Présentation

  • : 29/08/2006
  • : Mon année dans le Grand Nord
  • sylvain-en-laponie
  • : Le blog de Sylvain en Finlande. Récits et anecdotes sur sa vie pendant neuf mois à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Description de l'aventure Erasmus. Carnets de voyages dans la région. Albums photos et réflexions diverses...
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A méditer...


" Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres " Saint Bernard de Clairvaux


" Le monde entier est une patrie. Il n'y a pas de pays étrangers seulement le temps les lie ou les sépare " Stanislaw Balinski


" Autant de pays, autant de moeurs "  Zénobios


" Le but du voyage n'est pas de poser le pied sur une terre étrangère. C'est finalement de poser le pied dans son propre pays comme s'il s'agissait d'une terre étrangère "  Jean Gilbert Keith Chesterton


" Il y a des pays où l'état paie l'étudiant et lui dit merci "  Félix Leclerc


" Rester, c'est exister: mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud


" On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." Hippolyte Adolphe Taine


" L'homme qui veut s'instruire doit voyager pour rectifier ce qu'il a appris" Giacomo Giovanni Girolamo Casanova


" Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité"  Proverbe chinois


" Année neigeuse, année fructueuse "  Dicton


" On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé " Alphonse Karr


" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour" Stendhal

Ici Rovaniemi, Laponie

Depuis quelques années, ce nouveau symbole de la Laponie étonne aussi bien par ses capacités techniques et les sensations que sa conduite procure que par son aptitude à attirer de nombreux touristes dans la région. Néanmoins, cet essor reste controversé, et certains voudraient le remettre en cause…

Moyen de locomotion

La motoneige (aussi appelée scooter des neiges) est traditionnellement surtout utilisée en Amérique du Nord, mais connaît un essor considérable en Europe. Mise au point à partir des années 1930-1940 par l’industriel québecquois Bombardier (par ailleurs aussi producteur notamment du Canadair, avion bombardier d’eau), la motoneige a pour ancêtres les lourdes et lentes chenilles (aujourd’hui encore très présentes, sous forme de dameuses ou de chasse-neiges). Tracté à l’aide d’une ou deux chenilles, et équipé de skis pour la direction, l’engin, qui ne nécessite ni route ni piste, peut atteindre - et même dépasser – les 200 km/h. Certes, la circulation de la motoneige crée parfois des accidents. Mais le moyen de locomotion reste sûr si l’on écarte le cas des grossières erreurs de pilotage.

Attraction touristique

Moyen de locomotion très adéquat dans les zones de montagne enneigée ou dans les régions arctiques reculées, l’usage de la motoneige ne se réduit pas à cet aspect pratique… La motoneige constitue un sport de vitesse, devenant peu à peu un des sports d’hiver les plus en vue. Mais la conduite de l’engin s’avère aussi être une agréable expérience de plein air, sous forme de balade « nature ». Ainsi, la Laponie, où les conditions naturelles semblent parfaitement adéquates, s’est largement investie dans le développement de cette activité. On trouve énormément de loueurs et de circuits en motoneige (une forme de safari très recherchée). Les nombreux réseaux de pistes traversent aussi bien les montagnes que les forêts et les plans d’eau recouverts de neige.

Un engin controversé

Mais, de l’avis de certains, la motoneige « pue, fait du bruit et pollue » avant tout. Aux Etats-Unis, au Canada ou en Finlande, beaucoup déplorent l’impact sur l’environnement de ce type de véhicule… Ainsi, outre les particules qu’il dégage, ce puissant engin dérangerait profondément la vie sauvage – en pleine nature - par son bruit et son odeur partout sur son passage. Les militants anti-motoneiges considèrent que l’usage de ce véhicule ne devrait être toléré que pour les fonctions de transport de matériel et de sauvetage, mais en aucun cas à des fins touristiques, l’usage massif de la motoneige perturbant alors à même intensité la faune et la flore. En Suisse ou en France, la circulation des motoneiges est fermement réglementée, et des collectifs anti-motoneiges traquent les utilisateurs qui contournent la règle, même à des fins touristiques. On ne peut quitter les routes qu’avec une autorisation spéciale, qui n’est délivrée ni pour le sport ni pour les loisirs. En Finlande, et en particulier en Laponie, compte tenu du potentiel touristique représenté par la motoneige, les « pistes » de motoneige se multiplient à travers les forêts. A Rovaniemi, on favorise l’utilisation de la rivière, mais il n’est pas rare de croiser des motoneiges un peu partout…

