois de retour de mon voyage, et pour tous ceux d’entre nous qui auraient bien aimé renouveler l’expérience de la journée glisse…

De retour à Rovaniemi depuis hier, fatigué et un peu malade, je découvre sur place des paysages en pleine métamorphose. Ce tournant climatique correspond aussi à un tournant de mon aventure ici… Dans un peu moins d’un mois, celle-ci arrivera à son terme et je quitterai la Laponie. Bref, me voici face à la dernière droite, au temps des derniers objectifs et derniers projets, et à celui des premières conclusions aussi…

La métamorphose de Rovaniemi

En deux semaines, la Laponie a fait un pas de plus vers le printemps. Les températures sont toujours fraîches, aux alentours de 5°C, mais la fonte de la neige a beaucoup avancé, et la poudre blanche – voire grise maintenant – n’est plus présente que sur les bas côtés et à l’ombre de la végétation… La rivière a elle aussi poursuivi sa transformation, et dégèle désormais presque à vue d’œil. D’importants blocs de glace flottent désormais à la surface, certains descendent d’ailleurs le cours d’eau en provenance du nord de la Laponie, ou le dégel s’amorce aussi… Autre retour, celui des oiseaux, qui rechantent et se montrent à nouveau très présents après ces longs mois d’hiver. Les écureuils eux aussi redeviennent plus actifs et se remettent à sauter de branche en branche jusqu’à donner le vertige au spectateur de la scène... Enfin, alors qu’il y a quelques mois l’obscurité était omniprésente, c’est désormais la lumière qui s’impose. Par le soleil qui brille le jour, certes, mais aussi par l’arrivée tardive du crépuscule, celle précoce de l’aube, et des nuits de plus en plus claires…

Les safaris, c’est fini

L’un des volets de l’aventure désormais refermé est celui touchant à mon activité de guide touristique. Comme je l’annonçais, j’y ai mis un terme, afin de me consacrer à d’autres activités pour mes dernières semaines à Rovaniemi. La saison touristique pourvoyeuse d’activité à mon ex-compagnie – Lapland VIP Tour – est elle-même en ce moment en plein déclin, avec la fonte de la neige et la lente période de transition qui commence avant l’été… Je suis globalement satisfait de cette expérience professionnelle lapone, qui m’a quelque peu enrichi, certes, mais surtout m’a familiarisé avec beaucoup d’endroits ici, et permis de partager des moments le plus souvent agréables avec une clientèle variée et multi nationale.

Mission ECTS : 3 semaines pour vaincre !

Un des défis de cette année dans le grand nord, c’était de revenir en France avec 60 crédits ECTS en poche, qui attestent de la réussite de l’année universitaire. Comme je l’évoquais, une véritable course aux crédits s’est engagée ces dernières semaines… Pour ma part, les récents efforts déployés ont porté leurs fruits, ce qui me permet finalement d’aborder la dernière ligne droite plutôt serein de ce point de vue. Il me restera une vingtaine de pages d’écriture sur des sujets juridiques donnés pour prétendre avoir bouclé mon année. La victoire semble à porter de main…

Les Finlandais sont très surprenants et ingénieux pour développer des coutumes insolites, voire extrêmes, le plus souvent en relation avec la nature. Le sauna en est certes un exemple, dans le sens du chaud. Je le décrivais récemment, les activités dérivées du sauna aussi. Aujourd’hui, j’ai expérimenté une autre activité nordique extrême, côté froid – voire glacial – cette fois, le bain glacé (ice swimming en anglais, avantouinti en finnois). J’étais en compagnie de Santeri (mon « finish Dad », en référence au nom du programme Friend Family Program qui nous a mis en contact par le biais de l’université).

Le principe est simple. Un trou dans la glace de la rivière, maintenu dégelé par un système d’agitation de l’eau. Un ponton, puis une échelle (fermement fixée car il est préférable de faciliter la remontée !), qui descend vers l’eau, vous y amène. A Rovaniemi, l’activité se pratique sur la rive de la rivière Kemijoki, où un trou a été installé, et un cabanon-vestiaire mis à disposition des aventuriers… A l’arrivée, pour le novice, la vue du trou donne déjà quelques frissons ! Et une fois en tenue – la même que pour le sauna ! – les frissons viennent pour de bon au contact de la température ambiante. Alors il faut beaucoup de détermination pour se diriger vers le fameux trou et descendre les marches de l’échelle ! Finalement, avec cette motivation et une certaine rapidité, on n’a pas le temps de sentir la froideur de l’eau avant d’être totalement immergé ! Après un aller retour en quelques brasses, et quelques secondes passée dans le bouillon glacé, il est déjà temps de ressortir de ce trou où l’on a la sensation – à juste titre d’ailleurs ! – d’être pris au milieu d’un glaçon… Il est ensuite recommandé de vite se rentrer et se sécher…

