Présentation

  • : 29/08/2006
  • : Mon année dans le Grand Nord
  • sylvain-en-laponie
  • : Le blog de Sylvain en Finlande. Récits et anecdotes sur sa vie pendant neuf mois à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise. Description de l'aventure Erasmus. Carnets de voyages dans la région. Albums photos et réflexions diverses...
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A méditer...


" Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres " Saint Bernard de Clairvaux


" Le monde entier est une patrie. Il n'y a pas de pays étrangers seulement le temps les lie ou les sépare " Stanislaw Balinski


" Autant de pays, autant de moeurs "  Zénobios


" Le but du voyage n'est pas de poser le pied sur une terre étrangère. C'est finalement de poser le pied dans son propre pays comme s'il s'agissait d'une terre étrangère "  Jean Gilbert Keith Chesterton


" Il y a des pays où l'état paie l'étudiant et lui dit merci "  Félix Leclerc


" Rester, c'est exister: mais voyager, c'est vivre." Gustave Nadaud


" On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées." Hippolyte Adolphe Taine


" L'homme qui veut s'instruire doit voyager pour rectifier ce qu'il a appris" Giacomo Giovanni Girolamo Casanova


" Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité"  Proverbe chinois


" Année neigeuse, année fructueuse "  Dicton


" On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé " Alphonse Karr


" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour" Stendhal

Chers lecteurs, merci d’avoir si nombreux et souvent avec autant d’attention suivi les récits de mes aventures et de mes observations sur la Finlande, sa culture et ses habitants. Merci de m’avoir ainsi encouragé à étoffer et poursuivre ce blog tout au long de mon année dans le grand nord. C’est aujourd’hui une grande satisfaction pour moi de l’avoir achevé complet. Il constitue aussi une large part des souvenirs de cette aventure, dans chaque détail qu’il rappelle et la chronologie qu’il dresse.

Je le voulais éclectique et original, j’espère qu’il l’a été. Il se devait être une passerelle avec mes proches pour qu’ils puissent suivre mon aventure à distance… Je crois qu’il a évolué en réalité vers beaucoup plus de détails et de réflexions, notamment avec l’élan de frénésie final… Tant mieux !

Au-delà, il me donne envie de continuer à écrire et les sujets ne manquent pas. Dans quelques temps, j’ouvrirai très probablement un nouveau blog, dont le sujet et le titre restent à déterminer en fonction de la mesure dans laquelle je pourrai intégrer des écrits existants mais inédits et d’autres à venir, dans une même continuité. Encore une fois, à suivre !


La Finlande me manquera. La vie Erasmus aussi. Le goût de la liberté, lui, restera je crois. Je ne pourrai m’en défaire. Ce goût de la liberté, c’est parfois celui de ne rien faire, ou parfois c’est au contraire la volonté de faire beaucoup. Pour une existence qui allie dilettantisme et hyperactivité, subtilement mais sans juste mesure. C’est le fait de se fixer tout seul ses objectifs, et d’oser l’audace d’en négliger d’autres plus conventionnels.

Il y a une évidence. Quand un oiseau s’échappe de sa cage, même aux barreaux dorés, il n’y reviendra pas. Jamais il ne refranchira la petite porte, même s’il elle a été laissée ouverte. Bien vite il aura pris goût au grand air. Malgré tous les aléas de l’en dehors, les risques. Quel que soit le confort de son univers confiné d’origine, l’équilibre qu’il y trouvait, il ne pourra s’y retrouver après son évasion. Cette métaphore illustre sans doute la poésie que je crois retenir de cette aventure.

Le goût de la liberté est une aubaine par tout ce qu’il peut apporter en sagesse, en ouverture d’esprit, en rêves d’avenir. C’est aussi un fardeau en ce qu’on se trouve malgré tout un au milieu d’une masse d’individus qu’une certaine force voudrait conduire à organiser, attribuer un rôle et une place à chacun. Contenir son aspiration à la liberté et se résoudre à occuper cet espace qu’on veut bien nous confier, à condition qu’on n’outrepasse pas ses frontières, conventions et traditions ? Ou cultiver ses rêves, suivre ses intuitions, entretenir ce mouvement qui nous entraîne de surprise en découverte, d’inconnu en révélation ? La raison ou le cœur. La sécurité ou l’incertitude. Le choix d’une vie ! Pas de compromis ?