A l’occasion de cet article, une petite pensée pour Juan Fra, camarade Erasmus espagnol qui fut guide-motoneige toute la saison à Rovaniemi (pour la compagnie Lapland Safaris, la plus ancienne compagnie de safaris de Rovaniemi, et concurrente de la mienne, Lapland VIP Tour), et une pensée pour Boris, autre camarade Erasmus, français, qui organisa cet hiver une manifestation anti-motoneige à Rovaniemi (et fit à cette occasion la une du journal local, où on le voyait en train de construire des bonhommes de neige devant le gigantesque parking à motoneiges…) !

 

Nous avons de nombreux points communs. Ils ne sont pas originaires d’ici (même si eux y sont nés) mais d’Alaska ou de Sibérie, mais la Laponie leur convient à merveille. Je les rencontre quand je travaille, et quand eux aussi sont au travail… D’une certaine façon, nous sommes donc collègues ou du moins collaborateurs ! A tour de rôle, nous transportons les clients de Lapland VIP Tour. Moi en minibus, eux en traîneau...

Bienvenue au « Husky Park »

Oui, je parle bien des huskies de la ferme de Malla et Höki, à une vingtaine de kilomètres du centre ville de Rovaniemi. Ils sont près de 200 au total. Une dizaine de soigneurs permanents prennent soin de tout ce petit monde tout au long de l’année. Les chiens dévorent chacun plus d’un kilo de viande par jour en période hivernale, et une bonne quantité de croquettes le reste du temps. L’année est clairement divisée en deux temps. De novembre à avril-mai, pendant la période d’enneigement de la Laponie, les chiens exercent leur activité de prélédiction, le traîneau. Ensuite, lorsque la surface neigeuse disparaît et que les températures deviennent caniculaires pour ces chiens de l’arctique, c’est le temps des « vacances ». Les chiens restent oisifs et se passionnent à creuser des tunnels, d’une cage à l’autre, de la cage à l’allée, etc. Un hobby quelque peu agaçant pour les soigneurs, qui se retrouvent pelle à la main une bonne partie du temps !

 

Une affaire de destin

Les huskies sont tous destinés au traîneau. D’ailleurs, le terme « husky » signifie ni plus ni moins « chien de traîneau », et ne correspond pas exclusivement à une seule race de chiens. Tous les huskies ont certes des ressemblances évidentes, comme le bleu clair étonnant des yeux de certains d’entre eux, une proportion importante, tandis que d’autres ont les yeux foncés, et d’autre un œil bleu et l’autre foncé (proportion non négligeable) ! Il y a aussi cette épaisse fourrure si particulière qui les protège du plus grand froid. Les huskies naissent, vivent et meurent à l’extérieur. La température idéale pour eux se situent aux alentours de -15 ou -20°C, comme en témoigne l’excellence de leurs performances sportives à ces températures. Les chiens sont sociabilisés – avec les autres chiens, puisqu’ils vivent toujours en groupe, mais aussi avec les humains – dès le plus jeune âge, et entraînés au traîneau à partir de l’âge d’un an environ. Ils continuent cette activité jusqu’à l’âge de 8-10 ans environ. Mais certains chiens ont grande envie de courir le plus longtemps possible, et la doyenne des actifs de la ferme a 13 ans ! Et après ? Il parait que les chiens finiraient paisiblement leur vie au sein de la grande famille huskies-mushers. En tout cas, hors de question qu’ils quittent la ferme. Les chiens d’ici ne sont pas destinés à devenir des animaux de compagnie, condition qui serait contraire à leur nature et incompatible avec leur mode de vie.

