Présentation

  • : 29/08/2006
  • : Mon année dans le Grand Nord
  • sylvain-en-laponie
  • : Le blog de Sylvain en Finlande. Récits et anecdotes sur sa vie pendant neuf mois à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Description de l'aventure Erasmus. Carnets de voyages dans la région. Albums photos et réflexions diverses...
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A méditer...


" Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres " Saint Bernard de Clairvaux


" Le monde entier est une patrie. Il n'y a pas de pays étrangers seulement le temps les lie ou les sépare " Stanislaw Balinski


" Autant de pays, autant de moeurs "  Zénobios


" Le but du voyage n'est pas de poser le pied sur une terre étrangère. C'est finalement de poser le pied dans son propre pays comme s'il s'agissait d'une terre étrangère "  Jean Gilbert Keith Chesterton


" Il y a des pays où l'état paie l'étudiant et lui dit merci "  Félix Leclerc


" Rester, c'est exister: mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud


" On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." Hippolyte Adolphe Taine


" L'homme qui veut s'instruire doit voyager pour rectifier ce qu'il a appris" Giacomo Giovanni Girolamo Casanova


" Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité"  Proverbe chinois


" Année neigeuse, année fructueuse "  Dicton


" On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé " Alphonse Karr


" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour" Stendhal

La Finlande à la loupe

Autant la nation finlandaise manifeste tantôt d’incroyables talents et fait preuve d’une modernité remarquable, autant cette société affiche aussi de profonds maux qui l’affectent, les plus sombres et les plus primaires qui soient… Disserter sur la réussite et l’originalité finlandaise ne doit pas occulter cette face d’ombre d’un peuple et d’un pays. J’ai voulu ausculter « la Finlande à la loupe » autant que faire se pouvait à partir de mes humbles connaissances et de mon court mais riche vécu, et l’examen s’achève sur la note de ce contraste très singulier…

L’alcool, fléau national
Quel que soit leur niveau social, voire leur âge ou leur sexe, la plupart des Finlandais ont en commun de trouver leur réconfort et leur source de gaieté dans une denrée devenue onéreuse et très réglementée, mais toujours valeur d’osmose nationale, l’alcool. Un alcool bien souvent davantage chimique que festif ou gastronomique. Les Finlandais aiment la quête de l’ivresse, et sont fort indulgents vis à vis des ravages de l’alcool sur autrui. J’avais déjà disserté sur le rapport très singulier entre les Finlandais et l’alcool. Quand j’en viens à conclure sur les splendeurs et les misères des Finlandais, l’alcoolisme revient inévitablement. Certains y verront d’ailleurs une splendeur singulière dont ils ne sont pas peu fiers : les Finlandais, en virils et solides nordiques pourraient battre quiconque à la beuverie… Qui ne boirait pas ne serait pas vraiment finlandais… Faux. Il en existe qui osent déplorer le hobby national et le récuser jusqu’à s’abstenir eux mêmes de la moindre goutte d’alcool. Statistiquement, l’alcool serait naturellement plutôt à classer dans les misères des Finlandais, à juger la proportion d’entre eux qui mourront d’avoir trop levé le coude… Les Finlandais sont extrêmement modernes semble t’il, mais l’alcoolisme de beaucoup d’entre eux ne peux qu’obscurcir largement ce beau constat.

Petits suicides en Finlande
« Les plus redoutables ennemis des Finlandais sont la mélancolie, la tristesse, l’apathie. Une insondable lassitude plane sur ce malheureux peuple et le courbe depuis des milliers d’années sous son joug, forçant son âme à la noirceur et à la gravité. Le poids du pessimisme est tel que beaucoup voient dans la mort le seul remède à leur angoisse. Le spleen est un adversaire plus impitoyable que l’Union soviétique. »
Entre ironie, cynisme et gravité, ce constat sur lequel s’ouvre le livre de Arto Paasilinna Petits suicides entre amis révèle crûment mais justement une véritable réalité. Le tableau peint avec humour et légèreté dans ce livre est pourtant bien le reflet d’une réalité triste et grave. La Finlande, « pays du suicide », doit paradoxalement cette funeste réputation aux «vingt-cinq glorieuses» (1965-1990), période au cours de laquelle elle a réalisé tardivement et à marche forcée son urbanisation et la modernisation de son économie. Toutefois, le nombre de morts volontaires a largement diminué depuis le début des années 1990. La Finlande se trouve même désormais au même niveau que la plupart des autres pays européens comme la France. Depuis 1991, les autorités finlandaises ont aussi mené à l'école des campagnes d'informations auprès des jeunes. Le suicide reste cependant la 1ère cause de mortalité chez les 20-34 ans. Le suicidaire le plus fréquent est un homme, jeune. En Finlande comme à l'étranger, l'imaginaire populaire - alimenté par de nombreux artistes dont Paasilinna - a très longtemps associé cette macabre pratique à des conditions de vie difficiles, à savoir le froid, la nuit, voire l'isolement. Mais les principales causes de suicide seraient en réalité le chômage et la dépendance à l'alcool, alors que contrairement aux idées reçues l'environnement naturel n'aurait pas d'incidence sur les comportements.

Chasse, pêche, et traditions de la nature
On dit les Finlandais très proches de la nature. C’est une réalité. Le mode de vie finlandais est très tourné vers la nature et sa protection. Pourtant, il convient de remarquer aussi que les Finlandais ne sauraient aimer et protéger la nature sans dans le même temps se montrer souvent très agressifs à son égard. Que dire du commerce de la fourrure qui fleurit dans ce pays riche en faune en épais manteau ? Pour nombre de Finlandais, amour de la nature ne rime t’il pas avant tout avec chasse ? La popularité de la chasse se conjugue d’ailleurs avec des procédés parfois très cruels. Entre écolos modernes et prédateurs des forêts, les Finlandais sont très proches de la nature souvent pour le meilleur et parfois pour le pire…

Crimes et sentiments
En Finlande, malgré le haut pourcentage de possesseurs d’armes à feu, les crimes par balle restent rares. Par ailleurs, dans la plupart des cas l'alcool est directement impliqué dans les tentatives de meurtres. C’est la popularité de la chasse qui explique en fait cet armement des Finlandais. La Finlande s’illustre donc par un taux de criminalité extrêmement faible, ce qui en fait un pays très sûr. Pourtant, la haine et la violence ne sont pas étrangères en Finlande. Les Finlandais cultivent parfois des mentalités intolérantes et méfiantes, qui par civisme et par lâcheté manquent de se transformer en actes criminels. Mais le racisme et la haine de l’autre sont des sentiments rencontrés en Finlande comme ailleurs, il faut bien le reconnaître. Cette population très homogène ne sera pas forcément accueillante à l’égard de couleurs de peaux ou de pratiques venues d’ailleurs…

