Présentation

  • : 29/08/2006
  • : Mon année dans le Grand Nord
  • sylvain-en-laponie
  • : Le blog de Sylvain en Finlande. Récits et anecdotes sur sa vie pendant neuf mois à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Description de l'aventure Erasmus. Carnets de voyages dans la région. Albums photos et réflexions diverses...
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A méditer...


" Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres " Saint Bernard de Clairvaux


" Le monde entier est une patrie. Il n'y a pas de pays étrangers seulement le temps les lie ou les sépare " Stanislaw Balinski


" Autant de pays, autant de moeurs "  Zénobios


" Le but du voyage n'est pas de poser le pied sur une terre étrangère. C'est finalement de poser le pied dans son propre pays comme s'il s'agissait d'une terre étrangère "  Jean Gilbert Keith Chesterton


" Il y a des pays où l'état paie l'étudiant et lui dit merci "  Félix Leclerc


" Rester, c'est exister: mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud


" On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." Hippolyte Adolphe Taine


" L'homme qui veut s'instruire doit voyager pour rectifier ce qu'il a appris" Giacomo Giovanni Girolamo Casanova


" Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité"  Proverbe chinois


" Année neigeuse, année fructueuse "  Dicton


" On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé " Alphonse Karr


" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour" Stendhal

Carnets de voyages

Depuis Bergen, longue nuit à bord du train pour Oslo, dans le wagon des sièges, heureusement agrémenté d’un élémentaire confort apporté par la compagnie norvégienne qui offre à chaque passager de nuit un oreiller gonflable, un masque et une paire de boules quiès. Délicate intention, unique en son genre. Destination la capitale norvégienne donc, où il s’agit au petit matin de changer de train, pour Göteborg cette fois, puis Malmö et Copenhague.

La matinée et l’après midi consistent donc pour moi en un long défilé de paysages du sud scandinave, norvégiens puis suédois. Par ici, c’est surtout les plaines et les forêts qui prédominent. Les nombreux arrêts dans les gares du parcours ne manquent pas de laisser entrevoir le charme de nombre de ces petites villes dont une brève traversée m’est ainsi proposée. Pour la deuxième fois en quelques jours, je relie Malmö à Copenhague en franchissant l’impressionnant pont entre les deux rives.

Rendez vous avec mes encombrants bagages, laissés depuis trois jours en toute sécurité dans la capitale danoise. Quelques dizaines de minutes de retrouvailles avec Copenhague – enfin surtout sa gare – puis c’est déjà l’embarquement pour Hambourg. Le train traverse la campagne danoise, avant de s’embarquer tout naturellement sur le petit ferry qui lui permettra de franchir la mer et d’arriver en Allemagne. En 24 heures, j’aurais donc relié la côte ouest norvégienne au nord de l’Allemagne par la voie ferrée.

A Hambourg, bref intermède le temps de traîner mes bagages d’un quai à l’autre et d’embarquer dans un Thalys de nuit à destination familière. Paris, la France. La nuit s’avèrera peu confortable, environné de la présence certes ré-chauffante de cinq voisins de nuit dans cette cabine minuscule remplie à plein de personnes et d’affaires. La dureté et l’étroitesse de la couchette, ajoutées à la fréquence des freinages du train, me rappellent tant le voyage a déjà duré et tant de fois il a fallu tant bien que mal tirer et porter ces dizaines de kilos d’affaires que je convois depuis la Finlande depuis maintenant plusieurs jours. Mon dos me fait souffrir, et le sommeil est difficile. A l’aube, fausse alerte quand brutalement réveillé par deux des pensionnaires de cet étroit compartiment, j’apprends que ceux-ci s’apprêtent à descendre à la gare où nous entrons, Bruxelles. Puis en début de matinée le train à grande vitesse entre enfin dans Paris. Arrivée en Gare du Nord bondée. La file d’attente pour les taxis m’incite vite à prendre laborieusement le chemin du métro, d’une part, et déjà à maudire la difficulté des transports parisiens et la foule française, d’autre part. Me voilà donc dans les couloirs du métro traînant et pliant sous le poids des charges. L’arrivée à la gare Montparnasse et l’épreuve des longs escaliers compléteront le périple souterrain, jusqu’au quai où, enfin arrivé, j’apprendrais que le train pour Chartres vient de partir il y a une minute et qu’il faut maintenant attendre le prochain départ, dans plus d’une demi heure…

Après le Cap Nord et la capitale du pays, j’ai décidé de partir à la découverte d’un autre visage de la Norvège : celui des montagnes et des fjords, en prenant la direction de Bergen, à l’ouest du pays. Beaucoup de raisons de faire cette ultime excursion en train ! D’abord, le Pass Interrail dont je dispose, mais aussi les contrastes des paysages traversés par la ligne Oslo-Bergen, réputée parmi les plus belles du monde…

Le « Oslo-Bergen », un train de haute renommée
Le train "Signatur" Oslo - Bergen commence son trajet par un long tunnel sous la ville. Il part donc de l'altitude 0 pour terminer à la même altitude, mais sur son chemin il montera jusqu'à au moins 1 222 mètres. Le voyage doit durer huit heures. Je suis installé dans un wagon moderne et confortable où ont pris place de nombreux autres touristes. Sur ce début du parcours, une fois sortis du tunnel/de la ville, on découvre des paysages variés, surtout boisés et verdoyants parsemés de belles maisons de bois colorées. Les environs d’Oslo sont vallonnés et on peut remarquer une multitude de lacs. Un peu plus tard, les paysages le long de la ligne deviennent bien plus montagneux et caillouteux. Puis, bientôt, les bas côtés et les paysages sont recouverts de neige, tandis que le train n’en finit pas de monter et que les sommets de ces alpes scandinaves semblent bien se rapprocher ! Au point culminant du parcours, en gare de Finse, à 1 222 mètres, le beau temps de la matinée s’est transformé en temps glacial et le vent balaie les flocons qui tombent du ciel. Le temps d’une brève sortie sur le quai l’instant d’un cliché et il est grand temps de remonter pour me réchauffer mais aussi parce que le train repart ! Nous arrivons bientôt à Myrdal où le train pour Flåm est sur le départ. La ligne Flåmsbana est réputée comme un chef d’œuvre de l'ingénierie ferroviaire. Commence ensuite la longue descente vers les fjords et Bergen. Bien plus tard, le train commence enfin à longer les fjords...

La 2ème ville norvégienne, en position de choix
Avec près de 250 000 habitants et 1000 ans d’existence, Bergen constitue une agglomération majeure en Norvège, la deuxième du royaume après Oslo. Pourtant, l’atmosphère et l’apparence de la cité lui donne des allures de petite ville de pêcheurs perdue aux confins des fjords, de la mer du Nord et des montagnes… En réalité, la municipalité est morcelée entre plusieurs quartiers distincts Sandviken (au nord), Nygaardshoyden (à l’ouest, où se trouve notamment l’université de Bergen), Nygaardstangen (au sud, où se trouvent notamment la gare ferroviaire, où je suis arrivé, et la gare maritime, jusqu’à laquelle j’ai marché) et Mount Floyen (à l’est), qui s’étendent avec harmonie dans plusieurs vallées au gré des reliefs de la ville. Le centre historique se développe autour de Bryggen, vieux port et vieux quartier marchand, qui comporte le célèbre quai dévolu au marché aux poissons (développé par les Allemands au Moyen-âge lorsque ceux-ci dominaient des activités commerciales de Bergen), et compte environ 35 000 habitants. L’isolement de Bergen ne serait donc que limité aux apparences et sans doute pour une large part lié à mon interprétation personnelle marquée par le l’itinéraire tumultueux emprunté en train pour venir jusqu’ici… L’emplacement de la ville s’est toujours révélé très favorable au commerce maritime et, par suite, aux activités commerciales et industrielles, à tel point qu’elle acquit une dimension européenne et même le rang de plus grande ville nordique au Moyen-âge. Bergen, qui fut avant Oslo capitale du royaume de Norvège, a donc depuis longtemps rayonné bien au-delà de sa tradition de ville spécialisée en exportations poissonnières.

L’eau, mot clé pour Bergen
Bergen est opportunément surnommée « ville de la pluie » (ou encore « Seattle européenne »). Sa pluviométrie hors du commun et ses précipitations impressionnantes ont vu fleurir dans les rues des distributeurs de parapluies ! Et selon un dicton norvégien, si chaque norvégien nait les skis au pied, les natifs de Bergen font exception, en naissant eux un parapluie à la main ! Il faut dire que les averses se succèdent, et qu’il est bien dur de rester durablement au sec à l’extérieur en cet endroit ! Scientifiquement parlant, la cause de cette particularité climatique locale serait due au fait que les nuages en provenance de la mer viennent se briser puis se vider sur les montagnes surplombant cette ville côtière. Sinon, du point de vue climatique, Bergen est une ville exceptionnellement chaude compte tenu de sa latitude (environ 8°C de température moyenne annuelle !), en raison du Gulf Stream. Ce serait ainsi une des villes les plus chaudes et les moins enneigées de Norvège. La mer et la pêche occupent une place majeure à Bergen, véritable ville d’eau, si l’on peut dire ! Aussi bien les gros ferries que les cargos et autres petits bateaux de plaisance arrivent aux portes de la ville. Les bateaux de pêche ont eux naturellement une longue habitude de se faufiler jusqu’au plein cœur de la ville, dont le vieux port constitue un véritable point névralgique.

Epilogue touristique chargé d’émotion
Cette longue et triste soirée passée à Bergen entre averses, fatigue et mélancolie vient clore la page touristique du périple. Dans la solitude du voyageur, mes pensées sont aussi déjà à la nostalgie des mois écoulés. Les souvenirs affluent dans mes songes. Dans quelques heures, puis bientôt dans quelques minutes, il sera enfin temps d’embarquer à nouveau dans le train pour Oslo, qui sera le premier d’un long retour vers Chartres, où je dois arriver dans une quarantaine d’heures…

A mon réveil ce matin le ferry s’est déjà engagé dans le fjord d’Oslo, dont la ville du même nom se situe à l’extrémité septentrionale. Malgré le gros détour occasionné, outre des avantages offerts par mon Pass Interrail j’entends bien profiter de ces derniers jours en Scandinavie pour ajouter à mon « tableau de visites » la dernière capitale des pays scandinaves dont je n’ai pas encore foulé les rues. La plus grande ville de Norvège, ce pays étonnant qui réunit tous les superlatifs, ne doit elle pas s’avérer tout aussi passionnante ?