 

Les joies du traîneau

Les huskies adorent courir, ce qui leur procure une occasion de se défouler un maximum, tandis que leurs journées sont plutôt monotones, dans leurs cages de quelques mètres carrés. La joie de la mission est manifestée par d’intenses aboiements avant le départ et, dès le coup d’envoi (en fait quand le frein du traîneau est débloqué !) toute la trouve se concentre soudainement sur son exercice. A l’arrivée (en fait quand le traîneau est stoppé à l’aide du frein !), les chiens se couchent, se roulent, lèchent la neige au sol… Ou font une nouvelle fois la fête à leurs passagers, à grand renfort de léchouilles et de sauts. Les traîneaux vont aussi bien sur la rivière gelée qu’à travers la forêt. Les attelages sont composés de 5 à 12 ou 13 chiens. En fait, tout dépend du nombre de touristes à bord (de 2 à 5), et aussi de l’état de fatigue des chiens, de la longueur de la balade (généralement une douzaine de kilomètres, parcourus à peine plus d’une demi-heure), de la température... A l’avant de l’attelage, les leaders, chiens (ou plus souvent chiennes, parait il) intelligents et vifs. Au milieu, les « muscles supplémentaires », des chiens énergiques mais sans qualité spirituelle particulière. Enfin, à l’arrière, les plus costauds. Dès le plus jeune âge, il est facile pour les mushers de reconnaître quelle fonction pourra occuper le jeune chien plus tard

 

Sportifs de grande distance

Outre le tourisme, les chiens de la ferme participent aussi à des compétitions sportives. Les meilleurs d’entre eux constituent ainsi l’équipe locale, conduite par Höki, le patron des lieux. La plus célèbre des courses auxquelles l’équipe participe se déroule chaque année au mois de mars dans le nord de la Norvège (Finnmark). Deux variantes existent, avec un parcours de 500 kilomètres, et un autre de 1000. Höki et ses huskies ont déjà réalisé de bonnes performances dans la première, notamment l’an passé. Cette année, ils se sont attaqués à la plus longue. Hélas, sans succès, puisque les chiens leaders ont eu des soucis de pattes au cours de la course, et qu’il a fallu abandonner. Les règles sont très strictes. Un seul musher (conducteur) pour toute la course, et la même équipe de chiens, même si certains peuvent être sortis du groupe en cours de course – sans être remplacés - si nécessaire. Des points intermédiaires officiels existent en effet, où seuls le musher et les vétérinaires présents peuvent toucher les chiens. Bref, beaucoup d’autonomie, d’énergie et de résistance sont requis pours chiens et humain… Authentique aventure nordique !

 

Je ne sais pas combien de fois encore je rendrai visite à mes chers huskies, tout dépendra du nombre de safaris que je guiderai encore pour Lapland VIP Tour. Or, j’envisage de mettre un terme à mon activité de guide prochainement, afin de me consacrer à mes autres activités, études et voyages inclus… Les longues parties de jeu avec les très vifs huskies au cœur de leur environnement (pendant que leurs camarades emmènent en traîneau mes touristes) pourraient bien me manquer !

Depuis mon retour en Laponie, les températures sont très clémentes, autour de zéro. Cela dégrade bien entendu l’enneigement, et donc les conditions de circulation. Pour le moment, les pistes de ski sont encore en bon état parait il, et c’est ce qui m’importe surtout ! Ce qui change avec ce tournant printanier, c’est surtout l’ensoleillement, de plus en plus présent, tandis que les jours s’allongent de plus en plus… Malgré ce réchauffement, la rivière reste complètement gelée. La glace, apparue dès fin octobre, n’a cessé de se solidifier pendant les froids mois d’hiver. Alors elle a atteint l’apogée de son épaisseur, et il faudra désormais bien plus que quelques jours de redoux pour la faire fondre…

La rivière gelée devient avec les beaux jours un lieu d’activité très prisé. Des pistes ont été tracées, permettant de mieux se déplacer sur la couche de neige qui recouvre la glace de la rivière. Des panneaux de signalisation ont même été plantés à certains endroits ! Skieurs, promeneurs, passants et motoneiges s’y rencontrent. Le week-end dernier avait lieu à quelques kilomètres en aval de Rovaniemi une compétition de moto sur la rivière. Il parait que même les voitures l’empruntent fréquemment à certains endroits. Quand on veut jouir de la rivière de façon plus traditionnelle, on peut choisir la pêche sous la glace. Il s’agit alors de percer un trou qui s’avérera excellent pour attirer dans cette zone les poissons reclus sous la glace épaisse.