Le manque de confiance en lui d’un peuple talentueux
Ce que je retiendrai au final, au delà de ces opinions mitigées et contrastées et de ces conclusions qui tendent, plus qu’à me faire dire du mal des Finlandais, à dresser le tableau d’un peuple imparfait et après tout ressemblant à tous les autres, c’est l’étonnante discrétion et humilité d’un peuple qui a pourtant triomphé de beaucoup de choses… De son histoire souvent parasitée par les appétits voisins et les injustices des drames de l’Histoire à son climat hostile et sa situation isolée, la Finlande ne partait pas avec les meilleurs atouts parmi les nations. Pourtant, les Finlandais ont su triompher en douceur de tout cela et même rattraper à grande vitesse ces dernières années un important retard de développement. La Finlande, c’est ce petit pays qui a souvent réussi à se hisser parmi les premiers, comme dans le secteur en vue de la téléphonie mobile, où Nokia est toujours la première multinationale. Quand les Finlandais doutent de leur avenir, c’est qu’il ne savent pas admirer les réussites du passé. Au chaud dans son sauna, le peuple finlandais rêve d’ailleurs et d’émancipation. Pourtant, il faut bien dire que rares sont les nations qui ont su se révéler si libres et talentueuses…

J’évoquais récemment, dans le cadre d’un panorama des voisins nordique et scandinaves de la Finlande, la relation ambigüe de cette dernière avec la Suède… C’était omettre une relation de voisinage au moins aussi compliquée, avec le pays qui partage la plus grande frontière terrestre de la Finlande : la Russie. Certes non assimilée à un pays nordique ou scandinave, cette dernière n’en est pas moins très présente dans l’histoire de la Finlande, et dans les références par rapport auxquelles se bâtit aujourd’hui encore l’identité finlandaise.

Les tourments de l’histoire
Les relations entre la Finlande et la Russie sont depuis longtemps empreintes de méfiance et d’ambiguïté. Quoi de plus logique, d’ailleurs, entre deux voisins si disproportionnés, si différents, et dont l’un a longuement occupé l’autre dans le passé… La Russie est 50 fois plus grande que la Finlande et environ 27 fois plus peuplée. Pendant 110 ans, les Russes ont occupé la Finlande, en faisant un « Grand-duché ». Pendant la Seconde guerre mondiale, les Russes ont bien failli établir de nouveau une longue occupation du pays, mais la résistance vaillante de l’armée finlandaise a permis de limiter les pertes à celles de deux petites régions frontalières. En 1947, la Finlande a définitivement affirmé son indépendance vis-à-vis de son géant de voisin, par le traité de Paris. Les années qui suivirent marquèrent un éloignement progressif mais certain des destins des deux pays.

Les cours sur l’histoire et la société russe à la Ulapland
A l’université, il est proposé un cours en anglais ayant pour intitulé et thème « l’histoire et la société russe ». Le professeur qui l’enseigne pourrait être Russe. Son allure semble illustrer le parfait cliché du mâle russe. Trapu, négligé, il porte une barbe et de grosses lunettes. Son teint et sa santé de toute évidence fragilisée laissent suggérer les stigmates d’un alcoolisme chronique de longue date. Mais il est bien Finlandais, et fier de l’être à juger sa tendance naturelle et manifeste à porter sur la Russie un regard critique voire inquisiteur, acerbe voire pessimiste. Sans aucun doute, les leçons qu’il professe en la matière sont fortement subjectives. On peut en juger par le nombre de photos personnelles – escapades et autres voyages « scientifiques » en Russie – qu’il intègre plus ou moins pertinemment dans la présentation de son propos. Mais c’est surtout dans son approche des questions liées à l’histoire et à la société russe que l’on peut sûrement discerner des choix délibérés de teinter le propos de sa propre amertume, qu’elle soit intime pour des raisons obscures, ou patriotiques pour des raisons évidentes. Le découpage en chapitres couvre ni plus ni moins le champ certes assez étendu des maux de la société russe contemporaine, de l’alcoolisme fléau (dont les statistiques sont certes éloquentes au pays des tsars) au crime organisé, en passant par la misère des enfants des rues, les ravages du SIDA, l’emprise du chômage, les désastres de la radioactivité, ou encore la tragédie de la prostitution qui s’exporte… Bref, la noirceur de ce portrait de la société russe qui émane d’un point de vue universitaire mais altéré d’exagération en dit long sur les rancœurs excessives de beaucoup de Finlandais à l’égard de leurs voisins russes…

Le point de vue des Finlandais sur les Russes, et vice-versa
Du côté finlandais, on décrit volontiers les Russes comme des êtres méchants et malhonnêtes. Les traumatismes du passé, notamment lors des deux guerres mondiales, peuvent expliquer la connotation violente de la Russie dans l’imaginaire finlandais. Mais de nos jours ce portrait peu flatteur se perpétue, en particulier à travers le regard porté par les contemporains sur les Russes présents en Finlande, souvent pour des activités économiques qu’ils exploitent sans scrupule au regard des exigences nationales en matières fiscale ou sociale… De l’autre côté, la tranquillité et le civisme des Finlandais tendent à leur valoir au regard des Russes d’être des êtres mous et stupides. Un constat qui en dit long sur les différences profondes d’identité entre les deux peuples. Les Finlandais sont des démocrates confirmés, attachés à la sécurité que leur garantit l’Etat, et pacifiques par tradition. Les Russes sont eux confrontés à une réalité beaucoup plus instable où chacun doit affirmer sa force pour en tirer bénéfice.

D’Est en Ouest
Côté diplomatie, les relations Finlande-Russie sont réputées de bonne qualité, mais elles restent complexes et susceptibles de connaître des tensions ponctuelles à tout moment (notamment sur la protection des investissements, l’espace aérien, …). L’entrée de la Finlande dans l’Union européenne s’est accompagnée d’un net refroidissement de ses relations avec la Russie, mais celle-ci reste néanmoins un partenaire de choix, devenant même le deuxième partenaire commercial du pays (après l’Allemagne). Si la Russie a toujours été un partenaire majeur, pour le pire et le meilleur, de la Finlande, elle voit aujourd’hui son ex-duché résolument tourné vers l’Ouest et l’Union européenne.