Une ville neuve et moderne
Oslo fut fondée aux alentours de l’an 1048, et s’affirma comme capitale seulement à partir du XIVème siècle. La ville fut rebaptisée Kristiania, en l'honneur du roi Christian IV qui la fit reconstruire après le grand incendie de 1624. Fréquentée par des artistes de renommée internationale comme Henrik Ibsen, Edvard Munch, Knut Hamsun et Sigrid Undset (Prix Nobel de littérature), Oslo connut un véritable âge d’or culturel. Oslo a par ailleurs accueilli les VIe Jeux olympiques d'hiver en 1952, consacrant ainsi son statut de grande ville du monde occidental. En mai 1995, les Accords de Paix entre Israéliens et Palestiniens y furent signés. La capitale norvégienne offre tout de suite une vision rassurante. La gare ferroviaire centrale, qui sera mon repère principal dans Oslo, se trouve à l'est du centre-ville. De là, la porte Karl Johans forme une voie royale jusqu'au palais, traversant le centre-ville d'est en ouest. Très commerçante, l'avenue Karl Johans est la rue principale d'Oslo. Riche en musées, en parcs et en monuments, le centre-ville est un mélange agréable d'architecture ancienne et moderne. La plupart des grands édifices symboliques datent du XIXe siècle, tels le Palais Royal, le Parlement, l’université d'Oslo, le Théâtre national et la Bourse.

Une ville de paix et de tranquillité
La capitale de la Norvège, pourtant première ville du pays, respire une étonnante tranquillité. De nombreux parcs et espaces ouverts donnent un aspect aéré et vert à la ville ; aucun espace vert ou forêt n'est distant de plus de dix minutes à pied de la porte de chaque habitation. La première station de sports d'hiver est à trente minutes au plus du centre-ville. Bien que la surface couverte par la ville soit remarquablement vaste par rapport aux autres métropoles européennes, la population osloïte reste faible. Avec une population d'environ 550 millions d'habitants, la ville regroupe 11,5% de la population norvégienne. Le cadre de vie unique offert aux citadins comporte des contreparties : selon les statistiques de 2006, Oslo est la troisième ville la plus chère au monde en termes de logement, après Tōkyō et Ōsaka ! L’image paisible d’Oslo semble rayonner dans le monde. C’est au Rådhuset, l'Hôtel de Ville, que se tient chaque année la cérémonie publique du Prix Nobel de la paix. A quelques mètres se dresse le Nobels Fredssenter, « Centre Nobel pour la paix », à la mémoire de plus de cent ans de prix Nobel de la Paix et des conflits dans le monde. Symbole majeur pour l’identification de la ville à l’étranger. A quelques mètres de ces deux édifices, l’imposante forteresse médiévale d'Akerhus domine le port de plaisance, au sud. Ce centre de commandement militaire consiste surtout en un ensemble architectural ouvert au public, enchâssé entre deux des baies d'Oslo (Pipervika et Bjørvika).

La Norvège, un pays à part
La Norvège réunit les superlatifs : pays le plus riche (voire le plus cher !), le moins densément peuplé, le plus généreux socialement… La Norvège (de « Norðrvegr », chemin du Nord) occupe tout l’ouest et le nord de la péninsule scandinave. Elle possède ainsi des frontières communes avec la Suède, la Finlande et la Russie. Les côtes norvégiennes s’étalent au total sur plus de 83 000 kilomètres, ponctués de fjords et d’une multitude de petites îles. Elles bordent à la fois la mer du Nord au sud-ouest, la mer de Norvège à l’ouest et la mer de Barents au nord-est. Le pays compte environ 4 600 000 habitants, mais compte-tenu de sa très grande superficie, c’est après l'Islande le moins densément peuplé d'Europe ! Contrairement aux idées reçues, le climat norvégien est raisonnablement tempéré, en particulier sur le littoral grâce à la chaleur amenée par le Gulf Stream. Ainsi, les bateaux peuvent naviguer du sud à l’extrême nord du pays tous les jours de l'année, alors que les eaux de la mer Baltique (entre Suède et Finlande notamment), plus au sud, sont elles prises par les glaces ! En revanche, il est exact que le relief du pays est très accidenté : jusqu’à 2469 mètres d’altitude, pour le mont Galdhøpiggen. Concernant son histoire, la Norvège est également atypique. Pendant la Première Guerre mondiale, elle fut dans le rang des hérauts de la neutralité. Mais lors de la Seconde Guerre mondiale, cette doctrine associée à sa puissance navale dissuasive ne suffît pas à épargner le pays de l'occupation allemande. Dès lors, le concept de neutralité à la norvégienne s'est mué en celui de sécurité collective. La Norvège fut l’un des membres fondateurs de l’OTAN, en 1949. Elle fournit aussi à l’ONU son premier secrétaire général, Trygve Lie. Les Norvégiens, et en particulier les plus pêcheurs, ont refusé à deux reprises par référendum de rejoindre l’Union européenne (en 1972 et en 1994). Cette question divise toujours la population. En revanche, le parlement et le gouvernement sont en dialogue permanent avec les autres pays de la région dans le cadre du Conseil nordique. L’économie norvégienne, enfin, est un bastion prospère du capitalisme social. Le taux de chômage est souvent proche des 2% de la population active. Le gouvernement, par le biais de grandes entreprises publiques, contrôle quelques domaines particulièrement stratégiques, comme une partie du secteur pétrolier. Le pays regorge de ressources naturelles : pétrole, gaz, hydroélectricité, poissons, forêts, minéraux... Les énergies représentent à elles seules près de 40 % des exportations du pays : seules l’Arabie saoudite et la Russie exportent davantage que la Norvège (qui ne fait d'ailleurs pas partie de l'OPEP) ! Malgré tant de prospérité, les Norvégiens sont aujourd’hui …inquiets ! Leurs soucis concernent l’horizon des deux prochaines décennies, lorsque les réserves de gaz et de pétrole commenceront à s’épuiser. C’est pourquoi le pays engrange, depuis déjà plusieurs années, une partie des revenus générés par le pétrole, dans un énorme « fonds pétrolier de Norvège »...

Une journée tranquille de balades curieuses à travers Oslo, à l’issue de laquelle je me sens familiarisé à la singularité norvégienne et à ce cadre de vie certes séduisant mais que certains – touristes ou non – trouveront contraignant voire ennuyant… Oslo est une ville harmonieuse mais sans le charme qui se dégage parfois de villes bien plus tumultueuses.

L’arrivée à Copenhague, après un si long voyage commencé la veille, a quelque chose d’apaisant. D’abord, je me suis débarrassé à la gare d’une bonne partie de mon encombrant chargement, laissée à la consigne où je dois repasser dans trois jours, après mon détour par Oslo. Je me sens donc tout léger et heureux de respirer le grand air du dehors, quand bien même c’est celui du très fréquenté boulevard de la gare, sous un soleil néanmoins fort agréable…

Le Danemark, un melting-pot à la scandinave
Il y a une réalité à l’arrivée à la gare de Copenhague. Une impression qui est peut être celle des personnes oubliées par le temps, des ruraux retirés au fond de la campagne, ou des exilés en Laponie de retour « au sud »… Le Danemark est de toute évidence un pays cosmopolite, où des communautés d’immigrés de provenances variées sont établies de longue ou fraîche date et se mêlent à la population locale. Un contraste d’autant plus frappant et visible que la physionomie de cette population est nettement distinct du profil pâle, blond et élancé des Danois(es) de souche. Oui, à la différence de la Finlande, le Danemark est un melting-pot. Cette première impression se confirme quand, à bord du bus qui me conduit sur l’autre île de la ville où se trouve l’auberge de jeunesse où je dois passer la nuit, j’observe en dehors la variété de commerces « exotiques », et autres kebabs qui différent des petits cabanons à hot dog couleur locale. La majorité de la population est certes d’origine scandinave, et le danois est parlé partout dans le pays, bien qu’une faible minorité germanophone existe près de la frontière allemande. Toutefois, la population comporte aussi un petit groupe d’Inuits (du Groenland), de Féroïens, et surtout 8,9% d’immigrants venus d’ailleurs. Un chiffre comparable aux situations suédoise et norvégienne, ou plus généralement d’ailleurs de la plupart des pays d’Europe occidentale.

Une ville pleine de vie
Copenhague, à l’instar de beaucoup de capitales, est une ville très animée. Mais quand l’animation de certaines rime avec trafic infernal, pas pressés et divers bruits urbains, la capitale danoise semble offrir au contraire un cadre de vie privilégié. D’abord, c’est le paradis des piétons qui occupent l’essentiel de l’espace de la rue. Même les marathoniens sont à l’honneur, en tout cas ce jour ci, puisqu’un grand marathon se déroule à travers les rues du centre de Copenhague. Et les cyclistes ne sont pas en reste. En plein cœur de la capitale danoise, Tivoli apparaît comme le symbole d’une ville vivante et animée. Les jardins de Tivoli constituent en effet une des attractions majeures au centre actuel de Copenhague. Il s'agit d'un parc d'attractions comprenant montagnes russes et autres trains à sensation (très peu pour moi, ces jours ci !), mais aussi lieu d’accueil d’expositions, concerts, etc. La présence de l’eau vient compléter le paysage de ce cadre de vie : de nombreux canaux traversent la ville. Aux bords de ceux-ci et au-delà s’élèvent les monuments royaux qui rappellent l’importance de la ville. Copenhague abrite en effet le parlement national et le gouvernement, mais aussi le siège de la monarchie du pays. En danois, København est une déformation de « Købmandshavn », le port des commerçants, qui rappelle la position stratégique de la ville, à l'entrée de la mer Baltique. La ville de Copenhague est située sur deux îles distinctes : sur la côte orientale de l'île de Sjælland, d’une part, et sur l'île plus petite d'Amager, de l’autre. La population de la région métropolitaine de Copenhague est de plus d’un million et demi d’habitants.

A vos vélos
 !
A Rovaniemi, j’ai pris l’habitude de voir beaucoup de vélos, et devenir moi-même utilisateur quotidien de ce mode de transport pratique et écologique. J’ignorais encore que la petite reine pouvait ailleurs en Scandinavie être encore plus en vogue… A Copenhague, le nombre de vélos à la vue est impressionnant, autant ceux à la circulation que ceux au stationnement. Toutes les rues sont envahies de vélos ici et là. J’ai moi-même pu pédaler dans la capitale danoise grâce aux vélos gratuits à disposition des passants dans le centre ville de Copenhague. Une pièce de monnaie vous permet, à l’instar du fameux système des caddies, de prendre possession d’un de ces nombreux vélos. Une fois l’utilisation finie, il suffit juste de le raccrocher quelque part ; de nombreux « parcs » à vélos sont disponibles dans le centre ville, dans un périmètre défini auquel l’utilisation de ces vélos est limitée. La municipalité a d’ailleurs fait de gros effort pour favoriser l'utilisation de la petite reine : de nombreuses pistes cyclables existent dans quasiment toute la ville, en plus de la flotte de vélos publics gratuits disponible parait-il de mai à octobre.