Bien peu sont ceux qui paraissent aspirer réellement à la liberté. Peut être n’est ce que parce qu’aussi peu y ont un jour goûté. La plupart des gens cherchent des repères, des points de fixation. Ils s’y accrochent pour s’y sentir protégés. D’autres, à l’inverse, les fuient, pour ne pas s’y sentir attachés. Mais le goût de la liberté se transforme souvent un jour en une aspiration déçue. Voila pourquoi beaucoup ont renoncé. Durant cette aventure, j’ai ressenti la douce impression que l’heure de cette terrible renonciation n’était pas encore venue pour moi...


Dresser le bilan de cette année dans le Grand nord, de cette grande aventure Erasmus, je ne voudrais pas que ce ne soit que nostalgie et vénération du passé et des souvenirs de temps désormais révolus. Bien sûr, j’y suis naturellement tenté. Ces lignes laissent je pense transparaître émotion et nostalgie, certes. Mais à travers elles au cours des longs mois et des longues semaines qui ont vu leur écriture progressive, j’ai d’abord essayé d’analyser aussi loin que possible les révélations de cette expérience.


LA BEAUTE ET L’INTENSITE DU VECU

Au cours de cette expérience, j’ai vécu le présent. J’ai bâti un passé positif à travers d’innombrables souvenirs magnifiques de simplicité, d’insouciance et d’insolite, et j’ai préparé le futur, à travers une expérience riche en épreuves, en apprentissage, en adaptations. Vivre, c’est écrire une histoire qui se nourrit de faits mais qui ne prend sens que par ce qu’y ajoute l’imagination. Cette année, les faits furent réels, constitués de contrastes, d’exagérations, de sensations extrêmes, de mouvement permanent. L’imagination, elle, fut certainement tout aussi fertile. C’est ce explique le sentiment d’avoir vécu une expérience forte et belle. La satisfaction d’avoir écrit une histoire à la fois en prise avec la réalité et empreinte de rêves de liberté et de découverte. Avoir, le temps d’une année, vécu pleinement l’exubérance, la prise de risque, l’insouciance, c’est sans doute avoir joué autant que faire se pouvait la carte de la jeunesse.

Certes, il y eut les faces d’ombre et les phases sombres. Il y eut des regrets, des doutes, de la tristesse et de la solitude. Mais je ne veux pas plonger ce blog dans la morosité de la nuance rationnelle. Aujourd’hui je me sens animé d’une intense joie de vivre à l’issue de cette année hors du commun, dont je voudrais imprégner ce blog jusqu’au bout, parce que c’est là l’essentiel finalement. C’est un parti pris de lui donner cette touche, et non la prétention de peindre un vécu idéal. L’amertume viendra bien avec le contrecoup du retour !

Cette aventure avait une teneur de catalyseur d’énergies. Un contexte sur-vitaminé dans lequel on trouve la force et l’envie de multiplier projets et initiatives. On entreprend beaucoup de choses, pour en réussir presque autant. Erasmus, c’est la soif de réussite, ne serait ce que pour une année, celle là. J’ai réalisé de nombreux projets, notamment touristiques. D’autres, plus fous encore, ont été relégués par souci de réalisme ou manque de temps ou d’argent. Il en est ainsi de ce projet que j’ai eu en tête et affiné pendant de long mois de traverser l’Europe en voiture à la fin de mon année lapone.