Mon immersion en Finlande s’est poursuivie dans la littérature nationale, et en particulier ses œuvres amplement traduites dans le monde, et notamment en français. La littérature finlandaise comprend une variété d’œuvres cultes et d’auteurs talentueux, de ceux qui participèrent à l’éveil de la nation finlandaise jusqu’à ceux qui aujourd’hui perpétuent par les mots un certain amour de la Finlande et de ses singularités les plus attachantes…

Le Kalevala, grande épopée finnoise
La première édition du Kalevala date de 1835. Il s’agissait alors d’un recueil de poèmes épiques et folkloriques collectés par Elias Lönnrot à travers la Finlande et la Carélie, en vue de constituer une œuvre mythologique comparable à celle d’Homère en son temps et en ses lieux. La tradition de la chanson poétique est alors déjà part de la culture balto-finnoise depuis près de deux mille ans. Si l’émergence d’épopées poétiques est aussi constatée ailleurs, notamment en Pologne, c’est bien l’exemplaire finlandais qui retient l’attention de nombreux Européens. Ainsi, la publication du Kalevala, renforcée par la parution d’une seconde version en 1849, conforte pour la première fois les Finnois dans une confiance en eux et une foi dans l’existence bien réelle d’une langue et d’une culture nationale. Le Kalevala est dès lors surnommé l’épopée nationale finnoise. Le mystère le plus fascinant du Kalevala est probablement le très fameux Sampo. Il s’agit à première vue d’une sorte de matériau philosophe primitif, largement personnifié par les personnages de l’épopée poétique. Mais le Sampo apparaît avant tout comme une source de prospérité inépuisable. De nombreuses interprétations ont été proposées, certaines y voyant un des piliers du monde, d’autres un coffre renfermant un trésor… Aujourd’hui, le Kalevala est l’œuvre littéraire finlandaise la plus traduite, dans quelque soixante langues, parait-il. C’est considérable si on pense à la sphère a priori réduite de rayonnement de la culture finnoise, ou encore à la difficulté de traduire brillamment une langue finnoise ancienne et métrée.

Johan Ludvig Runeberg, le poète national
Johan Ludvig Runeberg (1804-1877), membre de la communauté suédophone de Finlande, a composé l'intégralité de son œuvre en suédois. Il est l’auteur du premier recueil de poèmes publié en Finlande, Dikter, en 1830. Figure essentielle de la littérature finlandaise, Runeberg a largement contribué à l’éveil national de la culture finlandaise, avec Elias Lönnrot, compilateur du Kalevala, et le compositeur Jean Sibelius. Son œuvre la plus fameuse est sans doute les Récits de l'enseigne Stål, écrit entre 1848 et 1860, que l'on considère comme le plus grand poème épique finlandais ne faisant pas partie du fond traditionnel lié au Kalevala. L’auteur y traite de la guerre de Finlande au cours de laquelle la Suède perdit sans gloire la Finlande qui devint un grand-duché dans l'empire Russe. Le poème glorifie l'humanité commune à toutes les parties en conflit, même s’il loue principalement l'héroïsme des finlandais. Le premier poème de cette œuvre, « Vårt Land », est devenu l'hymne national finlandais. Par ailleurs, le « jour de Runeberg » est célébré tous les ans, le 5 février.

Arto Paasilinna, maître de l’humour finlandais
De nos jours, Arto Paasilinna déploie avec succès son humour percutant dans des romans traduits dans plus de 20 langues. Cet écrivain né en Laponie finlandaise a notamment exercé des métiers de la forêt avant de devenir journaliste. Ce parcours atypique semble influer sur ses écrits qui ne le sont pas moins. On qualifie souvent ses œuvres de « romans d’humour écologique ». La nature est toujours omniprésente, et même un personnage à part entière. A la fois grinçant, fantaisiste, jovial, et surtout pas sophistiqué, le style de Paasilinna est original au sein de la littérature contemporaine. Dans Le Lièvre de Vatanen, il raconte l’épopée burlesque d’un journaliste qui déserte sa rédaction pour fuir joyeusement vers la Laponie, au fil de rencontres et de péripéties savoureuses, après s’être épris d’amitié pour un jeune lièvre… Il finira par s’égarer en Russie à la poursuite d’un ours, avant d’être jeté dans une prison finlandaise pour purger tant de fantaisies et d’atteintes grossières au conformisme… Dans Petits suicides entre amis, Arto Paasilinna évoque l’expédition loufoque d’un groupement de suicidaires déterminés à conclure ensemble leur triste existence, et qui au fil de leurs pérégrinations redécouvrent peu à peu des saveurs de la vie. Un périple vers la mort plein de vie et d’excès. L’allégresse de leurs derniers instants apporte aux désespérés toutes les raisons de vouloir vivre encore. Une ode au voyage, à la fuite de l’absurdité des rapports sociaux, et surtout à l’appétit pour la vie. Paasillinna, c’est avant tout la voix de la Finlande – rares sont les pages de ses livres où le nom du pays n’apparaît pas – autant qu’un regard plein d’ironie porté sur celle-ci et sa population. Avec dérision, cynisme, mais avant tout beaucoup de passion, l’auteur décrypte les mœurs d’un pays qu’il prend visiblement beaucoup de plaisir à sillonner inlassablement et dans tous les sens de page en page dans ses livres. La Laponie représente d’ailleurs une place privilégiée du décor des intrigues et de leurs personnages. Peut être faut il y voir l’attachement à cette région septentrionale dont l’auteur est natif.

Outre ces brillants représentants, la littérature finlandaise comprend un grand nombre d’autres talents… Au XIXe siècle, on peut citer notamment les contes du suédophone Topelius ou les romans d’Alexsis Kivi (
Les sept frères), et un peu plus tard Linnankoski. Au XXe siècle, c’est Sillanpää et ses nouvelles hallucinantes qui fit rayonner la littérature nationale (Prix Nobel en 1939), ainsi que Waltari et ses romans historiques, la femme de lettres et peintre Tove Jansson, ou le poète et romancier (lui aussi suédophone) Bo Carpelan, récent titulaire du Prix Européen de littérature 2007.

L’alcool est un thème tellement central en Finlande qu’il convient je pense de lui consacrer un article entier. L’alcoolisme est à la fois un élément de la culture traditionnelle du pays, un reflet de certains traits de la société finlandaise, une cause de problèmes variés de santé publique, etc. Bref, quand on examine « à la loupe » la Finlande et les Finlandais, on y revient sans cesse…

Two beers or not to be ?

Les Finlandais se voient et se vivent comme des « chronic drinkers » (buveurs chroniques) depuis longtemps. Des personnalités, ou encore la littérature nationale, les ont confortés dans cette vision. Ainsi, le grand compositeur Sibelius était un alcoolique notoire. Pour les Finlandais, l’alcool est bien un sujet de conversation quotidien, autant qu’un leitmotiv dans leurs histoires et leurs plaisanteries. Je me souviendrai de ma première soirée en Finlande. Le jour de mon arrivée, quelques heures après avoir posé le pied sur la terre du grand nord. C’était chez Miia, une tutrice finnoise qui accueillait ce soir là quelques étudiants Erasmus fraîchement débarqués parmi les premiers que je rencontrais et dont certains allaient devenir plus tard des membres clés de mon entourage ici. Ce ne fut pas ma première beuverie à la finlandaise, mais plutôt ma première immersion dans un univers où l’alcool est une référence. Pour détendre l’atmosphère, nos tutrices finlandaises, outre nous servir des verres, optèrent d’emblée pour le récit de leurs épopées éthyliques, à vocation annonciatrices de celles qui nous attendaient… Si ce sujet de conversation récurrent m’interloqua ce soir là, ce n’était que la voie de ma familiarisation à en constater l’omniprésence dans les rapports sociaux finlandais. Il y aurait dans une certaine mesure une revendication de leur identité nordique à travers la propension des Finlandais à s’enorgueillir de leur alcoolisme…