La modernité décomplexée
Le Royaume du Danemark, est le plus petit des pays scandinaves (si l'on fait abstraction de ses deux régions autonomes, le Groenland et les îles Féroé). Le Danemark est constitué d’une péninsule, le Jutland (Jylland) et de 443 îles, dont 76 sont habitées. Beaucoup d’îles sont reliées par des ponts. Le climat est tempéré avec des étés doux et des hivers frais. Jusqu’au XIe siècle, les Danois participaient aux expéditions vikings, colonisant, commerçant et pillant partout en Europe. Le Danemark a ensuite longtemps tenu un rôle majeur en Europe du Nord, contrôlant à un moment ou à un autre l’Angleterre, la Suède, la Norvège, la mer Baltique et des territoires en Allemagne. Il est membre de l'Union européenne depuis 1973. Le Danemark a une économie de marché moderne. Le niveau de vie est élevé. Très dépendant du commerce extérieur en raison de la taille de son propre marché, le pays tire une partie importante de sa croissance de ses exportations (32% de son PIB), concentrées sur certains produits, notamment produits pharmaceutiques, biens d’équipements industriels, mais aussi pétrole et gaz naturel. Sans oublier des produits alimentaires (porc, poisson, céréales) et des produits manufacturés grâce à une industrie spécialisée dynamique. Plusieurs entreprises danoises ont acquis une notoriété mondiale sur des niches spécialisées en forte croissance (bière, fenêtres de toit, éoliennes, composants pour le chauffage et la climatisation, transport maritime, jouet, etc.). Le fonctionnement du marché du travail se caractérise par un système de flexicurité, qui allie flexibilité pour l’employeur et sécurité pour le salarié.

Coucher de soleil
En fin d’après midi, après avoir pleinement profité de Copenhague et de l’atmosphère qui y règne, il est grand temps de me rendre au port afin d’embarquer pour Oslo. Le temps me manque même, et c’est en taxi que je rejoindrai, heureusement à temps, l’embarcadère. Aucune attente pour accéder à bord du ferry, puisque je suis de toute évidence un des ultimes passagers à franchir la passerelle. Après avoir trouvé ma cabine et entreposé les quelques affaires qui m’accompagnent encore, je file vers le pont, un rituel à chacun de mes voyages en ferry ! Le doux soleil du jour continue à rayonner à la perfection, ni trop brutalement ni trop timidement. A l’horizon on distingue côté ville les entrepôts du port et au loin quelques clochés du centre ville, côté mer de nombreux plaisanciers qui voguent gaiment non loin du ferry mastodonte, et au loin plusieurs lignes d’éoliennes actionnées par le léger vent marin. Il parait que, dépourvu de ressources énergétiques hydrauliques et nucléaires, le Danemark s'est résolument tourné vers la production éolienne en mettant en place un parc considérable, terrestre mais aussi en plein mer, qui répond à 10% des besoins électriques du pays ! Bientôt la sirène du navire vrombit et les quais s’éloignent peu à peu. La direction d’Oslo nous fait toujours longer de près ou de loin les côtes danoises ou suédoises. Je me dirige quant à moi vers la boutique hors taxe chercher quelques victuailles à savourer sur le pont. En fin de soirée, le soleil finit par décliner et nous offrir un magnifique coucher sur la ligne d’horizon marine…

La Suède est un pays fort long, du nord au sud. Les contrastes défilent au fur et à mesure du tout aussi long voyage en train qui me conduit cap au sud toute vers de nouveaux périples sur le chemin du retour définitif. La conclusion de mon année dans le grand nord. Longs aussi le défilé des souvenirs, la nostalgie de l’expérience, la tristesse du retour…

Luleå, la Suède vue du nord
A l’instar de Rovaniemi du côté finlandais, Luleå, avec sa cinquantaine de milliers d’habitants, constitue le pôle principal de la vaste région du Norrbotten. Les principales activités économiques pourvoyeuses d’emplois de la ville sont la mine d'acier et l'université « Luleå University of Technology ». Par ailleurs, une force armée aérienne est en poste à Luleå. La similitude avec Rovaniemi se retrouve dans le style d’urbanisme : pas de constructions très anciennes, aménagement aéré et fonctionnel... D’ailleurs, la ville fut presque entièrement reconstruite, suivant un plan en damier, après le grand incendie qui la dévasta en 1885. Un passé ravageur qui rappelle celui de Rovaniemi, une soixantaine d’année plus tard. La ville est située sur une péninsule au nord du Golfe de Botnie (qui sépare la Suède et la Finlande). Le port de Luleå a une importance particulière (déjà acquise au Moyen Âge) pour le minerai de fer provenant notamment de Kiruna. Pendant l'hiver, le trafic maritime se fait tout à fait normalement avec le support des brise-glaces (le brise glace suédois l’Armada y a son port d’attache). Malgré un doux soleil fort sympathique, la ville de Luleå m’apparut froide et assez déserte, autant sans doute que l’est objectivement Rovaniemi, mais l’attachement dû au vécu en moins, bien sûr. Les Suédois que j’y ai rencontrés – cette jeune hôtesse de l’office du tourisme au regard et à l’accent foudroyants, ou ce passant distingué qui m’a accompagné quelques minutes dans la rue jusqu’à ce qu’il ait obtenu l’information nécessaire à satisfaire la demande d’orientation pour laquelle je l’avais abordé – se sont montrés charmants et particulièrement serviables, à l’image de la politesse et de l’intelligence suédoises qu’on dépeint tant et qui contraste à première vue, certes, avec la rudesse et la froideur des Finlandais.

Défilé de panoramas suédois
J’évoquais il y a quelque temps la primauté de la Suède dans l’incarnation de la Scandinavie et de sa réputation. Côté nature aussi, la Suède semble emblématique du meilleur de la Scandinavie. Le climat suédois est relativement tempéré, même si de grandes variations existent bien sûr entre le sud et le nord du pays. La densité de population est très supérieure au sud. De nombreux lacs, dont certains parmi les plus grands d’Europe, s’assortissent à merveille aux vertes vallées et aussi verdoyantes collines et petites montagnes. Tandis que le sud agricole est constitué de plaines, les forêts sont de plus en plus nombreuses en remontant vers le nord. Côté mer, les rives de la Baltique sont faites de quelques fjords, mais essentiellement de longues côtes entrecoupées avec un très grand nombre de petits golfes. Ce sont tous ces paysages que sillonne mon train aujourd’hui, mon regard par la fenêtre scrutant toutes ces particularités et ces charmes suédois qui défilent, à l’image des troupeaux de moutons et des petites bâtisses de bois rouge éparpillés à l’horizon qui défilent, autant qu’il fuie ainsi l’ennui de la longueur du voyage et la mélancolie du moment.

Sur les rails, jusqu’au pont-tunnel de l’
Øresund
Ce train de nuit qui assure la très longue liaison entre l’extrême nord du pays et la capitale doit arriver à Stockholm à la mi-journée, où je dois rapidement embarquer dans un autre convoi à destination de l’extrême sud du pays. L’arrivée à Stockholm me rappelle mon récent périple dans la capitale scandinave, et cette traversée en train de la ville aux façades colorées et aux rivages escarpés me laisse même apercevoir des secteurs de la ville que je n’avais pas arpentés. Le retour à Stockholm est néanmoins bref. A la gare centrale, j’embarque à bord du X 2000, train suédois à grande vitesse, et au confort bienvenu, à commencer par les prises électriques à disposition qui pourraient à raison faire la jalousie des voyageurs de la bonne vieille SNCF ! Bientôt, il s’élance vers les plaines du sud du pays, ses vastes openfields et ses alignements d’éoliennes. C’est alors qu’après toutes ces contemplations, je me trouve victime de la rigueur suédoise, avec le déplacement du contrôleur à la demande d’une passagère qui avait observé que j’occupais la place numérotée qui aurait du être la sienne. Règlement courtois et efficace du litige, tout de même. Et voyage agréable et sans incident supplémentaire (environ quatre heures pour couvrir la grande distance) jusqu’à Malmö ! Là, nouveau changement qui doit me mener jusqu’à Copenhague. Les deux villes sont séparées de quelques kilomètres par le détroit de l’Øresund, qui relie la mer Baltique au détroit de Kattegat (en direction de la mer du Nord). Copenhague et Malmö sont reliées depuis 2000 par le pont du même nom (côté Malmö, constitué de 52 piliers et 4 pylônes), qui se prolonge par une île artificielle de 4 km de long (pour permettre la continuité de la circulation routière et ferroviaire) puis un tunnel (côté Copenhague, 3,7 km au fond de la mer). L’ouvrage est à deux niveaux, comprenant sur la partie supérieure une autoroute et sur la partie inférieure une ligne de chemin de fer. Le pont de l’Øresund est le plus long pont à hauban à double tablier (route et chemin de fer) du monde. C’est un équipement-phare de la connexion, très active entre les villes – et les régions – de part et d’autre du détroit. De nombreuses fois par jour, en moins de trente minutes, la liaison est réalisée.

En fin d’après-midi de notre dernière journée à Stockholm, nous nous rendons au terminal des ferries pour la Finlande. Embarquement en début de soirée pour une longue traversée qui nous amènera à Turku au petit matin. Parfums de retour donc, avec fatigue et baisse de rythme. Dernier retour vers Rovaniemi en quelque sorte, à quelques semaines du retour, le grand…

Traversée Suède - Finlande

Tandis que le ferry longe longuement les côtes découpées de la Suède sous un coucher de soleil venant, la traversée vers la Finlande s’avère dès le départ tranquille. A bord, essentiellement des retraités et des familles, semble t’il, qui disparaissent vite dans leurs cabines. Nous qui n’avons pas le luxe d’en disposer, nous devrons passer la nuit dans quelque recoin des couloirs du navire, qui comme les ponts sont d’ailleurs bien déserts. Au beau milieu de la nuit, nous serons d’ailleurs délogés des confortables fauteuils d’un cabaret squattés opportunément. Fermeture oblige. Malgré cet incident, la nuit sera sans trop d’encombres, si ce n’est cet homme ivre mort qui me tiendra la conversation une bonne heure près de notre second lieu de sommeil. La soixantaine, l’allure distinguée, il me parlera en allemand sans discontinuer, précisant au passage sa fonction, à savoir professeur à l’université d’Uppsala, une des plus prestigieuses de Suède. Une fois ses propos incompréhensibles – si ce n’est leur teneur raciste et xénophobe – terminés pour de bon, une poignée d’heures de sommeil seulement me séparent de l’heure du réveil pour le débarquement. Bref, une traversée assez calme globalement, seulement largement troublée par cette conversation nocturne indésirable. En résumé, c’était une nuit de semaine à bord du « party-boat »Suède – Finlande, réputé pour ses fastes du week-end, quand Finlandais ou Suédois s’offrent des allers-retours où ils se noient bien au sec à l’abri des vagues dans leur alcool. Une tradition, il paraît.