Le résultat est évident. Tout le corps reste imprégné pendant près d’une heure d’une sensation étrange, mais non douloureuse et bel et bien agréable, à mi chemin de la brûlure et de la démangeaison. Selon les scientifiques et les passionnés, la pratique du bain glacé améliorerait la circulation sanguine, et augmenterait la résistance aux infections liées au froid tel le rhume. A une fréquence très élevée (plusieurs fois par semaine), l’exercice aurait même selon certains des vertus antidépressives ! Le choc thermique évident nécessite toutefois de bonnes conditions physiques, et surtout cardiaques…

L’expérience est mémorable. Tout nu ou presque au milieu de l’eau d’une rivière gelée, cela tient de la carte postale ! La scène est peu imaginable pour qui n’a pas encore mis les pieds en Finlande… Pour celui qui y vit depuis sept mois, elle correspond à l’un des défis du mode de vie local à relever, tout simplement ! Beaucoup de Finlandais pratiquent régulièrement le bain glacé en hiver. Pour certains, c’est un rituel du dimanche, voire du réveil ! La pratique est essentiellement répandue en Finlande, mais elle existe aussi en Russie, en Scandinavie et en Amérique du Nord notamment. Il parait même qu’en Angleterre un centre de ice swimming a été construit, où la température est placée très basse, afin de reconstituer les conditions naturelles du nord finlandais !

Je suis très satisfait d’avoir désormais réalisé le défi du bain glacé, dont la perspective me rebutait véritablement à mon arrivée ici ! Rien de tel qu’une dégustation de crêpes et galettes à la française – en compagnie d’Ana et Santeri – pour récupérer de cette expérience si finlandaise !

*Une petite précision aussi : oui, j'ai bel et bien plongé dans l'eau glacée ! Je sais que certains trouveront l'événement douteux le jour du poisson d'avril !

Le sauna, c’est l’art de la détente, de la relaxation, du bien être. Mais cette invention finlandaise ne se limite pas à la simple immersion dans cette cavité tout en bois où règne une chaleur de près de 100°C… Une nouvelle illustration de l’imagination débordante des Finlandais pour enrichir leurs coutumes, le plus souvent en lien étroit avec la nature…

Du chaud au froid

Le sauna est un lieu de grande chaleur. Il est d’usage de se refroidir le corps sous une douche très froide. Mais il est aussi tout à fait possible de prendre la direction de l’extérieur à la sortie du sauna … Etrange sensation de passer du chaud au froid, toujours dans la même tenue (se reporter à ma présentation du sauna en début de blog, pour ceux qui auraient un doute sur la tenue correcte adoptée au sauna !). Etrange accoutrement aussi pour la vue des passants et voisins ! L’été, la quête de fraîcheur se finit généralement par un petit plongeon dans le premier lac ou rivière à portée de vue. Mais même l’hiver, par -20 ou -30°C, le corps acceptera facilement la fraîcheur extérieure après avoir capté celle du sauna !

Sauna et sports d’hiver

Pour trouver le froid à l’issue du sauna, l’hiver finlandais offre de nombreuses alternatives… Puisqu’il y a la neige, pourquoi ne pas s’offrir quelques roulades ? La sensation est étrange, proche de la brûlure ! Ensuite, avant de prendre le chemin du retour vers le sauna, ne pas oublier d’emporter un échantillon de neige jusqu’à celui ci ! Les premières séances de roulades ont été possibles dès novembre… En décembre, avec l’arrivée de plus de neige, ce sont de véritables batailles de neige qui ont opposé dans la nuit lapone jusqu’à des dizaines de combattants sans armure, par exemple le jour où nous étions partis 50 dans un cottage aux alentours de Rovaniemi pour pré-célébrer Noël ! Un drôle de spectacle, mais extrêmement récréatif !

Sauna et gastronomie

Le sauna est une source de chaleur. On y va régulièrement en soirée. Alors pourquoi ne pas combiner sauna et dîner ? C’est un défi concrétisé ce soir, puisque nous avons fait griller saucisses et pain sur les pierres du sauna, avant une joviale dégustation ! L’expérience est réjouissante, au moins autant par son côté insolite que par son intérêt gastronomique ! Il s’avère que ce fut une tradition dans les foyers finlandais, où les saunas furent un temps équipés de grilles à saucisses. A Kuntotie, l’imagination a finalement rejoint la tradition !

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