Drink, Drank, DRUNK…

Les Finlandais, à l’instar de la plupart des nordiques, et à la différence des Français ou des Italiens, préfèrent les boissons fortement alcoolisées (spiritueux), bien qu’ils ne démentent pas être aussi de grands consommateurs de bière. En Finlande, l’alcool à 60 ou 90° est introuvable dans les pharmacies… Il parait qu’il serait en effet redouté qu’il ne serve de breuvage aux acheteurs ! Ici, la culture de la boisson est intimement liée à l’ivresse. Un Finlandais ne boit pas pour se sentir simplement égayé ou légèrement désinhibé. Il boira généralement autant qu’il le pourra, car sinon ce serait une sous-performance. « Voilà comment on fait en Finlande ! ». On retrouve peut être là le goût des Finlandais pour les performances sportives et les sensations extrêmes. Les Finlandais aiment – depuis toujours parait-il – raconter leurs gueules de bois comme des faits d’armes ! Les observateurs venus d’ailleurs s’étonnent aussi de ces scènes de fin de soirée où les rues de n’importe quelle ville ordinaire de Finlande sont émaillées ça et là de plus ou moins jeunes ivrognes hagards, prêts à s’effondrer une fois de plus dans leurs flots d’alcool absorbés, sans vraiment le regretter le lendemain matin… Boire jusqu’à l’ivresse, c’est aussi se rendre sociable. L’alcoolisme de groupe est d’ailleurs en lui-même une activité sociale presque reconnue. Les week-ends à Stockholm ou à Tallinn sont très connotés. Oui, il y a bien plusieurs raisons possibles pour un Finlandais de faire le voyage… Soit la vodka détaxée. Soit la bière détaxée. Ou alors la tentation d’une longue nuit de fête et beuverie à bord… Avant de remettre ça lors du trajet retour, sans même être sorti du bateau ! Quant aux jours fériés et autres fêtes nationales, un seul mot d’ordre implicite pour presque toutes les couches de la société… Vappu en est une illustration notable, que je décrivais amplement il y a quelques temps.

La lourde addition du hobby national

On compte plusieurs fameux « alcohols made in Finland ». On peut citer la vodka Finlandia, rivale sérieuse de la suédoise Absolut, ou encore les bières Kohf, Kahru, Karjala, Lapin Kulta, Olvi… Sans oublier les innombrables breuvages plus locaux, comme la liqueur de baie des marais de Laponie. Ces productions ne suffisent pas à expliquer l’ampleur de la consommation d’alcool. Chaque Finlandais ingurgiterait en moyenne l’équivalent de plus de 10 litres d’alcool par an. Un chiffre encore en progression, peut être en passe de rattraper le chiffre français (consommation annuelle de plus de 13 litres !), lui en diminution. C’est en tout cas bien plus que leurs voisins suédois ou norvégiens (environ 7 et 6 litres) ! Par ailleurs, en Finlande, plus de 27% des décès des 15-64 ans seraient dus à l’alcool. C’est ainsi, devant les accidents et les maladies cardio-vasculaires, la première cause de mortalité chez les hommes. Et chez les femmes, seul le cancer du sein devance très légèrement l’alcool. La catégorie la plus touchée reste celle des hommes de 45 à 60 ans, dont le décès est une fois sur deux directement dû à l’alcool.

Les causes de cette infection affective

Sur les causes du niveau et de l’ampleur de l’alcoolisme en Finlande, des doctrines variées rivalisent de sérieux et de clichés… Les plus historiens voudraient voir la cause de ce phénomène sociétal remonter à l’époque de la prohibition appliquée dans les campagnes finlandaises de 1919 à 1932, quand l’ivresse devenait alors parait il synonyme de résistance et de défi. Ensuite, l’homogénéisation des conditions de vie dans les années 1970 aurait tempéré ces excès. Puis la crise des années 1990 aurait régénéré l’irrépressible besoin partagé par toutes les générations. Pourtant, il faut bien remarquer qu’il semble évident que le problème est largement antérieur, ne serait-ce que parce que c’est précisément pour le combattre que la prohibition avait été instaurée. D’ailleurs, les plus géographes – ou écolos ? – évoquent les conditions climatiques comme cause d’essor de l’alcoolisme en Finlande. Si traditionnellement on comprend que c’est le froid qui incite à boire, les plus économistes, eux, ont une conception plus pécuniaire… Le froid rendant toute culture difficile, il fallait être riche pour destiner le grain à la distillation plutôt qu’à la confection du pain ! Dès lors, être saoul était signe d’opulence. Mais attention, même les pauvres n’hésitaient guère à boire toute la recette de leur production, quitte à en demeurer de plus en plus pauvre… Enfin, les plus européens peut être – ou plus simplement les plus jeunes ? – croient voir le véritable essor du phénomène remonter à l’entrée de la Finlande dans l’Union Européenne (1995). En effet, cela aurait permis d’importer davantage d’alcool, et a ensuite entraîné de surcroît une baisse des taxes sur l’alcool en prévision de l’entrée dans l’UE des pays baltes. Les statistiques confirment que la consommation augmente d’autant...

Politiques de l’alcool…

Que fait le gouvernement finlandais pour combattre le fléau ? On ne voit guère de campagnes d’affichages préventives massives… En revanche, la vente d’alcool est scrupuleusement réglementée. Ainsi, les boissons comprenant au-delà de 5° d’alcool sont exclusivement disponibles dans des boutiques sous le monopole de l’Etat, les enseignes « Alko », qu’on trouve dans chaque ville, mais sans prolifération (par exemple, seulement trois boutiques pour tout Rovaniemi), et avec des horaires d’ouverture restrictifs en comparaison notamment de ceux des débits d’alcools en Russie voisine ! Le chiffre d’affaire réalisé ainsi par l’Etat est réinvesti entre la gestion de ces commerces, les campagnes de prévention et la santé publique. L’incapacité de gouvernement à résoudre le problème ne s’explique peut être pas uniquement par sa timidité à engager une politique offensive à cet égard et par la popularité de la consommation d’alcool dans la société finlandaise toute entière. L’alcool serait un élément à part entière de l’identité finlandaise. Ne rapporte t’on pas que le grand président Kekkonen (1956-1981) usait sans modération de la « diplomatie du sauna et de la bière », recevant ses hôtes dans le cadre aussi chaleureux que rafraîchissant d’un sauna avec bière à volonté, jusqu’à ce qu’il parvint avantageusement – et joyeusement – à l’accord voulu… Jusqu’à l’abus ?