Turku, ancienne capitale finlandaise

Après les agitations des capitales précédemment visitées, et en particulier des deux gigantesques villes russes, l’arrivée à Turku de bon matin a tout d’un retour au calme finlandais. La ville, capitale de la province de Finlande occidentale, n’est que la troisième agglomération de Finlande. Jusqu'en 1812, Turku fut pourtant la capitale du pays, alors assujetti au royaume de Suède. C’est lorsque la Russie envahit la Finlande que la capitale fut transférée à Helsinki. Les Russes trouvaient Turku géographiquement trop proche de la Suède. La ville n’a alors cessé de décliner en influence, par ailleurs à de nombreux reprises ravagées par des incendies. Aujourd’hui, ce centre historique et universitaire dégage certes une autre dimension qu’une petite ville telle Rovaniemi. Cependant, on est bien loin de l’atmosphère d’une capitale régionale française par exemple. Les rues ne sont ni désertes ni bondées, les galeries commerciales sans phares… Côté tourisme, deux joyaux historiques finlandais sont supposés incontournables pour le voyageur de passage. D’abord, le château, fondé en 1280. Sa façade d’un blanc vieilli, que l’on aperçoit en venant du port, ne m’incitera guère à envisager la visite du monument, dont l’intérieur comporterait paraît-il d’intéressantes collections d’objets décoratifs de différentes époques. Quant à la cathédrale luthérienne évangélique, ma volonté d’y entrer s’avérera vite sans issue. Les portes du monument sont en effet closes, et personne ne semble à portée d’aide pour venir satisfaire la curiosité du pauvre voyageur chartrain… Bref, peut être à tort, Turku restera dans ma mémoire comme une ville finlandaise à fades splendeurs, dont je ne retiendrai que les modestes façades monumentales ou encore la vision de cette rivière marronnasse qui traverse la ville.

Ultime nuit de voyage à bord du Santa Claus express

En baroudeurs épuisés par douze jours de voyage à travers six villes et quatre pays différents, nous traînons bagages et fatigues à bord du fameux "Santa Claus Express", ce train de nuit qui parcourt la Finlande du sud au nord et qui nous déposera demain matin à Rovaniemi. Entre satisfaction du voyage, fatigue intense et joie de retrouver le fief lapon, les sentiments sont plutôt mêlés. Il en faudrait donc bien plus ce soir là pour nous déstabiliser que cette Finlandaise vieillissante mécontente de nous voir prendre place dans le même compartiment qu’elle, et ne voilant à peine sa grogne manifestée à notre égard en anglais et commentée à sa voisine de siège, restée calme et impassible, en finnois. Après différentes offensives pour nous dissuader de maintenir notre position dans ce compartiment, et agacée de notre indifférence à celles ci, notre passagère bien nerveuse opèrera au milieu de la nuit un volte face bien inattendu. S’avançant vers nous, elle profèrera excuses et regrets pour son comportement précédent. S’en suivra dès lors une conversation passionnée et sonore qui, maintenant l’ambiance apaisée, viendra sans nul doute nuire profondément à mes tentatives de sommeil… La dame est de Rovaniemi, elle a vécu en Amérique du Nord, et c’est de surcroît la voisine de « Monsieur Lordi » en personne. Elle a même vu grandir le petit monstre. Au petit matin les adieux seront chaleureux comme il eut été fort improbable quelques heures auparavant. C’est ainsi que se concluait, sur le quai presque entièrement déneigé de la capitale lapone, la dernière et plus improbable rencontre de ce périple qui en comprit tant.

Quelques minutes de taxi pour Kuntotie, et j’étais de retour au bercail, 13 jours après l’avoir quitté, avec un beau périple dans la tête, plein de découvertes et de rencontres. Un voyage express, certes, mais tout en contrastes, et qui me donne déjà envie de revenir dans certains des lieux visités, certains si passionnants, d’autres si apaisants…

C’est la dernière étape « étrangère » dans cette tournée des pays voisins de la Finlande. La Suède n’est pas n’importe quel voisin pour la Finlande. C’est une sorte de nation sœur, mais avant tout profondément rivale. Dans l’histoire, la Suède a presque perpétuellement dominé la Finlande sur tous les plans… Mais aujourd’hui, à l’heure où la Finlande parvient à remporter ses premiers succès dans le cadre de cette rivalité, la Suède continue d’incarner une certaine supériorité, qui se résume en ce qu’elle illustre une certaine réussite scandinave, à travers un style et un modèle de société…

La Suède, le cœur de la Scandinavie

La Suède est très allongée, puisque longue de 1600 kilomètres du nord au sud, ce qui donne son extrémité sud – la ville de Malmö – à la même distance de Rome que de son extrémité nord. Par ailleurs peuplée de 9,1 millions d’habitants, dont 12% sont nés à l’étrangers, la Suède est de tous points de vue le plus grand pays scandinave. Dans l’histoire de la Scandinavie et de l’Europe du Nord, les initiatives sont bien souvent venues de la Suède, à l’instar du développement de la culture viking (IXe et Xe siècles) ou de la christianisation (XIIe siècle). Dès le XIIe siècle, la Suède s’est affirmée comme une grande puissance européenne moderne. Cette situation connut néanmoins une parenthèse lors de la période de domination russe au XVIIIe siècle. Depuis la fin de ce même siècle, le Royaume de Suède a développé progressivement un modèle démocratique et pacifique qui perdure aujourd’hui. Le régime monarchique presque millénaire est devenu fortement parlementaire, mais le pays reste attaché à sa famille royale, dynastie dont les origines françaises remontent à 1809. De nos jours, la Suède incarne la réussite mêlant haut développement de l’Etat providence et très bonne santé économique. Les données démographiques affichent également de bonnes performances, avec un taux de natalité et une espérance de vie parmi les plus hauts d’Europe.

Stockholm, capitale historique et culturelle

Stockholm est aujourd’hui reconnue comme une véritable ville internationale – avec près de 800 000 habitants, soit un peu plus seulement que Riga – voire une des plus belles villes du monde. L’eau est omniprésente. La mer baltique est très proche, mais sa présence se caractérise surtout par un morcellement en îles, 14 au total, et l’existence de 53 ponts. Le long des divers rives s’alignent des constructions plutôt basses et aux divers tons pastels. C’est avant tout par son style que la ville se distingue comme une belle capitale. L’histoire de la Suède se décline à travers la ville, par les différents styles d’architecture aussi bien que par les monuments historiques présents. A deux pas du Riksdag (le Parlement), sur l’île qui constitue le noyau médiéval (parfaitement conservé), se dresse le Palais royal, où vit la famille royale de Suède. L’endroit semble solennel et bien gardé, et des convois y entrent et sortent par moments. Stockholm abrite près d’une centaine de musées, et tire de ce fait une réputation de ville de culture. Nous nous sommes contentés de visiter l’un d’entre eux, et nous avons choisi le National Museum, en plein centre de la ville. Celui-ci abrite une vaste collection d’art, des peintures classiques aux objets d’art contemporains. Les galeries présentent notamment un impressionnant recueil d’œuvres impressionnistes de peintres français.

Du sérieux scandinave…

Stockholm parait judicieusement aménagée à bien des égards. Il en est ainsi des transports. Certes, on peut citer les transports en commun, bien déployés et assez peu chers. Mais la particularité la plus singulière concerne les transports maritimes et aériens. Pas de gros ferry dans le centre de Stockholm, alors qu’un bras de mer y vient. Pas d’avion au décollage ou atterrissage dans le ciel, non plus. Les terminaux maritimes ont été installés bien à l’écart du centre ville. Les aéroports, eux, se situent tous à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. Dans les deux cas, des services de navettes desservent à merveille ces lieux vers et depuis le centre ville. La circulation automobile est fortement dense, mais semble t’il parfaitement régulée et organisée. Pas d’embouteillages monstres, pas de bolides sur les avenues. La circulation – en total contraste avec ce qui se voit en Russie – semble à l’image de la ville. La sûreté est un maître mot, une exigence, voire un acquis. Et puis il y a bien sûr l’impression générale de propreté. Là aussi, le contraste avec la Russie est manifeste. Stockholm, contrairement à certaines rues de Moscou ou Saint Petersburg, illustre la réputation de propreté des villes nordiques. Ces observations semblent se conjuguer pour décrire un certain art de vie suédois ou scandinave, voire un modèle ou un exemple. L’atmosphère qui accompagne ce sérieux scandinave, nous la découvrons dès l’arrivée à l’auberge de jeunesse. Beaucoup de règles – de l’obligation de retrait des chaussures dès l’entrée de l’établissement à la réglementation de l’utilisation de la cuisine commune – sont à respecter, et elles sont soigneusement reportées sur un document remis à chaque arrivant. Ces normes de vie quotidienne et de sûreté sont parfois poussées jusqu’à leur limite… Ainsi tous les occupants de l’hôtel ont-ils été brutalement réveillés en plein milieu de la nuit par une assourdissante alarme incendie sans doute un peu trop sensible. Il a fallu patienter à l’extérieur jusqu’à l’arrivée d’un responsable des lieux, pour qu’il constate que la raison de l’incident était le sauna resté un peu trop chaud… A Moscou, il eut été fort improbable d’être réveillé par une telle alarme – probablement inexistante – alors même que l’état des installations aurait davantage auguré de son utilité !