Marcher sur la rivière offre une grande satisfaction, passés les doutes des premiers mètres ! C’est un bon moyen d’aller prendre un bain de soleil. Enfin, la vue depuis la rivière offre un angle inédit sur les alentours. Gare à la fonte, bien sûr, quand elle commencera ! Mais si l’on veut vraiment voir et toucher l’eau, il faut essayer le winter swimming (avantouinti en finnois), autrement dit le plongeon glacial. Il s’agit en fait de quelques secondes à passer immergé dans l’eau de la rivière à un emplacement aménagé de telle façon qu’un système mécanique maintient à cet endroit une partie de la surface sans glace. Les vertus de l’expérience sont parait il grandes. Sensation forte au rendez vous sûrement, en tout cas ! J’irai à mon tour… A suivre !

Rovaniemi, la ville du Père Noël, sur le cercle polaire. Voilà le double qualificatif bien souvent utilisé pour la capitale lapone. Mais quelle est donc la particularité de cette fameuse ligne (imaginaire ?) dont le passage serait si mystérieux ? Il y a d’abord de complexes questions de position, d’inclinaison, de rotation, etc. Selon les scientifiques, le cercle polaire arctique n'est pas une frontière climatique. Néanmoins, c’est une ligne très symbolique pour la luminosité. Explications…

Ce qu’en dit la science

Le cercle Arctique est l'un des cinq parallèles principaux indiqués sur les cartes terrestres. Il s'agit du parallèle de latitude 66°33' 39" nord. La position du cercle Arctique est déterminée par l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre par rapport à l'écliptique. Cet angle n'est pas constant et suit des cycles de périodes diverses. À cause de la nutation, l'inclinaison oscille de 9° (environ 280 mètres à la surface) sur une période de 18,6 ans. Le cycle principal possède une période de 41 000 ans et une amplitude de 0,68°, soit 76 kilomètres à la surface. Actuellement, l'inclinaison diminue d'environ 0,47° par an et le cercle Arctique se déplace vers le nord de 14 mètres par an…

Conséquences concrètes

D’un point de vue plus romantique, la latitude 66°33 est la latitude la plus méridionale sur laquelle il est possible d'observer le soleil de minuit. En effet, entre le cercle polaire arctique, au nord, et le cercle polaire antarctique, de latitude 66°33 sud, le Soleil se lève et se couche quotidiennement. À minuit, au nord du cercle arctique, le soleil, en plein été, reste à l'horizon, alors qu'en hiver il ne s'y lève jamais. Aux pôles, le soleil ne se couche pas pendant six mois et ne se lève pas pendant les six autres. Pendant l'hiver, l'hémisphère nord étant incliné à l'opposé du soleil, la courbure de la Terre engendre une zone d'obscurité permanente, centrée au pôle Nord, qui commence à se former à l'équinoxe d'automne (22 septembre), atteint son apogée au milieu de l'hiver, puis diminue et disparaît à l'équinoxe de printemps (21 mars). C’est la fameuse « nuit polaire », déjà décrite sur ce blog, et étroitement liée à la question de la latitude. Pendant le reste de l'année, l'hémisphère nord est incliné vers le soleil et une zone de clarté enveloppe le pôle en permanence.

Cousins latitudinaux

Le cercle Arctique traverse la Norvège, la Suède et la Finlande, mais aussi la Russie, les États-Unis (Alaska), le Canada, le Danemark (Groenland) et l’Islande. Globalement, les territoires situés plus au nord que le cercle Arctique sont peu habités. Les plus grandes villes sont Mourmansk (325 100 habitants) et Norilsk (135 000 habitants), toutes les deux en Russie. Tromso en Norvège possède 62 000 habitants, à peu près autant que Rovaniemi, située légèrement au sud de la ligne.

En ce début février, il semble qu’une fois de plus la Laponie vive un tournant de saison, tant les sous saisons sont nombreuses ici. Actuellement, le froid avance, l’obscurité recule…

L’hiver, le vrai

Il y a quelque temps, je m’agaçais, je m’étonnais, je m’inquiétais des anomalies climatiques de la Laponie, en déplorant notamment les redoux à répétition et la fragilité de l’enneigement… Depuis début janvier, l’hiver semble bien arrivé, et depuis la fin janvier nous vivons certains jours des températures très basses. Ainsi, le thermomètre monte désormais rarement au dessus des -20°C, et atteint certains jours les -30°C. En attendant les -40°C ! Quant à la neige, bien que les Finlandais observent un enneigement plus faible que l’année passée, elle est bien là, et fermement installée semble t’il !