La Finlande se complait dans sa gueule de bois permanente. D’ailleurs, l’alcool qui coule dans les veines des Finlandais ne les dispenserait pas les uns et les autres de génie et de talents. Si la Finlande posait un peu le coude et sortait le regard de son verre, peut être se tirerait elle aussi de son sort de nation discrète et taciturne… Mais qui le veut vraiment ?

En ce jour particulier où la France est à la Une de l’actualité mondiale, on mesure l’écho international de la France. En Finlande en tout cas, cela ne fait aucun doute. L’élection présidentielle est largement traitée par les médias et suivie avec intérêt par beaucoup de Finlandais. Alors m’est venue la question : qu’en est-il de la capacité de rayonnement et de résonnance de la Finlande dans le monde ? Il s’avère que, pourtant non dépourvue d’originalité et de talents, la Finlande , souvent assimilée à ses voisines Suède et Norvège. Si Finlande rime avec modernité et exemple venu du froid, rare sont ceux qui peuvent en dire davantage. C’est aussi le but de ce blog de les éclairer !

Un pays neutre, discret diplomatiquement et militairement

Pays neutre, la Finlande ne consacre qu’un budget réduit à sa défense nationale. L’armée finlandaise est dotée d’un peu plus de 28 000 hommes. L’armée de terre comporte plus de 20 000 hommes, la marine environ 5 000 hommes, et l’aviation près de 3000 hommes. Néanmoins, en Finlande, le service militaire d’une durée maximale de onze mois est obligatoire pour tous les hommes de 17 ans ou plus.

Ces dernières années, la politique étrangère finlandaise se concentre sur trois questions centrales. D’abord, il y a celle de ses relations avec les pays voisins, à savoir les autres pays nordiques (large coopération), mais aussi la Russie (relations plus complexes mais néanmoins denses). L’attitude traditionnellement protectrice de la Finlande à l’égard de l’Estonie s’est quant à elle nettement estompée, en vue de remettre les relations des deux pays sur un voisin sur un meilleur pied d’égalité. Ensuite, il y a les questions récurrentes de sécurité et de défense. Le débat sur une adhésion à l’OTAN n’est jamais refermé, mais la présidente Tarja Halonen y est opposée, préférant faire perdurer la règle d’une politique de non-appartenance à aucune alliance militaire, malgré les adhésions récentes de certains pays européens proches, notamment les pays Baltes. Les dirigeants finlandais sont aussi traditionnellement attachés à défendre le multilatéralisme et le respect des compétences des organisations internationales comme l’ONU. Enfin, l’Union européenne et ses développements préoccupent au plus haut point la diplomatie finlandaise, dont c’est l’évidente priorité, malgré la baisse de confiance de la population en l’Europe. Les gouvernements et les diplomates finlandais sont très impliqués pour faire progresser la construction européenne sur le plan institutionnel notamment.

Quelques Finlandais célèbres

Pour le cinéma, le réalisateur Aki Kaurismaki (né en 1957) est sans conteste la figure la plus connue. Son film L'Homme sans passé a reçu le Grand Prix et le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 2002 et a été nominé aux Oscars en 2003 pour le meilleur film en langue étrangère. Il a ainsi fait connaître et émerger auprès d'un large public le cinéma national finlandais. Pour la musique, j’ai déjà évoqué les noms des variés talents finlandais de différentes époques, dont parmi les plus illustres le compositeur Jean Sibelius ou le groupe de metal symphonique Nightwish. Pour la peinture, Aksel Gallen-Kallela (1865-1931) s’est forgé un style personnel d'inspiration néoromantique, après avoir d’abord réalisé plusieurs œuvres inspirées de la vie rurale. Il est célèbre pour ses grands tableaux illustrant des épisodes du Kalevala, l'épopée nationale finlandaise. Pour l’architecture, Alvar Aalto reste le plus grand maître finlandais. Là aussi, j’ai déjà développé un article sur son art, appliqué notamment ici à Rovaniemi. Pour la littérature, Johan Ludvig Runeberg, au XIXème siècle, et Arto Paasilinna, plus récemment, évoquent la Finlande auprès des lecteurs du monde entier. Pour le sport, Kimi Räikkönen en Formule 1 nourrit des espoirs de devenir champion du monde, pourquoi pas dès cette année… Avant lui, Juha Kankkunen et Tommi Mäkinen se sont illustrés à plusieurs reprises. Pour l’industrie, les meilleurs ambassadeurs de la Finlande dans le monde sont Nokia, le fameux fabriquant de téléphonie mobile déjà évoqué longuement sur ce blog, Koné, célèbre spécialiste des ascenseurs, ou encore Marimeko, prestigieux fabricant d’objets au design du même nom, fait de couleurs et de formes (notamment les fleurs rouge vif, ou bleu vif). Question bien être, c’est le sauna le champion finlandais incontesté !

La Finlande est bel et bien un leader mondial dans de très nombreux domaines (éducation, technologies, environnement…), ce qui est remarquable compte tenu de la petite taille du pays (109ème rang mondial en termes de population). De même, la culture finlandaise est largement originale et autonome et rayonne dans le monde dans de nombreux domaines, comme j’ai pu le montrer bien souvent à travers ce blog. Mais la Finlande reste aussi un pays neutre et discret, éloigné des premiers rôles de la scène internationale et injustement méconnu en dépit de toutes les influences qui en proviennent…

Alors que l’aventure arrive à l’heure du dessert, voici une petite compilation de gastronomie finlandaise.

Généralités sur la table finlandaise

La cuisine traditionnelle finlandaise a été fortement influencée par les cuisines suédoise, allemande et russe. Il y a cependant des différences et des singularités. Par exemple, les plats finlandais ont tendance à être moins sucrés que les plats suédois, et les Finlandais utilisent moins de crème smetana que les voisins russes. Le petit-déjeuner traditionnel, très consistant, est un vrai repas. Le déjeuner, qui est un repas assez léger, rapide et peu formel, est en général consommé autour de 11h30, « là où on est ». Le dîner est pris entre 17 heures et 18 heures, à la maison.

Cueillette au menu

Les baies des bois (essentiellement les airelles, mais aussi la fameuse mûre des marais dans le nord du pays) cueillies parfois à la main par les consommateurs eux-mêmes constituent un accompagnement fort apprécié de tout bon repas finlandais comportant par exemple de la viande de renne ou tout autre plat de résistance. Jouissant du « droit de tout à chacun » - de se déplacer librement et de cueillir divers produits de la nature sur les terres d’autrui – les Finlandais sont friands de longues cueillettes où l’on associe la récolte des baies à celles des champignons (la crainte de la toxicité de ces derniers semble peu marquée chez ces individus souvent connaisseurs…). Ces victuailles deviennent dès lors des accompagnements incontournable de la gastronomie finlandaise.