Bienvenue au Riksdag, le parlement suédois

Une autre étape de ce cours séjour dans la capitale suédoise nous amène, un peu par hasard, à l’intérieur du Riksdag, le Parlement suédois. Intrigués par les allers et venues de groupes de touristes et de scolaires à proximité d’un accès au bâtiment, nous leur emboîtons le pas et arrivons dans un hall d’où débutent les visites guidées des lieux et autres pérégrinations à l’intérieur de cette place forte de la démocratie au mode scandinave. Très bien accueillis par le personnel, dans un anglais impeccable, nous apprenons qu’hélas aujourd’hui les visites guidées ne sont données qu’en langue suédoise, inconvénient de taille pour nous même si nous sommes néanmoins cordialement invités à suivre la visite si nous le souhaitons. Finalement, nous opterons pour la séance publique, à laquelle nous pouvons assister sans démarche préalable requise, si ce n’est une évidente procédure de sécurité au moment de pénétrer au cœur du Parlement. C’est donc avec une facilité déconcertante que nous prenons la direction de l’hémicycle, accentuée encore par la serviabilité et la courtoisie des divers personnels que nous croisons au fil des couloirs et des ascenseurs. L’hémicycle du Riksdag est d’apparence moderne, contrastant en cela avec son équivalent français à connotation plus historique. Le public peut suivre la séance soit depuis un observatoire vitré, soit depuis la tribune qui lui est réservée au sein même de l’hémicycle, à condition bien sûr de respecter plusieurs règles strictes de comportement. Côté députés, les bancs sont pour le moins déserts. Les présents se comptent sur les doigts d’une main, à qui il faut ajouter le Président du Riksdag – sans doute le personnage le plus important de la vie politique en Suède, devant le Premier ministre, qu’il nomme - qui mène la séance en personne ce jour là et les quelques secrétaires qui l’entourent. Nous ne saurons l’objet du débat, langue suédoise explique. C’est donc l’atmosphère et les gestes qui attireront l’essentiel de mon observation. Debout au centre de l’hémicycle, face à face derrière leurs pupitres, deux orateurs – un homme et une femme – représentant deux sensibilités politiques différentes, débattent en prenant tour à tour la parole. Le temps de parole attribué à chacun s’égrène au fur et à mesure sur un compteur visible à tous. Les interventions se succèdent, sans que les parlementaires ne se coupent la parole ou ne soient interrompus par le président afin de faire respecter les temps de parole. Les discours des uns et des autres semblent toujours calmes, courtois, modérés. Pas de tirades enflammées ou théâtrales, pas de cacophonie, pas de provocations. Bref, si la séance en serait presque ennuyeuse à la longue, il s’en dégage en tout cas une atmosphère studieuse, concentrée, sérieuse.

La Suède est un pays dont la réussite semble reconnue et saluée en Europe. Un modèle de sécurité, de démocratie, d’économie. Un peu l’inverse de la Russie… Et pourtant, on ne saurait opposer en appréciation touristique l’une et l’autre. Sûreté, prévention, légalité : la Suède assure tout cela. La Russie présente une atmosphère beaucoup plus confuse. Mais loin d’en être dépourvue de charme !

Après plus de cinq jours passés en Russie, à la porte orientale de l’Europe, cap à l’ouest, avec un retour vers l’Union Européenne, et dans un premier temps un des pays baltes, la Lettonie, et plus précisément sa capitale, Riga, où nous devons passer presque deux journées et une nuit…

Moscou-Riga, 16 heures de 3ème classe

La liaison vers la Lettonie est prévue en train, pour lequel nous avons réservé des billets de troisième classe. A Moscou, en pénétrant dans le wagon du train pour Riga, une certaine atmosphère se dégage déjà… Les gens ont tous l’air pauvre et sont serrés sur des banquettes peu confortables. Le wagon se présente sous la forme d’une série de compartiments sans cloison, le tout traversé par une allée. Tel sera notre sort pour les 16 heures de voyage à venir ! Beaucoup de découverte, un peu d’angoisse sans doute aussi… Une fois installés à nos places, nous faisons rapidement connaissance avec un passager américain étudiant en France qui passait à Moscou rendre visite à des amis. Et quelques instants plus tard un autre jeune américain, vivant à Moscou, lui, où il enseigne l’anglais. Rencontres insolites et inespérées dans ce wagon épique ! Agréable compagnie, aussi, nous mettant davantage en confiance dans cette ambiance bien particulière de 3ème classe de train de nuit russe. D’autant que John, cet expatrié de l’Ohio à Moscou depuis deux années, parle russe et nous sert donc d’interprète et de conseiller, quand il nous indique comment procéder si à la frontière les forces de l’ordre tentent de nous arracher de l’argent pour de prétendues anomalies dans les papiers… Le wagon résonne des ronflements en tout genre et transpire des sueurs des alcooliques effondrés ici et là. La Russie authentique, dirait on. Le voyage s’avère long, mais néanmoins sympathique, en compagnie de nos deux compagnons de voyage. Le reste du wagon dort profondément, les sons de lourds ronflements de notre gros voisin ivre ne manquant pas de nous faire sourire ! Plus tard, quand le sommeil me gagne à mon tour, je me hisse sur une banquette à l’étage espérant y trouver un endroit paisible pour passer la nuit. Si l’odeur d’un proche voisin est quelque peu dérangeante, l’influence des mouvements du train m’oblige aussi à contrôler mon équilibre sur cette étroite couchette pour ne pas tomber dans l’allée ! Au petit matin, le train s’arrête, les gardes frontières russes entrent et vérifient tous les papiers, puis tous les bagages. Aucun incident à signaler, finalement. Environ trois quarts d’heure plus tard le convoi redémarre, avant de s’arrêter à nouveau un peu plus tard, pour laisser entrer les gardes lettons, qui à leur tour effectuent les mêmes vérifications. Tout le wagon est désormais réveillé après une nuit entamée bien tôt la veille. Nous sommes juste une poignée à tenter de continuer à dormir, tandis que d’autres multiplient allers et venues dans le wagon et discutent à haute voix, comme cette vieille femme très sonore juste au-dessous ma banquette… Bandes-sons nuit et jour décidément !

 

Bienvenue à Riga, capitale de Lettonie

Vers midi, le train arrive en gare de Riga. La ville est très ensoleillée et l’atmosphère du trajet – à pied – vers l’hôtel accueillante. Après un bon repas et une bonne douche, nous voilà partis à la découverte de Riga, ou plutôt de son vieux centre. La ville compte plus de 700 000 habitants, ce qui en fait la plus grosse ville des pays baltes, tandis que la Lettonie – située entre la Lituanie au sud et l’Estonie au nord – en comporte environ 2,3 millions. Le cœur de la ville se trouve dans le vieux centre historique – inscrit au patrimoine de l’Unesco – à taille modeste. On y trouve plusieurs églises et cathédrales, la plupart luthériennes, ainsi qu’une catholique et une orthodoxe. Les rues de la vieille ville sont sinueuses et bordées de maisons colorées. Ce centre historique est bordé d’un genre d’allée verte, parcourue par les allées de promenades et un agréable canal, le tout sur l’emplacement des anciens remparts de la ville. On y remarque aussi l’opéra de Riga, et bien sûr le monument de la liberté, une colonne surplombée d’une statue de la liberté, érigée en plein centre, sur une place à la jonction du vieux centre et des quartiers qualifiés de « Art Nouveau » (plus grande concentration de ce style dans une ville d’Europe), qui s’étendent au-delà de cet espace verdoyant. Riga a reçu le surnom de « petit Paris balte ». On retrouve aussi dans la ville des influences soviétique, comme l’apparence du bâtiment de l’Académie des Sciences, qui rappelle beaucoup l’architecture des « Sept sœurs » à Moscou. De l’autre côté de la rivière Daugava – qui longe le centre historique – se développent les quartiers résidentiels et d’activités économiques.

 

La Lettonie, entre Russie et Europe

Comme les deux autres pays baltes, la Lettonie est un petit pays qui à travers les siècles et les décennies a connu une succession de dominations par ses grands voisins. Du XIIIème au XVIème siècle, la Lettonie était la possession des chevaliers prussiens. Au siècle suivant, c’est la Pologne, puis la Suède, qui occupèrent le pays. Ensuite, au XVIIIème siècle, la Lettonie devint partie de l’Empire Russe. L’allemand était toutefois encore la langue pratiquée à cette époque. La première indépendance lettone date de 1918, avant que la seconde guerre mondiale ne provoque de nouvelles occupations du pays, et enfin son annexion à l’URSS en 1944. La Lettonie était, à l’instar de l’Estonie et de la Lituanie, encore partie de l’URSS avant la chute de celle-ci en 1991. Après 13 années d’indépendance retrouvée, la Lettonie est devenue membre de l’Union Européenne en 2004. Le pays est aujourd’hui encore profondément marqué par cette longue occupation russe. Ainsi, de nombreux Russes qui avaient migré en Lettonie durant la période soviétique sont restés après l’indépendance, et on estime ainsi à 40% la proportion des personnes d’origine russe – et russophones – dans la population lettone actuelle. Dans les rues de Riga on retrouve souvent le style russe dans la population, et la mélodie de la langue russe – facilement distinguable du letton – résonne ici et là. Toutefois, les rues de Riga offrent une ambiance véritablement différente de celle des villes russes visitées auparavant. La ville semble plus calme, plus paisible, et ses rues bien moins envahies de policiers ou miliciens ! Le centre ville parait propre et entretenu, davantage en tout cas que certaines rues de Moscou ou de St Petersburg.

 

Une page tournée, mais des Lettons toujours désabusés…

Il semblerait que le regard du pays soit aujourd’hui tourné vers l’Europe. Du moins à en juger les références culturelles à l’Europe occidentale observables ici et là. La France est peut être en tête de ces clins d’œil. On trouve à Riga de nombreux noms à consonance francophone, dans les enseignes, les publicités, etc. Et puis il y a cet étrange hommage, une « Tour Eiffel » bien particulière - dressée sur une île de la rivière – dont la forme rappelle certes vaguement l’original parisien, mais dont les couleurs rouge et jaune et la fonction – semble t’il de relai téléphonique – diffèrent avec fantaisie… L’ambassade de France, massive, trône elle en plein centre de la capitale, à l’intersection de deux grosses artères. Et les rues de la ville regorgent de bandeaux et autres affiches annonçant une exposition d’art consacrée à des peintres français… Dommage que l’ouverture de la galerie ne soit planifiée que dans quelques jours ! Néanmoins, la « transition » que le pays connaît laisse apparemment planer de nombreux doutes, notamment parmi la population. Les quelques Letton(e)s croisé(e)s apparaissent souvent désabusés dans leurs discours concernant leur pays… L’idée d’un gouffre de développement séparant la Lettonie des pays d’Europe occidentale comme la France semble fortement répandue. Malgré les forts progrès économiques du pays, le moral national semble bien bas, et la confiance dans la patrie très faible… Beaucoup de Lettons se sont faits à l’idée – sûrement exagérément – d’être le recoin pauvre de l’Europe, où les Occidentaux ne viendraient chercher que prostituées et beuveries bon marché… Peu d'entre eux semblent croire au potentiel de leur pays d’atteindre l’idéal de liberté et de prospérité porté par la récente adhésion à l’Union européenne…

 

 

Dans ce voyage, comme d’un point de vue culturel, démographique ou historique, cette étape à Riga constituait une transition entre Russie et Europe occidentale. Prochaine destination, Stockholm, vers laquelle nous nous envolons en fin d’après midi…

Considérée comme la plus grosse ville d’Europe et environ la dixième plus grosse mégalopole du monde, avec ses quelques douze millions d’habitants, Moscou est impressionnante par la taille et l’atmosphère qu’elle abrite.