L’EVEIL ET L’EMANCIPATION DE LA CONSCIENCE

Ce désir intuitif de briser la routine qui avait motivé mon engagement à vivre cette aventure, il s’est traduit pendant celle-ci par mon entraînement dans une dynamique réelle, celle de la conscience européenne et de l’effort conjoint par ceux qui en sont animés de construire une identité et un espace vaste et nouveau, paradigmes de tous les progrès envisageables à l’échelle collective et même universelle. Par ailleurs,
me voici désormais défenseur sincère de l’écologie. Ralliement par attitude, pas par mode. J’ai tout simplement constaté ici la détresse climatique causée par le réchauffement planétaire. Je me sens désemparé pour agir mais suffisamment responsable pour y penser.

L’émancipation apportée par Erasmus, c’est aussi incontestablement un éloignement du simple et du banal vers le beau et le compliqué. Désormais, toutes les dimensions révélées de ma personnalité viendront parfois se heurter les unes aux autres pour définir des choix de vie… Des choix autrefois ignorés, repoussés, et aujourd’hui si évidents. Certes, l’expérience Erasmus réveille chez moi des espoirs de liberté. Toutefois, dans un élan de lucidité, je dois bien admettre que la liberté Erasmus n’est possible que parce que le programme permet, pour une durée limitée, une aide financière conséquente. Quoiqu’il en soit, il est certain qu’aujourd’hui la distance ne me fait plus peur. Cette aventure, ce fut la révélation que ma vie se poursuivra ici ou ailleurs, plus ou moins loin. Partir ne sera plus jamais un sacrifice, ce sera une logique. L’univers du connu et du pareil ne m’attire plus. On se force à imiter, s’identifier, se reconnaître… Je sais maintenant que je préfère surprendre, être surpris, innover, découvrir !

A l’issue de mon année universitaire – puisqu’elle le fut aussi – le bilan que j’en tire est partagé entre satisfaction d’avoir rempli les objectifs nécessaires à sa réussite et réflexion sur l’éclatante modernité du système universitaire finlandais, avec un hommage que je rends aux enseignants (moi qui suis pourtant d’ordinaire critique voire acerbe à l’égard de leurs homologues français…)

Retours sur les prestations
Ce serait probablement jugé « néfaste », « dangereux » ou encore « déviant » en France… En Finlande, c’est un système établi sans scrupules. Les élèves peuvent évaluer leurs professeurs, et sont systématiquement incités à remplir un questionnaire de satisfaction au terme d’une série de conférences. L’impact de l’avis des élèves est d’autant plus fort que le nombre d’élèves par cours est réduit (généralement dix à vingt participants à un cours), que l’anonymat des appréciations est systématique, et que les enseignants concernés eux-mêmes, mais aussi leurs supérieurs hiérarchiques, ont accès aux fameux « feedbacks » (traduisons par appréciations, comptes-rendus). Alors poussons l’indécence d’un tel regard critique jusqu’à une petite note sur ce blog. En tout cas je me garderais bien de faire preuve de trop de sévérité à l’égard des enseignants finlandais rencontrés, la plupart fort sympathiques, d’une grande écoute et d’un dévouement spectaculaire. Ces qualités ne sont pas l’ombre d’une quelconque médiocrité, et le sacrifice de la prétention n’est même pas le revers de l’incompétence. A la Ulapland, j’ai rencontré des enseignants aux profils très divers, de l’universitaire très classique – et non moins atypique quand il s’avère qu’il parle une douzaine de langues et écrit ses manuels dans plusieurs d’entre elles – à  l’ex-chanteur d’un groupe de métal finlandais très honorable ayant quitté la scène pour l’estrade du cours de finnois proposé aux étudiants étrangers.

Bouquet final
Les enseignants finlandais, outre de l’humilité, savent faire preuve à l’égard de leurs étudiants d’une grande sollicitude qui contraste profondément avec la distance et la condescendance affichées par leurs homologues français. Une illustration m’en a été magnifiquement offerte dans la toute dernière ligne droite de mon cursus à la Lapin Yliopisto (« Ulapland »). En quittant Rovaniemi avec mes lourds bagages me manquait encore une poignée de crédits ECTS nécessaire à la validation de mon année, et a fortiori de mon diplôme. Je choisissais donc de les conquérir par le biais de la rédaction d’un essai juridique d’une vingtaine de pages, à valider par deux professeurs différents. Ce qui devait me permettre largement de compléter mon butin ECTS. Achevé en France, cet essai a été envoyé par email tard un de ces jours de retour au bercail. J’accompagnais le document d’un bref message à l’intention de chacun des deux enseignants, soulignant mon espoir d’une évaluation rapide de leur part. Ma surprise fut grande et excellente quand le lendemain, en fin de matinée, je recevais le compte rendu d’évaluation du premier professeur, contenant multiples commentaires gages d’un examen approfondi de mon travail. Le second allait suivre dans la journée !