Carte des viandes

Quant à la viande du fameux cervidé lapon, justement, attention, elle ne constitue en rien la pitance quotidienne de chaque brave Finlandais ! C’est un mets de luxe, que l’on consomme pour les grandes occasions ou alors à la période où les rennes ont été fraîchement abattus (généralement, à l’automne). Le reste de l’année, la viande de renne est congelée. Les Finlandais sont friands de variantes comme par exemple le cœur de renne séché, goûteux et élastique (merci Santeri pour la dégustation !). Par ailleurs, le gibier est couramment consommé, d’autant que la chasse reste – quelque soit sa possible contradiction avec la modernité présumée des Finlandais – très pratiquée dans ce pays de vastes forêts où les activités de nature sont si prisées… Côté viande, toujours, les « boulettes » en tout genre semblent très appréciées, les « makkaras », saucisses locales, également. La viande la plus surprenante – et atypique et peu répandue – que l’on peut trouver parait il – sous forme de conserves – est celle… d’ours (la chasse à l’ours est ouverte de fin août à fin octobre, mais très précisément réglementée) !

Mangez du saumon !

En Finlande, mange-t-on beaucoup de poisson ? Attention, ce cliché répandu provient d’une confusion entre Finlande et Norvège. Si, en effet, cette dernière, pays de pêcheurs, est le temple de la consommation de poisson et notamment de saumon, la situation est différente en Finlande, où la pêche est une activité plus réduite, tandis que la chasse, par exemple, a une plus grande importance. Toutefois, oui, comme dans tout bon pays nordique, on trouve facilement du saumon, et sous des formes étonnamment nombreuses (cuit, cru, fumé, assaisonné…). Beaucoup de gastronomes Finlandais ont d’ailleurs l’habitude de le préparer eux-mêmes, en emballant des tranches de saumon cru assaisonnées de gros sel et d’herbes dans du papier et en conservant le tout environ 24 heures au réfrigérateur avant de savourer le résultat, raffiné, il est vrai ! Outre le saumon, les différentes sortes de harengs de la Baltique sont bien appréciées. Le poisson est souvent accompagné de pommes de terre. L’été, les écrevisses sont très prisées, à la pêche puis à la dégustation. Les dîners d’écrevisses au bord d’un lac à la lumière de la nuit d’été sont des moments savoureux et synonymes de décontraction en cette période de vacances.

Boulangerie-pâtisserie

Le rayon boulangerie se décline en une grande variété de pains. Les Français sont réputés rois de la baguette, mais les Finlandais peuvent largement rivaliser en quantité de mie engloutie, car le pain est bel et bien un aliment incontournable, pour eux aussi ! Leur consommation présente toutefois une plus grande diversité de formes, arômes (seigle, orge, avoine…), textures, couleurs, et bien sûr de goûts. Les variantes sont bien souvent aussi régionales. Les pains se conservent plusieurs jours, et sont généralement vendus emballés et en tranches. Mais beaucoup de Finlandais apprécient de cuire eux même leur pain, et le four domestique rencontre un succès réel. Le pain se consomme souvent beurré, et/ou accompagné de charcuterie ou de fromage. La pâtisserie finlandaise (en grande part héritée de Russie), elle, est probablement moins créative que la pâtisserie française qui resplendit des tables raffinées des grands restaurants jusqu’aux étales appétissantes des fameuses pâtisseries de quartier… Néanmoins, les Finlandais sont friands de créations pâtissières, à commencer par le gâteau le plus commun, sans doute, le fameux « pulla », petite brioche ronde souvent garnie de confiture ou de baies, et dont l’usage est de la déguster à divers moments de la journée accompagnée d’une tasse de café (à l’instar des Français et des Italiens, les Finlandais sont grands consommateurs de la fameuse boisson chaude !).

Les pays nordiques (au sens strict : Finlande et Islande) et scandinaves (au sens strict, et comme une composante des pays nordiques au sens large : Norvège, Suède, Danemark) semblent former un ensemble soudé et cohérent, une sorte de famille… Il y a pourtant, malgré toutes les ressemblances, de profonds contrastes. D’autre part, les relations entre ces pays, si souvent solidaires, sont parfois rivales, et en tout cas complexes…

L’Islande, autre terre du nord

L’Islande est le plus nordique des pays nord-européens, isolée entre Groenland, Écosse et Norvège, et c’est d’abord cela qui la distingue des autres voisins de la Finlande, tous relativement proches. Ensuite, il y a aussi une singularité visuelle, sans aucun doute. Les côtes de l’île sont truffées de fjords et les terres intérieures constituées principalement de déserts inhabitables. Environ 10 % de l'île est recouverte de glaciers, qui est par ailleurs traversée par le rift de la ride médio-atlantique. Ainsi, du point de vue de la tectonique des plaques, l’Islande est à cheval entre la plaque américaine et la plaque Eurasiatique, d’où le grand nombre de tremblements de terre et de volcans. Cet activisme géologique lui vaut des paysages exceptionnels, comprenant déserts de lave, glaciers, torrents impétueux… Culturellement et historiquement, mais aussi démographiquement, l’Islande est considérée comme faisant partie intégrante de l’Europe. La plupart des 300 000 habitants vivent à Reykjavík et dans les environs dans le sud-ouest de l’île principale. La langue nationale, l’islandais, est une langue germanique assez proche des langues scandinaves (danois, norvégien, suédois). Pendant des siècles, l’Islande fut un pays à l'économie très modeste, mais c’est devenu aujourd'hui le 5e pays le plus riche du monde d’après le PIB par habitant.

Norvège et Danemark, vrais cousins ou simples amis ?

Avec l’Islande et la Suède, la Norvège et le Danemark entretiennent avec la Finlande deux différences majeures, linguistique et ethnique. En effet, la Finlande est le seul de ces cinq pays dont la langue n’est pas d’origine germanique et dont la population est essentiellement issue d’une ethnie venue d’ailleurs, les Finno-ougriens. La Finlande fait donc figure d’exception, puisque ses voisins scandinaves affichent une grande proximité linguistique et une relative unité ethnique. Côté similitudes, la Norvège et la Finlande partagent en commun l’essentiel de la Laponie , à l’extrême nord de la Scandinavie , ce qui leur vaut d’ailleurs d’être aussi bien associées que confondues dans de nombreuses brochures touristiques. Le Danemark est sans doute le plus éloigné – pas seulement géographiquement – de la Finlande... D’ailleurs, je reparlerai davantage de la Norvège et du Danemark quand je les aurai visités, ce qui est prévu à la fin du mois, sur le chemin de mon retour en France ! A l’échelle internationale, si la Suède et la Finlande se distinguent par une claire volonté de participer pleinement à l’intégration européenne, le Danemark et la Norvège se contentent eux d’une active participation, depuis de nombreuses années, au Conseil nordique. Le Danemark s’avère de tradition eurosceptique, bien qu’il fût le premier pays scandinave à intégrer l’Union (dès 1973, contre 1995 seulement pour la Suède et la Finlande ), et nettement atlantiste. La Norvège , qui se tient à l’écart de l’Union européenne, perdure elle à préserver sa grande richesse nationale de toute ouverture internationale trop prononcée…