La vie continue

Les températures diminuent, la luminosité augmente doucement, bref la Laponie pourrait paraître hostile à la vie extérieure ! Et pourtant, mes amies les bêtes, présentées sur ce blog il y a quelques mois, résistent… Au moindre redoux des températures ou venue du soleil, il est impressionnant de voir comment la nature profite de ces quelques instants de semi répit pour s’animer. Ainsi, les mésanges virevoltent dans les airs, et viennent jeter un rapide coup d’œil sur mon balcon, mes deux voisins écureuils gesticulent avec toujours autant de vivacité dans les arbres, et semblent jouer à cache-cache autour des troncs, en poussant de petits cris de joie de temps à autre… Sans oublier le lapin arctique tout blanc qui gambade les oreilles dressées…

Le réveil du soleil

C’est une sensation étrange. L’impression de revivre une sensation oubliée. Les rayons du soleil viennent éclairer les cimes des arbres. La clarté. Une sensation de réveil, aussi, même si les dernières semaines fort obscures n’ont rien eu d’une hibernation ! Ce que l’on avait pris l’habitude de faire de nuit, on peut désormais le refaire de jour. Ainsi, plus besoin de se lever tôt pour apprécier une escapade au ski dans la clarté du jour. Les trop longues grasses matinées ne se finissent même pas par un réveil à la nuit tombante (quoi que…). Bientôt, la Laponie sera une région où les journées sont bien plus longues qu’ailleurs… Le paroxysme du phénomène sera évidemment le fameux soleil de minuit, visible le 21 juin. Rendez vous pris !

Voilà, l’hiver semble définitivement arrivé ! Tout est blanc et la couche de neige assez importante. Le thermomètre reste très bas, ce qui n’est pas pour déplaire après une fin d’année où ses variations étaient aléatoires et surprenantes, voire décevantes. Désormais, -15 ou -20°C affichés et ressentis font partie du quotidien…

Armé contre le froid

Sortir à l’extérieur demande désormais une longue préméditation, et une préparation psychologique et matérielle. Ainsi, pas question d’oublier bonnet ou gants à la maison ! Il s’agit de fermer autant que possible (capuche, cou, …) mon manteau grand froid. Il est même possible d’enfiler un second pantalon, de type pantalon de ski, par-dessus le jean. Les zones exposées restent le visage, et les doigts, malgré la protection des gants de cuir. Quels que soient l’efficacité et le confort des habits pour parer le froid, il ne fait pas bon s’attarder dehors…

Mésaventures nordiques

L’effet du froid sur le corps humain est vite ressenti, mais celui sur les choses matérielles offre parfois quelques surprises. Ainsi, à plusieurs reprises cet hiver, j’ai trouvé la serrure de mon vélo, pourtant à l’abri dans un cabanon, gelée. Simplement. Impossible de faire tourner la clé ! Le remède est simple : quelques minutes à l’intérieur de l’immeuble, et la clé tournera à nouveau. Néanmoins, quand on est pressé, le phénomène a de quoi décontenancer ! Alors par précaution on peut faire passer à son vélo la nuit à l’intérieur…

Autre joie de la physique : en dessous d’une certaine température, il est recommandé d’éviter de toucher du métal à mains nues ! Ainsi, si vous saisissez une poignée de porte gelée, une drôle de sensation d’adhérence de votre peau au métal surviendra, laissant une sensation de brûlure dans la main…

Sensations froides

A – 25°C, tout brille tel le contenu d’un congélateur. Et puis l’air est étrange, comme si lui aussi était en voie de se figer. Les narines gèlent, les cheveux gèlent, évidemment, mais même le fait de respirer donne l’impression que les cordes de vocales gèlent elles aussi ! Et si vous êtes essoufflés par -20°C, les bouffées d’air avalées sont très froides dans le conduit respiratoire… On dit qu’en dessous de – 25 °C, les Finlandais cessent de faire du vélo. La plus étrange sensation, en rentrant dans un intérieur chauffé, c’est que tout ce que vous toucherez vous paraîtra chaud. Ainsi, si je m’assois sur une vulgaire chaise, j’ai l’impression de me trouver dans un fauteuil chauffant ! Pareil sur mon lit...