Outre les 60 ECTS, j’ai acquis à la Ulapland des savoir-faire inédits dans mon parcours universitaire en France, et l’expérience de l’adaptation à un système d’enseignement différent et dans une langue étrangère (l’anglais). Au-delà de cet apprentissage, j’ai découvert un système universitaire véritablement moderne et dynamique (il se remet toujours en cause pour progresser ; il est administré avec lucidité et efficacité), mais aussi novateur, comme j’ai pu l’apprécier à travers l’ambitieux principe de « liberté académique » - une réussite selon moi. Au-delà encore, c’est un univers propice au travail, à la réflexion, à l’ouverture, mais avant tout au plaisir d’étudier avec sérénité. De tous ces points de vue, et en comparaison avec le système universitaire français, il me parait fort bien inspiré.

Les derniers visages des dernières aventures
Tandis que le train glisse sur les rails vers Chartres, je réalise la multitude des rencontres fortuites et éphémères faites ces derniers jours. De mon conducteur suédois très sérieux à ce compagnon de wagon-couchette, un Sénégalais d’Allemagne jouant de son encombrant instrument traditionnel pendant la nuit, en passant par ce jeune plombier norvégien en transit à Oslo dans la même auberge de jeunesse que moi, ou encore cette mère de famille allemande dans le train Copenhague – Hambourg, visiblement à la fois intriguée et interloquée par mon apparence de voyageur exténué et surtout compatissante, autant que pédagogue dans son soutien à mes efforts pour discerner la signification des titres en allemand de son journal. Sans oublier cette jeune voyageuse de nationalité indéterminée croisée dans le train pendant le passage du détroit de l’Øresund, ou cette bande de jeunes Français rencontrés à l’auberge de Copenhague, et avec lesquels j’eus le réconfort de boire une bonne bière rafraîchissante autant qu’apaisante après une longue journée de périple. Des rencontres muettes, aussi, parfois. Comme celle sur le ferry reliant le Danemark à l’Allemagne où je pus observer avec délectation et amusement difficilement caché les scènes de ménage très franches d’un couple de Français vieillissants et bedonnants, et surtout persuadés qu’en dehors de France personne ne saisira la rudesse et le machisme des propos que monsieur assène à Madame. Ultime vis-à-vis avant de subir pour de bon la solitude et l’égarement le plus total de l’exténuation, celui de ces deux femmes à peine âgées qui dédaigneront me céder leur strapontin dans la rame de métro bondée à Paris, et ce malgré mon allure sans doute apitoyante à me tordre sous le poids de mes sacs au fil des changements de direction de la rame et le soulagement manifeste qu’un tel geste m’aurait procuré de toute évidence. Néanmoins, il semblerait bien que le voyageur solitaire, souvent exténué et handicapé par ces lourds bagages, et malgré l’aléa de l’horaire de sa dernière douche savourée, attire à lui la curiosité et la bienveillance des personnes croisées sur sa route. A tous ceux qui redoutent de voyager seuls je recommanderais aujourd’hui cette expérience, gage de rencontres aussi spontanées que parfois surprises !