Bienvenue à Moscou !

A notre arrivée matinale sur le quai de la gare à Moscou, la température est encore fraîche et la brume basse. Encore ensommeillés, nous prenons la direction du métro, après avoir poliment rejeté les multiples avances de chauffeurs de taxi à la recherche de touristes. Sans encombre – si ce n’est une fois de plus le poids de nos bagages – nous arrivons à notre hôtel, ou plutôt notre « auberge » pour être exact. A Saint Petersburg, l’auberge – très peu chère – s’était avérée correcte, si l’on ne tient pas compte de l’état des sanitaires, qui nécessitaient pour l’utilisateur beaucoup de motivation voire de bravoure avant de s’en servir ! A Moscou, où comme dans toute capitale l’hébergement est difficile, nous ne savions donc pas vraiment à quoi nous attendre… L’entrée de l’hôtel, même pas signalée, se fait par une arrière cour où l’on accède par une ruelle. Il faut ensuite monter au deuxième étage, par un escalier dépeint et d’une propreté douteuse. Ensuite, nous frappons à la porte puis l’ouvrons, et débarquons semble t’il au milieu d’une cuisine où plusieurs personnes prennent leur petit déjeuner, tandis qu’un autre surfe sur Internet… Un type de très grande taille, l’air désinvolte et pieds nus dans ses tongs s’avance vers nous, avant que nous lui expliquions avoir réservé et désirer pour le moment entreposer nos bagages quelque part. Interloqué par cette requête insolite semble t’il, il jette un regard dans la pièce et nous désigne avec une légère pointe d’ironie deux coins de mur. Pas de « luggage room » visiblement dans cet hôtel au premier abord bien amateur. Au passage, nous manquons de heurter une fille qui dort en plein milieu de la pièce sur un matelas posé au sol… Nous convenons de revenir vers midi pour le « check-in », et quittons l’endroit, quelque peu tourmentés par la qualité de l’établissement, la sûreté pour nos bagages, et les conditions de notre séjour ici… Puis c’est parti pour une première matinée de découverte de la ville. A notre retour vers midi, l’étrange hôtelier a été remplacé par une réceptionniste plus consciencieuse et plus rassurante. Nos bagages sont toujours là, et nous accédons à notre dortoir (que nous devrons partager avec 4 autres personnes), étonnés toutefois de ne recevoir ni clé de chambre ni code d’accès à l’hôtel… La bonne douche qui suit s’avère plutôt rassurante quant à l’état de propreté des sanitaires ici.

 

Les nombreuses curiosités d’une capitale gigantesque

La capitale russe regorge de sites de renommée internationale ou en tout cas indissociables de l’identité de la Russie, et d’autres lieux authentiques de l’atmosphère moscovite. Arbat, tout près de notre hôtel, est le centre historique de Moscou et sa principale rue piétonne – et touristique - aujourd’hui. On y trouve de nombreux restaurants et artistes de rue, et bien évidemment moult étales de marchands de souvenirs. En parallèle de la rue d’Arbat a été tracée une avenue – Novy Arbat – destinée à relier rapidement le centre de Moscou aux quartiers résidentiels ouest, où vivent les riches moscovites et toutes les classes d’élite et de pouvoir. Cette avenue à forte circulation présente de part et d’autre un alignement de gratte-ciels transformés en supports de gigantesques panneaux publicitaires. Au milieu de tout ce béton se trouvent perdues ici ou là de petites églises orthodoxes au style architectural purement russe. A l’ouest du centre ville, toujours, on trouve près des rives de la rivière Moskova – qui contourne le centre ville – différents bâtiments de style très soviétiques. Il y a notamment ce bloc blanc massif au quadrillage de petites fenêtres sur sa façade et surplombé du drapeau russe, il s’agit du Parlement, le siège du gouvernement russe. La zone apparaît comme le quartier d’affaires de Moscou, puisque de grands immeubles, dont certains tout en verre, semblent être des sièges de grandes entreprises russes et multinationales. D’autres, également surmontés d’inscriptions de marques, se présentent sous la forme d’immeubles de style stalinien sur le toit desquels se dresse un autre immeuble plus petit… A la verticale, outre les gratte-ciels de l’avenue Novy Arbat, on remarque les « Sept sœurs », gratte-ciels soviétiques – rappelant étrangement l’Empire State building de New York – érigés après la guerre, aux intersections stratégiques de la ville, selon la volonté de Staline. Ainsi, à l’occasion du huit centième anniversaire de Moscou, en 1947, furent posées les premières pierres de ces sept gratte-ciels quasi identiques, allant de 16 étages pour les plus bas à 32 pour le plus haut. On retrouve dans leur architecture la tradition russe aussi bien que l’influence gothique, conformément aux goûts de Staline, jusqu’à la flèche couronnant chacun des édifices selon le souhait de l’homme fort de la Russie d’alors. Les Soviétiques souhaitèrent aussi que ces constructions abritent des activités d’utilité publique, et non des intérêts économiques comme c’était le cas des gratte-ciels américains. Deux des édifices abritent des ministères (Affaires étrangères et Transports et communications), un autre l’Université d’Etat de Moscou, deux autres abritent deux grands hôtels, et les deux derniers sont mi-locatifs, mi-administratifs. Plus à l’est de la ville, on trouve au centre d’une place importante l’imposant siège de l’ex-KGB (actuel FSB), organe des services secrets Russes. De retour vers le sud ouest, en bordure de la rivière Moskova se dresse la Cathédrale du Christ Sauveur, plus grande cathédrale de Russie. Construite en 1837 en l'honneur de la victoire sur Napoléon, elle s'est rapidement imposée comme le centre de la foi orthodoxe en Russie. En 1931, Staline la fit dynamiter, mais après l’éclatement de l’URSS le premier président de la Russie, Boris Eltsine, la fit reconstruire à l’identique. Aujourd'hui, elle est de nouveau un lieu de culte important.

La Place Rouge et le Kremlin, centres historiques

La célèbre Place Rouge marque le centre de Moscou, surplombant la rivière Moskova. Cette vaste esplanade pavée rectangulaire est délimitée par le musée national, le grand magasin Goum, et est entourée de divers monuments majeurs… D’abord, à côté de la Place Rouge se situe le Kremlin – qui signifie littéralement forteresse – qui constitue le centre de décision de la Russie, puisqu’après avoir été résidence officielle des tsars puis des dirigeants soviétiques, il est de nos jours habité par le Président de la Fédération de Russie. L’endroit rassemble à l’intérieur d’une enceinte - d’une longueur de plus de 2200 mètres, atteignant parfois une hauteur de 20 mètres - des cathédrales et des palais, dont émanent à la vue depuis l’extérieur une vingtaine de tours. Il s’agit donc d’une petite ville dans la ville, toute en magnificences et emplacements stratégiques. En bordure de la Place Rouge et en face du Kremlin se trouve la cathédrale Basile Le Bienheureux, monument mythique de Moscou et de la Russie. La légende raconte qu’Ivan IV Le Terrible, le commanditaire de l’église Sainte Basile (construite en 1552), fit crever les yeux de ses architectes pour qu’ils ne puissent recréer pareille splendeur... Pourtant, l’architecture de la cathédrale - d’une certaine manière fantaisiste - rappelle fortement les formes et les couleurs de l’église du Christ Saint Sauveur à Saint Petersburg. Sur la place Rouge, également, adossé à la muraille du Kremlin se trouve un bâtiment bas en granite rouge, il s’agit du mausolée abritant le corps embaumé de Lénine, exposé ici depuis 1924 (la conservation du corps demandant toujours des soins réguliers). L’intérieur du mausolée est très sombre, et des conditions d’humidité et de température très précises y sont maintenues. Les Russes et les touristes sont toujours aussi nombreux pour défiler devant le corps, mais les passages sont rigoureusement orchestrés par des gardes russes qui gèrent la file d’attente puis le rythme du défilé à l’intérieur du mausolée (chaque visiteur ne doit passer que quelques secondes devant la dépouille de l’ancien leader soviétique). On accède au mausolée à travers un couloir sombre descendant et tournant en équerre à plusieurs reprises. A chaque coin de celui-ci est posté un garde qui – d’une mine figée et regard sévère – vous indique d’un geste robotique la direction suivante. Le corps de Lénine est exposé au centre d’une pièce carrée, allongé dans son cercueil, le buste légèrement relevé par un coussin. Dans tout le monument, hors de question de parler, s’arrêter, ou même mettre ses mains dans les poches, sous peine d’être rappelé à l’ordre par un des nombreux gardes. Derrière le mausolée, le long de la muraille du Kremlin, plusieurs dirigeants soviétiques, dont Staline, sont enterrés dans une allée de cimetière sans artifice.