 Voir l'ALBUM "L'hiver, le vrai"

Rovaniemi est la capitale de la Laponie Finlandaise, qui représente un tiers du territoire de la Finlande mais moins de 4% de la population. Il n’y a pas de ville plus importante au-delà du cercle polaire. Ce n’est par sa population (environ 60 000 habitants) que la treizième ville du pays. Mais sa situation géographique lui donne une réelle importance, et lui vaut de regrouper un certain nombre d’infrastructures…

Centre économique, et surtout administratif

L’économie de la Laponie est sinistrée. Isolement et connections réduites, rigueur climatique, faible densité de population… Les facteurs sont nombreux. L’administration constitue une compensation à ce manque de dynamisme économique à l’origine d’un fort taux de chômage (environ 18% en Laponie, et encore bien plus élevé chez les jeunes). 45% des emplois localisés à Rovaniemi se concentrent dans le secteur de l’administration publique. Beaucoup d’institutions nationales ou gouvernementales ont des bureaux à Rovaniemi, et non (ou pas seulement) à Helsinki. L’industrie ne représente que 15% des actifs. Seulement 2% des actifs sont recensés dans l’agriculture, ce qui laisse deviner la faible part de l’exploitation des ressources naturelles (autres que le bois) dans l’économie lapone…

Pôle éducatif et culturel

Environ 10 000 étudiants vivent à Rovaniemi, ce qui est une proportion très importante. Même si une large part n’est pas originaire de la ville (et même souvent pas de Laponie), cela a pour effet de rajeunir la population visible. Outre la University of Lapland, qui regroupe à peine la moitié de cet effectif, Rovaniemi accueille plusieurs établissements d’enseignement supérieur, comme notamment l’université des sciences appliquées (ou Rovaniemi Polythechnic). Sur le plan culturel, Rovaniemi est aussi un pôle régional, avec des équipements tels que les bibliothèques (de la ville, et de l’université), les théâtres, les musées (Art Museum, Forestry Museum, Arktikum…), etc.

Dynamisme touristique

Enfin, le vrai dynamisme de capitale régionale, Rovaniemi aujourd’hui le doit à l’essor du tourisme. La ville constitue la porte d’entrée touristique de la Laponie. Outre l’aéroport, elle comporte un nombre impressionnant d’hôtels et de restaurants pour une ville finlandaise. Et de nombreuses activités touristiques liées au Père Noël ou à la nature nordique ont fleuri sur les catalogues des agences de voyage, comme je l’ai déjà longuement décrit sur ce BLOG. Le tourisme est sans doute une aubaine pour l’avenir de la région, mais s’avère pour l’instant encore sous le signe d’un effet de mode fondé sur l’exploitation d’une image largement fabriquée…

C’est sans doute pour toutes ces raisons que Rovaniemi est souvent surnommé “la deuxième capitale de la Finlande”. Ni son histoire ni sa taille ne le justifient ; c’est plutôt sa position géographique et ce qui en découle qui lui donne ce statut tout particulier.

Selon la tradition populaire, le traîneau du Père Noël est tiré par des rennes. Mais la fonction du renne ne s’arrête pas là. L’animal, mi-sauvage, mi-domestique, est réellement part intégrante du patrimoine et du mode de vie des Lapons et d’autres peuples nordiques…

Quelques caractéristiques…

Le renne est un animal robuste, pouvant peser jusqu'à 200 kg. Son pelage est dans les teints brun ou gris, plus rarement tout blanc. Les poils sont vides comme un tube et en font un excellent nageur en plus de l'isoler du froid. Mâles et femelles portent des bois recouverts d'un velours l'été, qu'ils perdent à l'automne. Le renne se nourrit d'herbes, de buissons et de lichens, qu'il doit parfois chercher sous la neige.

En fonction des saisons, il doit effectuer de longues migrations dans la toundra pour survivre, n'hésitant pas à traverser fleuves et bras de mer. Les prédateurs sont le loup, les différents ours selon les régions, et de façon plus anecdotique en Laponie le redoutable glouton, soupçonné de tuer les rennes par simple plaisir, selon une méthode singulière : assaut vertical, depuis une branche d’arbre, puis arrachage de la tête de la proie…

Le renne et l’homme

On ne sait pas quel peuple a domestiqué le renne en premier. Ce savoir-faire a été transmis de la Sibérie à la Scandinavie autour de l'an 1000 avant Jésus-Christ. La domestication du renne a ensuite été introduite au Groenland, en Alaska et au Canada, où les rennes avaient jusque là été uniquement chassés, au cours du vingtième siècle. On trouve aussi des populations de rennes en Asie centrale, où il est utilisé, comme en Laponie, comme bête de trait.