FIN, à bout de forces
Ces dizaines d’heures de train parfois presque consécutives ne m’ont pas laissé indemne. C’est dans un état physique affaibli que je parcours les derniers kilomètres qui séparent Paris de Chartres. Si je ne suis certes pas dans la peau de l’aventurier extrême revenant du bout du monde (tout juste du bout de l’Europe…) après moult risques et périls (tout juste moult périples…), il semblerait que mon impressionnant chargement, ma solitude et mes traits tirés me donnent au moins la condition et le profil du baroudeur « sur la route ». Comme en atteste en tout cas la moue étonnée des personnes à qui il m’arrive d’indiquer que je voyage ainsi depuis le nord de la Finlande. Somnolant et souffrant de nombreuses douleurs musculaires et dorsales, le Paris-Chartres est ce jour là plutôt un calvaire pour mon corps de baroudeur en fin de route, à l’instar de chacune des secousses affligées par ce train vieux et inconfortable que la SNCF a judicieusement affrété ce jour précis.

A la descente sur le quai, ultime mouvement d’un retour du bout de l’Europe, conclusion d’une année atypique…. C’est la fatigue et le soulagement que je ressens d’abord. L’émotion, la mélancolie et la nostalgie viendront bien vite.

La page se referme, la vie reprend, comme avant. Tout ce qui s’est passé, pendant ces neuf mois, c’est désormais des souvenirs...

Depuis Bergen, longue nuit à bord du train pour Oslo, dans le wagon des sièges, heureusement agrémenté d’un élémentaire confort apporté par la compagnie norvégienne qui offre à chaque passager de nuit un oreiller gonflable, un masque et une paire de boules quiès. Délicate intention, unique en son genre. Destination la capitale norvégienne donc, où il s’agit au petit matin de changer de train, pour Göteborg cette fois, puis Malmö et Copenhague.

La matinée et l’après midi consistent donc pour moi en un long défilé de paysages du sud scandinave, norvégiens puis suédois. Par ici, c’est surtout les plaines et les forêts qui prédominent. Les nombreux arrêts dans les gares du parcours ne manquent pas de laisser entrevoir le charme de nombre de ces petites villes dont une brève traversée m’est ainsi proposée. Pour la deuxième fois en quelques jours, je relie Malmö à Copenhague en franchissant l’impressionnant pont entre les deux rives.

Rendez vous avec mes encombrants bagages, laissés depuis trois jours en toute sécurité dans la capitale danoise. Quelques dizaines de minutes de retrouvailles avec Copenhague – enfin surtout sa gare – puis c’est déjà l’embarquement pour Hambourg. Le train traverse la campagne danoise, avant de s’embarquer tout naturellement sur le petit ferry qui lui permettra de franchir la mer et d’arriver en Allemagne. En 24 heures, j’aurais donc relié la côte ouest norvégienne au nord de l’Allemagne par la voie ferrée.

A Hambourg, bref intermède le temps de traîner mes bagages d’un quai à l’autre et d’embarquer dans un Thalys de nuit à destination familière. Paris, la France. La nuit s’avèrera peu confortable, environné de la présence certes ré-chauffante de cinq voisins de nuit dans cette cabine minuscule remplie à plein de personnes et d’affaires. La dureté et l’étroitesse de la couchette, ajoutées à la fréquence des freinages du train, me rappellent tant le voyage a déjà duré et tant de fois il a fallu tant bien que mal tirer et porter ces dizaines de kilos d’affaires que je convois depuis la Finlande depuis maintenant plusieurs jours. Mon dos me fait souffrir, et le sommeil est difficile. A l’aube, fausse alerte quand brutalement réveillé par deux des pensionnaires de cet étroit compartiment, j’apprends que ceux-ci s’apprêtent à descendre à la gare où nous entrons, Bruxelles. Puis en début de matinée le train à grande vitesse entre enfin dans Paris. Arrivée en Gare du Nord bondée. La file d’attente pour les taxis m’incite vite à prendre laborieusement le chemin du métro, d’une part, et déjà à maudire la difficulté des transports parisiens et la foule française, d’autre part. Me voilà donc dans les couloirs du métro traînant et pliant sous le poids des charges. L’arrivée à la gare Montparnasse et l’épreuve des longs escaliers compléteront le périple souterrain, jusqu’au quai où, enfin arrivé, j’apprendrais que le train pour Chartres vient de partir il y a une minute et qu’il faut maintenant attendre le prochain départ, dans plus d’une demi heure…