Une ville entre deux mondes

Si l’architecture et les paysages sont – je l’ai évoqué - empreints de stalinisme, d’autres visages de la capitale russe affichent presque des excès de capitalisme… A Moscou, à un degré sans doute encore plus fort qu’à Saint Petersburg, tout paysage est généralement encombré par la publicité, omniprésente. Par ailleurs, les Russes semblent apprécier grandement la fréquentation des grands centres commerciaux scintillants sortis de terre ici et là, et la plupart du temps ambassadeurs des grandes marques européennes. Mais là où la « marketisation » de la société russe reste la plus étonnante et la plus insolite, c’est concernant les thèmes de l’union soviétique déchue. Ainsi, ceux-ci sont véritablement devenus des produits commerciaux, voire des marques, à en juger le nombre de produits-souvenirs (t-shirts, petits articles…) portant la connotation du communisme ou de l’URSS, ou encore les noms choisis par beaucoup de restaurants et autres discothèques (à partir des mots « soviets », « révolution », etc.). Bref, Moscou devient aussi une capitale de la consommation, et bien au-delà des produits russes typiques, même si l’incontournable boisson nationale, la vodka, que l’on trouve en haute qualité pour un prix toutefois très bas, reste très prisée par les voyageurs de passage en partance pour un retour vers leur contrée d’origine… Les marques occidentales sont donc largement implantées, et on retrouve aussi les plus grandes enseignes du capitalisme et de la mondialisation, tel Mac Donald (orthographié en caractères russes), dont les restaurants sont présents à de multiples endroits de la capitale russe (comme c’était aussi le cas à St Petersburg. Signalons au passage que la restauration française n’est pas totalement en reste, puisqu’on trouve à Moscou plusieurs établissements qui en font leur spécialité, comme celui où le dernier jour de mon passage dans la ville j’ai pu déguster un fameux croque-monsieur…

 

Poupées russes, version bois

A Moscou, les poupées russes sont aussi sur les étagères des marchands de souvenir. Je parle là bien sûr des matriochkas (« poupées russes », en français), ces jeux en bois qui se démontent pour découvrir de 3 à 10 pièces emboîtées les unes dans les autres, offrant sous des motifs plus ou moins identiques toute une gamme de tailles différentes. Si la décoration traditionnelle – plus ou moins luxueuse selon la technique d’ornement employée – est normalement celle d’une poupée, pour les touristes les motifs ont été déclinés sous de nombreuses variantes. Parmi les matriochkas les plus populaires on trouve ainsi celles représentant les présidents des principaux pays du monde – principales provenances de touristes serait sans doute plus adéquat. Ainsi, la matriochka à l’effigie de Vladimir Poutine laisse apparaître Boris Eltsine quand on l’ouvre, renfermant elle-même un petit Gorbatchev, etc. La France n’est pas en reste, même si celle avec le président Chirac en surface s’avère vouée à passer de mode très prochainement… On trouve aussi généralement les effigies des présidents américains, des premiers ministres britanniques et des chanceliers allemands. J’ai même aperçu une fois l’effigie de Tarja Halonen, la présidente finlandaise !

 

Caractère de Moscou et visage de la Russie

Moscou n’est pas la ville austère que l’on pourrait se figurer. Les rues piétonnes s’avèrent très animées en soirée. De nombreux groupes amateurs jouent leur musique dans la plus grande improvisation – semble t’il - en pleine rue, entourés des curieux appréciant dans la bonne humeur la prestation. La joie ambiante est peut être aussi à mettre en relation avec l’omniprésence des cannettes de bières – qui tend de nos jours à détrôner la vodka du titre de boisson préférée des Russes – et autres alcools à la main d’une majorité de passants à partir d’une certaine heure de la soirée – voire de la fin d’après-midi. Il parait pourtant que la consommation d’alcool en pleine rue serait désormais interdite… Etrange ! Par ailleurs, contrairement aux récits que j’avais pu lire avant le voyage, ou encore aux statistiques officielles concernant la Russie, j’ai la surprise de ne pas réellement avoir l’occasion d’observer des signes d’une pauvreté manifeste de la population, et ce même en dehors des parties centrales et touristiques de la ville. Même si un déplacement vers les banlieues aurait probablement apporté matière à ma quête d’observation, le constat qui se dégage de l’aperçu de Moscou au cours de mes promenades est plus optimiste que la réputation du pays. En trois jours de découverte intensive de la ville, je n’ai remarqué ni enfants des rues ni vieillards faisant les poubelles, mais tout juste quelques chiens errants et quelques mendiants – rien de susceptible de contraster véritablement avec les capitales d’Europe occidentale de ce point de vue. Alors qu’en est-il vraiment ? L’état social de la Russie s’est il soudainement amélioré ? Les statistiques enseignées seraient elles fausses ? La pauvreté se serait elle trouvée soudainement dissimulée le temps de ma visite, ou aurais je été aveugle aux signes évidents de celle-ci ? J’ai en vérité surtout croisé de multiples Russes habillé(e)s à la mode des marques occidentales, et portant des sacs plein d’achats à la sortie des gigantesques centres commerciaux moscovites… L’image de la Russie est aussi traditionnellement associée à sa mafia. En cinq jours de séjour dans le pays, j’ai – heureusement – manqué l’occasion d’en découvrir le vrai visage. Je ne peux que m’interroger notamment sur cette quantité de grosses berlines ou 4x4 aux vitres teintées que l’on voit à longueur de journée circuler à toute vitesse sur les rues et avenues moscovites… Véhicules policiers, services de sécurité, mafia ? Parfois difficile de distinguer ces différentes nuances… Et puis il y a ces véhicules à l’arrêt, aux vitres teintées, dont l’approche permet de constater qu’ils sont occupés, à l’avant comme à l’arrière, par des hommes à l’apparence douteuse… Fantasme ou réalité, c’est aussi ça l’image renvoyée par la Russie que je découvre !

 

Démonstration de force

Nous avions déjà remarqué une présence policière / militaire d’ordinaire très forte en Russie, à Saint Petersburg puis à Moscou. Ainsi, outre tous les représentants des forces de l’ordre – facilement repérables de loin à leurs képis massifs – croisés marchant dans la rue, nous avons pu à plusieurs reprises en observer oisifs – et même parfois littéralement endormis – dans un véhicule militaire mal garé, ou encore attroupés au milieu d’un square en train de déguster d’appétissantes glaces en cornet ! Mais c’était sans la moindre comparaison avec ce qui devait s’offrir à nos yeux lors de notre dernière journée à Moscou, samedi 14 avril. Ce jour-là, en effet, dès le matin au petit déjeuner à l’hôtel, nous prenions connaissance, par l’intermédiaire d’un occupant de l’hôtel en train de surfer sur internet et nous communiquant l’information, de l’appel à un rassemblement à midi lancée par les mouvements d’opposition au régime politique de Vladimir Poutine… Quelques milliers de manifestants étaient attendus place Pouchkine, en plein centre de Moscou, même si les organisateurs faisaient état de leurs craintes que le rassemblement soit une nouvelle fois brisé par les forces de l’ordre, comme ce fut le cas lors des précédentes tentatives de manifestation récentes. Les informations indiquaient également une forte mobilisation policière et militaire, puisque 9000 policiers et militaires antiémeutes auraient été regroupés dans la capitale en anticipation de la manifestation. Vite nous comprenons qu’il s’agit d’un jour particulier (plus tard nous apprendrons que ce jour là l’ambassade américaine, notamment, avait recommandé à ses ressortissants à Moscou de ne pas quitter leur domicile), et entre curiosité et excitation entremêlées de prudence, nous décidons de nous rendre sur les lieux. En fin de matinée, alors que nous visitons sur la Place Rouge le mausolée de Lénine, nous remarquons déjà une atmosphère particulière, avec beaucoup de véhicules militaires stationnés ici et là. D’autre part, nous observons près de la place rouge un mini-défilé d’une quinzaine tout au plus de manifestants brandissant des drapeaux communistes et munis d’un mégaphone, défilant dans l’indifférence voire l’amusement des passants et des touristes et avec la complaisance des gardes et policiers. C’est comme si ce jour ci en écho à l’annonce d’une importante manifestation de l’opposition toutes les mouvances politiques se donnaient en spectacle… J’apprendrais plus tard que plusieurs groupes de manifestants pro-Poutine avaient aussi défilé à différents endroits de la ville ce jour là, avec – pour eux - la plus grande coopération des forces de l’ordre. Nous prenons bientôt la direction de la place Pouchkine, reliée en quelques minutes depuis la Place Rouge par une avenue sur laquelle il est surprenant de constater la présence environ tous les deux mètres de massifs policiers anti-émeute tout équipés… En arrivant sur la place Pouchkine, le dispositif est encore plus impressionnant ; sont regroupés en masse à la fois policiers antiémeutes, policiers classiques et soldats en uniforme vert. Le long de la place sont stationnés en enfilade des camions militaires, devant lesquels se déroulent de temps à autre des allers et venues d’impressionnants camions blindés aux couleurs des forces antiémeutes… Bientôt, nous arrivons en vue des manifestants, refoulés à l’intérieur d’un square littéralement ceinturé par un épais cordon militaire, et reconnaissables qu’aux drapeaux qui flottent et au son du mégaphone des orateurs qui se succèdent sur une tribune… Impossible de déterminer le nombre de ces manifestants, et avec le recul persiste un doute sur leur positionnement, puisqu’il se pourrait qu’il se soit agit en fait des manifestants nationalistes pro-Poutine. J’apprenais en effet le lendemain sur Internet que la manifestation d’opposants avait dès son tout début été cassée et que près de deux cents arrestations (dont celle de l’ancien champion d’échecs Gari Kasparov, un des actuels leaders de l’opposition politique en Russie) avaient conclu l’offensive des forces de l’ordre contre la tentative des manifestants d’entreprendre une marche… Les passants continuent de contourner le cordon dans une relative indifférence, tandis que seuls quelques journalistes et aussi quelques touristes prennent des photos du dispositif, sous l’œil indifférent des militaires qui discutent entre eux l’air visiblement détendu… Il semblerait que nous ayons ni plus ni moins été témoins ce jour là d’une démonstration de force – par la masse des forces déployées en pleine rue – du pouvoir russe à l’égard de quelques centaines de manifestants hostiles. A se demander qui était le plus effrayant et le plus effrayé…

 

 

En fin d’après-midi de notre troisième jour à Moscou, direction le nord de la ville où après un long trajet en métro nous rejoignons la gare ferroviaire ou nous devons prendre le train de nuit pour Riga… Au moment de quitter le plus grand pays du monde, peuplé de plus de 140 millions d’habitants, je reste sur l’image d’une Russie surprenante, différente de l’Europe occidentale sans en être pourtant aussi éloignée qu’on se pourrait se complaire à le croire… En cinq jours je n’ai pu véritablement voir ni la face dangereuse ni la face miséreuse que l’on décrit longuement en Finlande, particulièrement. Dans le même temps, j’ai toutefois pu apercevoir d’autres démons du pays, de la tentation politique à l’autoritarisme à la tradition de contournement systématique des règles dans une conception répandue de l’individualisme aux dépens de l’intérêt collectif…

Après une nuit de traversée de la Finlande à bord du train de nuit, me voici débarqué à Helsinki de bon matin. A la gare, je retrouve Robin, étudiant anglais à Rovaniemi et de retour d’un colloque en Autriche, qui sera mon compagnon de voyage…