La Suède, partenaire éternelle d’amitié et de rivalité

La relation la plus ambiguë que la Finlande entretienne avec un de ses voisins scandinaves et nordiques est certainement celle avec la Suède. Les Finlandais semblent aimer crier haro sur la Suède et les Suédois. C’est même ahurissant d’entendre des propos désagréables – quel que soit le réel degré d’ironie – à l’égard de la Suède et des voisins suédois, de la bouche de professeurs finlandais, ou des tuteurs internationaux, pourtant remarquables d’ouverture d’esprit pour accueillir dans leur ville et leur université tous les étrangers que nous sommes. Par ailleurs, malgré la proximité de la frontière suédoise, je n’ai encore connu qu’une seule étudiante suédoise ici ! D’autre part, le haut degré de coopération entre les deux pays et les nombreuses interférences culturelles semblent suggérer une grande proximité et amitié entre les deux nations. Pour des raisons historiques notamment, la nature de la relation Suède-Finlande, faite de tout cela à la fois, semble aussi profonde que complexe, et en tout cas pleine d’un charme mystique.

Depuis longtemps, ces cinq pays ont su tirer parti de leurs traits semblables et de leur commune aspiration à une certaine discrétion sur la scène internationale (souvent poussée jusqu’à la neutralité) afin de surmonter leur petite taille et coopérer activement entre eux, notamment au sein du Conseil nordique (depuis 1952). Au-delà de cet enjeu politique, il existe véritablement une culture scandinave (et nordique !) et des affinités très étroites.

Récemment, je citais Lordi, le nouveau monstre-vedette au passeport finlandais… D’autres grands noms de la musique internationale sont d’ailleurs également finnois. Au-delà de ces célébrités, la Finlande incarne aussi certains genres musicaux, et présente une scène très riche…

Célébrités nationales à renommées internationales

Peut être méconnu en France, le compositeur classique Jean Sibelius (1865-1957) est bel et bien l'un des Finlandais – bien que suédophone - qui symbolisent le mieux la naissance de l'identité nationale. Il composa notamment son célèbre « Concerto pour violon », qui reste la plus jouée de ses œuvres, mais surtout ses sept Symphonies (il en détruisit une huitième). Celui que certains surnommaient « le plus ennuyeux des musiciens sérieux » est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands symphonistes du début du XXe siècle. Il mourut alcoolique mais à un âge très avancé. A Helsinki, une prestigieuse académie porte son nom et forme les nouveaux musiciens.

Depuis 1996, le groupe finlandais Nightwish a incarné et fait gagner en popularité le métal symphonique, un mélange de claviers et de chant classique sur du métal. Son énergie instrumentale, ses mélodies mystérieuses, la voie puissante de sa chanteuse s’avèrent en harmonie parfaite avec la Finlande des forêts, des lacs et de la nuit polaire. Un charme tout finlandais selon moi, mais qui rayonne bien au-delà… Aujourd’hui, même si la chanteuse Tarja Turunen a été exclue du groupe et commencé une carrière solo en tant que chanteuse classique, Nightwish poursuit son succès avec cette année la sortie d’un nouvel album.

Autre groupe finlandais, créé en 1993 par cinq membres issus de l'Académie Sibelius d'Helsinki, Apocalyptica s’inscrit lui dans le genre du métal classique. La musique du groupe - dont la particularité est d’être principalement composé de violoncelles - se caractérise par un jeu original d'influences russes et orientales.

Inutile de revenir à Lordi, fameux groupe de hard rock et heavy metal, qui développe cette esthétique particulière consistant à faire toutes ses apparitions publiques déguisés en monstres, et déjà inscrit dans l’Histoire bien sûr pour sa victoire surprise au Concours Eurovision 2006.

Outre Nightwish et Apocalyptica, la scène finlandaise de rock et de metal s’est illustrée par le succès jusqu’en Europe et aux Etats-Unis de groupes tels Amorphis, Waltari, Stratovarius, Kotipelto, Sentenced, Sonata Arctica, Children of Bodom, Charon, Sunrise Avenue, The 69 Eyes et surtout HIM, particulièrement populaire dans toute l’Europe du Nord et aussi dans le monde. Un autre groupe musical qui surfe sur une vague de succès est The Rasmus. Leur album Dead Letters s'est vendu dans le monde à 1,5 million d'exemplaires. Dans le genre du rock alternatif, les frères de Von Hertzen Brothers sont très populaires en Europe du Nord (http://www.myspace.com/vonhertzenbrothers).

Du hard rock au tango, en passant par le heavy metal…

Outre ces célébrités nées au pays, la Finlande résonne musicalement très loin... Si le nombre d’artistes remarquables qui sont - plus ou moins discrètement – finlandais est impressionnant, compte tenu de la taille infime du pays surtout, il faut bien remarquer que la Finlande est le berceau voire le fief de certains genres musicaux. Ainsi, la musique rock, arrivée en Finlande dans les années 1950, s’y est particulièrement bien ancrée. On parle même depuis de « Suomirock ». D’autre part, la musique finlandaise est incarnée par une scène renommée et populaire de metal, phénomène musical partagé avec les autres pays nordiques. Au début des années 80, le metal était encore un genre marginal en Finlande. Mais des groupes toujours plus nombreux – mentionnés précédemment – ont connu le succès hors des frontières du pays et fait de la scène finlandaise l’une des plus novatrices, appréciées et prolifiques d'Europe, voire du monde. Un certain nombre de musiciens de jazz et de représentants du hip-hop sont aussi à signaler. Sans oublier la musique classique, pratiquée par les héritiers de Sibelius.

Une originalité de la musique finlandaise populaire est le tango finlandais, à la croisée entre le tango argentin, pour la musique, et la musique traditionnelle russe, pour les paroles et le chant. Ce tango finlandais fut particulièrement populaire en Finlande durant les années 1940 et 1950, puis effectua un retour dans les années 1990. L'intérêt général pour le passé récent et son enrobage nostalgique donnèrent lieu notamment à une série de films d'Aki Kaurismäki faisant la part belle au tango.