Les rennes peuvent aller et venir librement, ce sont les hommes qui les suivent. Les bêtes sont rassemblées quelques fois par année pour marquer les jeunes ou tuer quelques animaux. Le rassemblement des troupeaux est pratiqué aujourd'hui à l'aide d'hélicoptères et de moto-neiges. A ces occasions, qui peuvent prendre plusieurs jours consécutifs et tenir les animaux loin de leur lieu de pâturage habituel, les rennes reçoivent en compléments alimentaires des fourrages ou encore des aliments concentrés à base d’avoine et d’orge.

La culture du renne

Pour posséder des rennes, il ne suffit pas toujours de le vouloir… Dans les pays Scandinaves voisins de la Finlande, comme la Suède et la Norvège, il est nécessaire d’appartenir à l’ethnie sâme pour pouvoir s’établir comme éleveur. En Finlande, l’élevage des rennes n’est pas réservé à l’éthnie sâme. Tous les Finlandais non sâmes ou tous les ressortissants de la Communauté Européenne peuvent être attributaires d’un quota de rennes selon les disponibilités du district sur lequel ils veulent exercer leur talent d’éleveur. Le nombre de rennes, très réglementé, est décidé par le Ministère de l’Agriculture et de la Forêt pour une période de 10 ans.

Pour plus d’information, voir le site de la Fédération finlandaise des éleveurs de rennes, dont il existe même une version en français ! www.paliskunnat.fi

Les fonctions du renne

En Laponie finlandaise, et plus on monte vers le Nord, l’élevage des rennes prend une importance économique, mais aussi sociale. L’élevage des rennes n’est pas un métier comme les autres, c’est une façon de vivre. C’est là toute son originalité culturelle.

Les petites exploitations ont la possibilité de transformer leur propre production de viande, c’est-à-dire d’organiser l’abattage dans des abattoirs aux normes européennes, de pratiquer la découpe, la mise sous vide, le fumage, le séchage qui sont des facteurs très valorisants pour les petites entreprises familiales. Il faut ajouter les sous-produits de l’abattage comme les peaux et les bois destinés à l’industrie et à l’artisanat local et qui représentent une valeur non négligeable.

La place réservée au tourisme dans le cadre de l’élevage des rennes va grandissante. Les familles qui exploitent des petits troupeaux et qui recherchent des revenus complémentaires ont la possibilité d’organiser des ventes de produits artisanaux à domicile, des locations de chalets, des safaris promenades, des spectacles culturels, des démonstrations de travail comme le lancé du lasso. Cependant, certains éleveurs se sentent peu enclins à pratiquer ces activités touristiques qui pour eux sont le reflet de la disparition de la liberté qu’ils associent à leur activité traditionnelle d’éleveur…

Ne demandez pas à un Sami de vous dire combien il a de rennes dans son troupeau ! La question est tout simplement indécente. Apprécieriez vous que l’on vous demande combien vous avez sur votre compte en banque ?

Que mange t’on, que boit-on, qu’offre t’on pour Noël en Laponie ? C’est une question de taille à moins de trois jour de Noël, surtout quand on a décidé, comme moi, de passer la fête annuelle ici…

L’ambiance comme à la maison

Pour répondre à cette question, un petit tour de marché de Noël s’impose. La première impression qui se dégage est celle que Noël est vraiment une fête internationale, puisque tous les marchés de Noël du monde (capitaliste ?) ressemblent à celui de la ville du Père Noël, à supposer que la corrélation soit exacte. Ainsi, en visitant le marché de Noël de Rovaniemi, implanté sur la principale place de la ville – rebaptisée récemment « Lordi’s square » en hommage à ces monstres de la chanson européenne originaire de la capitale lapone – j’ai bien cru revoir celui de ma chère ville natale Chartres. Mêmes petites cabanes en bois, mêmes tapis, mêmes foules d’acheteurs, mêmes musiques de Noël en toutes les langues. Seuls les contenus de certaines cabanes changent sans doute véritablement. Voyons voir ce qu’il en est…

Produits du terroir local

Au premier rang des produits du terroir local qui se mangent, il faut citer la viande de renne et celle d’élan, qui se vendent la plupart du temps en conditionnement type pâté. Et puis, en guise d’accompagnement si on veut savourer à la finlandaise cette viande lapone, on trouve des confitures de baies lapones, et notamment celle de mûre des marais, très prisée dans les forêts de la région à la saison de la cueillette. Et puis si en cette période de Noël on veut aussi boire finlandais, il faut essayer le Glögi, cette sorte de vin chaud sans alcool à base de fruits rouges. Certains y rajouteront quelques gouttes d’alcool, à vous de juger !