Objectif Russie, en bus depuis Helsinki

En fin de matinée nous nous dirigeons vers la gare routière où nous devons prendre un bus à destination de St Petersburg. Mais voilà qu’aux abords de celle-ci, une dizaine de bus et minibus immatriculés en Russie sont alignés le long du trottoir, et des personnes parlant en russe s’avancent vers nous pour nous proposer le voyage vers St Petersburg pour une somme près de trois fois inférieure au tarif de la compagnie finlandaise qui assure la liaison. Après avoir attentivement sélectionné le bus semblant dans le meilleur état, nous embarquons donc, rejoignant les autres passagers, apparemment exclusivement Russes. Voilà donc une immersion dans l’univers russophone un peu plus précoce que prévue, dès Helsinki ! A mi chemin, soit un peu plus de deux heures après le départ, nous arrivons au premier point de contrôle à la frontière. Il faut descendre du bus, et se présenter au contrôle d’identité du poste finlandais, puis nous sommes rapidement invités à remonter dans le bus, qui reprend sa route. Quelques minutes plus tard, nouvel arrêt, au poste russe. Tous les passagers descendent à nouveau, et pour nous – uniques non-russes à bord – il s’agit de remplir un permis de migration, à compléter en russe, délicat ! Les gardes frontières sont étonnants, avec leur uniforme qui évoque aux regards des occidentaux celui des soviétiques ! Nous sommes bientôt invités à regagner le bus. Finalement, les procédures aux frontières n’auront pris qu’environ une heure, alors que nos camarades ayant déjà expérimenté ce passage nous avait parlé d’une attente de trois heures en moyenne… Dans le bus, peu d’animation, les Russes sont par nature plutôt silencieux. Néanmoins, après avoir quitté Helsinki, un film russe nous a été projeté sur les écrans grésillant de l’autocar. Et après la frontière russe, j’ai la surprise de constater que c’est un film français qui est choisi pour la deuxième projection. Amusant d’écouter les acteurs G. Depardieu et P. Richard doublés en russe ! L’arrivée à St Petersburg se fait par la longue traversée de la banlieue nord, où sont alignés les hauts immeubles d’habitation populaire… Enfin, le bus nous dépose en plein centre ville, tout près de l’avenue principale de la ville, Nevsky Prospekt.

 

Venise du nord et ville des tzars

C’est le Tsar Pierre le Grand qui fonda Saint Petersburg en 1703, dans l’idée d’ouvrir en Russie une fenêtre sur l’Europe. Toutefois, c’est à l’apôtre Pierre que a ville doit son nom. Couramment appelée « Piter » par ses habitants, Saint Petersburg (nom d’origine et restauré depuis 1991 et la fin de l’URSS) a aussi porté les noms « Petrograd » (à partir de 1914) et « Leningrad » (à partir de 1924, en hommage à Lénine, mort cette année là et leader de la révolution d’octobre 1917 dont la ville fut le théâtre). Jusqu’en 1917, Saint Petersburg fut la capitale de l’Empire Russe. Aujourd’hui, St Petersburg est une ville énorme, avec plus de 5 millions d’habitants, la quatrième plus grosse d’Europe après Moscou, Londres et Paris. Deux fois plus vastes que New York, cette ville bâtie sur plusieurs îles est aussi la plus septentrionale des villes de plus d’un million d’habitants dans le monde. La ville compte près de 300 ponts, sur ses différents canaux et rivières. C’est ce qui lui vaut le surnom de « Venise du nord ». Outre la rivière Neva qui traverse la ville, non loin de son embouchure sur la Mer Baltique, plusieurs canaux coulent dans le centre ville. Le long de ceux-ci est fort agréable à la promenade, d’autant que de part d’autre du canal s’alignent dans ces quartiers paisibles les constructions colorées abritant tantôt des habitations, tantôt des bâtiments officiels, tels l’ambassade de France, devant laquelle faisait la queue de nombreux Russes – probablement en quête de visa – au moment où nous passions à proximité. Le véritable centre de l’agitation saint-pétersbourgeoise se résume essentiellement à la grande avenue principale du centre ville, Nevsky Prospekt, longue de 4,5 kilomètres, qui a été conçue par l’architecte français Alexandre Jean Baptiste Le Blond, au tout début du 18ème siècle, alors que l’endroit était encore une forêt habitée par les loups. Celui-ci travaillait aux ordres du fondateur historique de la ville, Pierre le Grand. L’architecture de l’avenue est supposée rivaliser avec celle des Champs Elysées de Paris, ou d’autres avenues de Rome, Amsterdam ou Venise. Peu après la construction de cette avenue centrale, celle-ci s’avéra navigable à plusieurs reprises, à cause d’inondations. L’atmosphère de l’avenue est de nos jours très occidentale, avec énormément de magasins, café et autres restaurants. Non loin de là, en bordure d’un canal perpendiculaire à Nevsky Prospekt, un des monuments les plus remarquables en tout cas par le style très particulier qu’il dégage est l’Eglise Saint Sauveur sur le Sang versé. Cet édifice – dont la construction demanda 25 années – a été bâti sur le lieu de l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881. Il reflète l’architecture russe par excellence, avec sa multitude de petit dômes de couleurs vives, et un design tout en détails. Mais il faudrait être architecte ou artiste pour décrire par écrit cet étonnant monument ! Voir plutôt mes photos de celui-ci…

 

Capitale culturelle

Saint Petersburg, ville historique, est aussi une importante capitale culturelle. En témoigne le plus important de ses nombreux musées, l’Ermitage, que nous visitons en ce dernier après midi passé dans la ville. Situé le long de la rivière Nova dans le Palais d’hiver (ancienne résidence des tsars), le musée – un des plus importants du monde – comporte une collection de près de 3 millions de pièces d’art. De l’autre côté du majestueux et long bâtiment se déploie une esplanade (la Place du Palais), transformée en hiver en vaste patinoire à la disposition des saint-pétersbourgeois. Et puis St Petersburg est aussi une ville de théâtre et d’opéra. Les bâtiments à cet effet sont nombreux, et les spectacles proposés sont très fréquentés et appréciés aussi bien par les touristes que par les saint-pétersbourgeois eux-mêmes. Hélas nous n’avons pas eu le temps d’assister à l’un de ces spectacles.

 

Ces cher(e)s Russes…

La légendaire beauté des femmes russes est une éclatante réalité, si bien que le simple fait de marcher dans la rue peut s’avérer périlleux si les multiples horizons de distraction des yeux en arrivent à faire oublier la nécessaire prudence vis-à-vis de la circulation automobile plutôt débridée ! La Russie semble abriter la fine fleur des créatures nordiques qui rivalisent de charme et d’esthétique corporelle. Comme si l’obésité de la jeunesse était décidément un des méfaits du monde capitaliste… En Russie même les toutes jeunes fillettes semblent hautement préoccupées par leur coquetterie ! En revanche, les Russes âgés, eux, sont souvent gros et parfois sales… On les dit généralement malpolis ; là, ne sachant analyser la nature profonde de leurs propos, je me contenterai de reconnaître une tendance du comportement gestuel des Russes à virer au rustre… Mais un si court séjour parmi eux est probablement insuffisant pour tirer des conclusions authentiques ! Côté communication, un constat plus aisé s’impose : peu de Russes maîtrisent une langue étrangère… Les anglophones sont rares, et les francophones encore plus, même si l’on en trouve quelques-uns, comme ces deux jeunes étudiantes rencontrées dans un bus et capables de communiquer avec moi en français ! D’une façon générale, les Russes se montrent parfois agacés par l’écoute de la langue anglaise, tandis que le Français et la France semblent susciter chez beaucoup d’entre eux davantage de sympathie…

 

A la découverte des transports locaux…

A Saint Petersburg, le ticket de métro est à un tarif plus que compétitif si on le compare à celui des métros de grandes villes ou capitales d’Europe… Le réseau de métro est vaste (son extension est même en construction), ce qui en fait un moyen de transport privilégié, même si circulent aussi beaucoup de bus – encore moins chers - encombrés. Les stations de métro sont presque toutes identiques, faites d’un large couloir à colonnes avec de part et d’autre les deux quais pour les deux directions opposées. Le métro circule à une profondeur impressionnante, que l’on ne manque pas de remarquer en descendant ces longs escalators interminables pour y accéder. L’écart entre les trains est très court, mais les rames généralement bondées. Le métro cesse de fonctionner à partir d’une certaine heure, et ce sont alors les taxis non officiels qui prennent le relai… Ainsi, levez la main en bordure de rue et très vite une voiture s’arrêtera. Il s’agit alors de négocier – pour ne pas dire marchander – le prix de la course avec le chauffeur-amateur, quitte à claquer la porte une ou deux fois avant de le voir revenir dans de meilleures dispositions tarifaires… Et vous aurez alors le droit – pour une somme modique comparée à celle requise pour utiliser les taxis officiels – à votre balade sur la banquette d’une vieille Lada lancée sur les avenues de St Petersburg !

 

Tourisme gastronomique

A St Petersburg – tandis qu’à Moscou la tendance est moins accentuée – la vie est peu chère. C’est un contraste bien agréable pour le résident finlandais que je suis ! Si bien sûr les plus grandes différences se constatent sur les produits habituellement très taxés en Europe – alcools et cigarettes – presque tous les domaines, et notamment l’alimentaire, sont concernés. Pour une somme très raisonnable il est ainsi possible de manger au restaurant et donc goûter la cuisine russe… L’alimentation russe semble constituée assez largement de soupes en tout genre. Les pâtisseries – sucrées ou salées – sont également très fréquentes et souvent bonnes. J’ai pu goûter un large échantillon de la cuisine russe notamment lors d’un déjeuner-buffet copieux sous un chapiteau-restaurant dressé dans une cour adjacente à Nevsky Prospekt. Par ailleurs, les Russes – j’avais pu déjà le constater lors de mes soirées crêpes avec les clients russes de Lapland VIP Tour – raffolent de crêpes. Les « blinis » - versions russes de la crêpe bel et bien française d’origine ! – sont peut être plus épaisses et plus huileuses que leurs cousines hexagonales… Mais non moins populaires. Les blinis sont en vente dans la rue, dans des restaurants exclusivement dédiés à leur préparation, et sous la forme de fast-food où on peut choisir sa variante dans une immense liste. La pâte utilisée semble la même que le contenu soit sucré ou salé.

 

 

Après deux jours passés à sillonner la Venise du Nord, et une dernière après midi de retrouvailles avec Yulia, saint-pétersbourgeoise qui fut étudiante internationale avec nous à Rovaniemi de septembre à décembre, nous embarquons à bord du train de nuit à destination de Moscou, où nous devons arriver quelques sept heures plus tard…

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