Ouverture et renouvellement de la scène finlandaise

Il faut noter qu’en grande majorité les chanteurs finlandais interprètent leurs titres en anglais, ce qui participe sans doute à leur vocation de renommée internationale, mais contribue aussi à l’oubli de la nationalité de l’artiste. On pourrait également soupçonner le finnois d’être peu mélodieux, à l’instar de l’allemand, par exemple…

Il faut rendre hommage, enfin, à cette multitude de petits groupes – d’artistes parfois très jeunes – qui constituent le terreau très fertile de la scène musicale finlandaise. Clin d’œil ici à mon colocataire italien d’origine, désormais finlandais de cœur, Claudio, auteur-compositeur-interprète (chant et guitare) qui a fondé et/ou participe à pas moins de trois groupes différents à Rovaniemi (Evelen : http://www.mikseri.net/artists/?id=60200 - Kozaks Of Metallishtan : http://www.myspace.com/metallishtan - Stonestorm : http://www.myspace.com/stonestorm). Une pensée aussi pour Verna, chanteuse en langue finnoise, elle, et son prometteur groupe Kuuradio (http://www.myspace.com/kuuradio).

Tradition européenne

Le 1er mai, c’est presque partout dans le monde le jour de la fête du travail. Et presque partout, c’est donc le jour où l’on ne travaille pas… Curieuse célébration, mais qu’importe, tout le monde s’en accommode avec bonne volonté ! En France, on a ajouté à cette cause la tradition du muguet, qu’il est de bon goût d’offrir par brins à ses proches ce jour précis. A l’échelle de l’Europe, cette même date est aussi associée à une autre tradition. En effet, entre le 30 avril et le 1er mai, la Nuit de Walpurgis - identifiée au sabbat des sorcières - est célébrée dans de nombreuses parties de l'Europe depuis des temps reculés (malgré les interdits et excommunications des églises chrétiennes). Les façons de célébrer cette tradition diffèrent selon les pays. En République Tchèque, les enfants se déguisent en sorcières et à la tombée de la nuit des feux sont allumés, autour desquels les gens dansent pour célébrer le retour des beaux jours. De même, en Suède, les branchages de l'hiver écoulé sont rassemblés en de grands bûchers qu'on allume sur les collines, et les gens chantent des chants traditionnels sur le printemps. En France, cette tradition est connue sous le nom de Nuit des Sorcières, essentiellement en Moselle Est parait il. Les enfants sortent dans les rues et font des farces, de goût plus ou moins apprécié du reste de la population…

Accent finlandais

Cette tradition à dimension européenne, donc, est aussi largement appréciée en Finlande, sous le nom de « Vappu ». Un jour qui fera sortir de chez eux le même soir un nombre record de Finlandais. A un certain nombre de rites s’ajoute une forte consommation d’alcool ce jour là, en vertu de la tradition… Bref, « Vappu » est une sorte de beuverie nationale annuelle en Finlande. Il y a certes le jour de l’indépendance, Noël, le Nouvel An, ou encore quelques autres jours fériés qui peuvent servir à la même fin, mais Vappu est bien l’occasion la plus fédératrice pour célébrer la joie de tous les buveurs du pays. La fin de l’hiver et l’absence de motif vraiment grave ou solennel incite la population à faire de ce jour férié un jour de fête et d’excès, d’autant que la tradition veut aussi que le lendemain, entreprises et universités gardent leurs portes closes. Curieux spectacle donc que cette communion des jeunes et des vieux, des moins et des plus aisés, l’harmonie d’un pays en état d’ivresse. Le lendemain de Vappu, quiconque affichera une fraîcheur trop évidente et trop matinale sera suspecté de trahison à une culture et sa tradition ! Et puis ce jour d’excès engendre chaque année une série de faits divers pathétiques. Les accidents de la circulation sont multipliés, même si rares sont les Finlandais qui conduisent ivres. Certains ne se relèvent pas de l’épreuve qu’ils imposent à leur corps ce jour là. D’autres sont retrouvés noyés au fond des lacs ou rivières à proximité des cottages où ils festoyaient… Triste bilan, mais qui se répète d’année en année. A chaque Vappu, de nouveaux drames s’écrivent. Serait-ce le prix de la joie et de la communion de tout un peuple ?

Quelques semaines après ma visite à l’école du cercle arctique, je reviens plus en détails sur ce que j’ai découvert du quotidien d’une école finlandaise et de ses élèves…

Vie scolaire

Il y a environ une vingtaine d’enfants par classe. Les professeurs sont le plus souvent en charge d’au moins deux matières, parfois plus. Ainsi, on peut trouver un professeur enseignant à la fois le suédois, l’anglais, le russe et l’allemand… Les élèves et les professeurs arrivent à l’école pour 8 heures. La plupart des élèves finlandais viennent à l’école en vélo. Ceux qui habitent le plus près viennent à pied, et d’autres sont amenés en voiture par leurs parents, ou alors empruntent le bus. Mais la Finlande est peu densément peuplée, et dans certains endroits il faut faire beaucoup de kilomètres pour rejoindre l’école. Parfois, les bus ne couvrent pas ces trajets. L’état finlandais paie le service d’un taxi pour les élèves qui habitent à plus de 5 kilomètres d’une école. La pause-déjeuner est très courte. Elle commence vers 11 heures, et dure environ une demi-heure. Tous les élèves mangent à la cantine, où l’ambiance est assez disciplinée. Les enseignants surveillent les élèves, mais n’ont pas à intervenir. La journée d’école finit tôt, généralement entre 13 et 15 heures, comme dans la plupart des pays d’Europe. Les écoliers finlandais ont école tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi.

Ecole et accessoires

Les petits finlandais ne portent pas l’uniforme. Il existe des sortes de vestiaires où ils peuvent laisser en arrivant leurs encombrants vêtements chauds pour supporter le froid (gros anoraks, gants, bonnets, double pantalon…). Il est amusant de voir que les élèves retirent leurs chaussures avant d’entrer dans la classe ! C’est aussi la règle en entrant dans tout foyer finlandais. La raison ? Sans doute la salissante neige toujours présenter sous les semelles venant de l’extérieur… En Finlande, l’usage du téléphone portable est très répandu. Tous les élèves que j’ai interrogés, qui avaient tous moins de 15 ans, m’ont dit posséder un téléphone portable. Bien sûr, il est interdit de l’utiliser dans les salles de cours, mais pas dans les couloirs ou dans la cantine…

Après l’école…

Alors que les cours finissent tôt dans la journée, que font les jeunes finlandais après l’école, à part leurs devoirs ? En règle générale, les garçons font beaucoup de sport (basket, foot, volley, et surtout hockey sur glace), tandis que les filles préfèrent plutôt rentrer chez elles pour lire, regarder la télé ou faire de l’ordinateur, bien que certaines soient aussi sportives (gymnastique, football…). L’hiver, beaucoup d’élèves vont skier, surfer, ou patiner. Logique, quand on vit dans une région où l’hiver est si long ! Beaucoup skient depuis l’âge de 3 ans. Le plus populaire reste le ski de fond. Mais beaucoup aiment aussi le ski de piste ou le snow-board. Les grandes vacances d’été commencent généralement en juin et finissent fin août. Les plus longues vacances sont ensuite celles de Noël, deux semaines. Les autres petites vacances ne durent qu’une semaine.

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