Finlande oblige

Un autre produit typiquement finlandais - bien que plus industriel que naturel celui là – est le chocolat de marque « Fazer ». Depuis plus d’un siècle, ce fabriquant produit une bonne part du chocolat consommé en Finlande, et même par la suite dans les pays voisins et plus lointains. Si l’on reste dans le registre de la consommation, mais moins fine celle-ci, on doit citer les gadgets « Lordi », du nom de la célébrité précédemment citée, qui envahissent les boutiques à destination d’un public essentiellement finlandais certainement. Et puis, toujours pour montrer que la Finlande ne fait pas que se manger mais se consomme aussi de façon moins raffinée, on peut donner un autre exemple : le nombre de peluches (rennes, huskies, ours polaires…) ou de gadgets en bois de renne présent sur les étales.

Habiller pour l’hiver

Et puis comme en Laponie il fait froid, n’est ce pas, on trouve de quoi se vêtir chaudement avec un parfum local. Ainsi, les peaux de rennes sont admirables en grande quantité dans les différents magasins et stands de Noël. Sans parler des renards écharpes, des gants en fourrure de l’on ne sait quel animal polaire, des vestons en mouton, etc. Les amis des animaux pourront préférer honorer la mode vestimentaire saami, composée pour l’essentiel de lainages colorés, souvent à base de bleu…

Que ceux qui attendent d’éventuels cadeaux de ma part se rassurent… Ici n’est pas dévoilée en exclusivité la liste de mes emplettes de Noël ! D’ailleurs, évidemment, cette année j’ai tout naturellement mandaté mon voisin le Père Noël pour la besogne !

A Rovaniemi, ville située sur le cercle polaire, il y a aussi des phénomènes nocturnes naturels. La latitude 66.33 offre de nombreuses particularités, j’y reviendrai, notamment avec les aurores boréales. Mais le phénomène qui nous préoccupe le plus en cette fin décembre est certainement ce que l’on appelle la nuit polaire. Il y a quelque temps, dans un article, je dissertais légèrement sur les symptômes et les remèdes de cette période d’obscurité qui depuis la France fait frémir les sudistes… Aujourd’hui, passons à une description plus sérieuse ou du moins scientifique du phénomène, qui est directement connecté aux aurores boréales et autres saveurs nordiques.

Du fait de l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas... Le cercle polaire est une ligne à position très particulière relativement à la rotation de la Terre. Il en découle dans ces régions une originalité des saisons. Le phénomène de nuit polaire est observable dans les régions polaires au-delà des cercles polaires arctique et antarctique. Très simplement, il s’agit d’une période de l'année durant laquelle le Soleil ne se lève pas. Le nombre de jours pendant lesquels ce phénomène a lieu augmente avec la latitude. Il atteint son minimum (un jour) au niveau du cercle polaire et son maximum (six mois) au pôle et a lieu en hiver (septembre à mars dans l'hémisphère nord, mars à septembre dans l'hémisphère sud).

Néanmoins, après ces affirmations scientifiques, il faut bien constater qu’à Rovaniemi ces temps ci les jours sont certes courts, mais tout de même de quelques heures (environ de 10 h 30 à 13 h 30, sachant que le lever et le coucher du soleil semblent très progressifs…). Ainsi, on peut dire qu’en période de nuit polaire (disons de fin novembre à mi-janvier), les aurores se prolongent tard dans la matinée et les nuits commencent à tomber très tôt dans l’après midi. L’explication ? En raison de la réfraction de la lumière du Soleil dans l'atmosphère, celui-ci reste visible quelques minutes par jour, au moment du solstice d'hiver, jusqu'à quelques dizaines de kilomètres au-delà du cercle polaire. Et puis la neige reflète particulièrement bien la lumière, ce qui éclaircit cette atmosphère de nuit polaire, et donne certains jours de magnifiques teintes de bleu au ciel. Certaines nuits, le ciel est très sombre, d’autres il est assez clair avec une couleur orangée.

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