Après le Cap Nord et la capitale du pays, j’ai décidé de partir à la découverte d’un autre visage de la Norvège : celui des montagnes et des fjords, en prenant la direction de Bergen, à l’ouest du pays. Beaucoup de raisons de faire cette ultime excursion en train ! D’abord, le Pass Interrail dont je dispose, mais aussi les contrastes des paysages traversés par la ligne Oslo-Bergen, réputée parmi les plus belles du monde…

Le « Oslo-Bergen », un train de haute renommée
Le train "Signatur" Oslo - Bergen commence son trajet par un long tunnel sous la ville. Il part donc de l'altitude 0 pour terminer à la même altitude, mais sur son chemin il montera jusqu'à au moins 1 222 mètres. Le voyage doit durer huit heures. Je suis installé dans un wagon moderne et confortable où ont pris place de nombreux autres touristes. Sur ce début du parcours, une fois sortis du tunnel/de la ville, on découvre des paysages variés, surtout boisés et verdoyants parsemés de belles maisons de bois colorées. Les environs d’Oslo sont vallonnés et on peut remarquer une multitude de lacs. Un peu plus tard, les paysages le long de la ligne deviennent bien plus montagneux et caillouteux. Puis, bientôt, les bas côtés et les paysages sont recouverts de neige, tandis que le train n’en finit pas de monter et que les sommets de ces alpes scandinaves semblent bien se rapprocher ! Au point culminant du parcours, en gare de Finse, à 1 222 mètres, le beau temps de la matinée s’est transformé en temps glacial et le vent balaie les flocons qui tombent du ciel. Le temps d’une brève sortie sur le quai l’instant d’un cliché et il est grand temps de remonter pour me réchauffer mais aussi parce que le train repart ! Nous arrivons bientôt à Myrdal où le train pour Flåm est sur le départ. La ligne Flåmsbana est réputée comme un chef d’œuvre de l'ingénierie ferroviaire. Commence ensuite la longue descente vers les fjords et Bergen. Bien plus tard, le train commence enfin à longer les fjords...

La 2ème ville norvégienne, en position de choix
Avec près de 250 000 habitants et 1000 ans d’existence, Bergen constitue une agglomération majeure en Norvège, la deuxième du royaume après Oslo. Pourtant, l’atmosphère et l’apparence de la cité lui donne des allures de petite ville de pêcheurs perdue aux confins des fjords, de la mer du Nord et des montagnes… En réalité, la municipalité est morcelée entre plusieurs quartiers distincts Sandviken (au nord), Nygaardshoyden (à l’ouest, où se trouve notamment l’université de Bergen), Nygaardstangen (au sud, où se trouvent notamment la gare ferroviaire, où je suis arrivé, et la gare maritime, jusqu’à laquelle j’ai marché) et Mount Floyen (à l’est), qui s’étendent avec harmonie dans plusieurs vallées au gré des reliefs de la ville. Le centre historique se développe autour de Bryggen, vieux port et vieux quartier marchand, qui comporte le célèbre quai dévolu au marché aux poissons (développé par les Allemands au Moyen-âge lorsque ceux-ci dominaient des activités commerciales de Bergen), et compte environ 35 000 habitants. L’isolement de Bergen ne serait donc que limité aux apparences et sans doute pour une large part lié à mon interprétation personnelle marquée par le l’itinéraire tumultueux emprunté en train pour venir jusqu’ici… L’emplacement de la ville s’est toujours révélé très favorable au commerce maritime et, par suite, aux activités commerciales et industrielles, à tel point qu’elle acquit une dimension européenne et même le rang de plus grande ville nordique au Moyen-âge. Bergen, qui fut avant Oslo capitale du royaume de Norvège, a donc depuis longtemps rayonné bien au-delà de sa tradition de ville spécialisée en exportations poissonnières.

L’eau, mot clé pour Bergen
Bergen est opportunément surnommée « ville de la pluie » (ou encore « Seattle européenne »). Sa pluviométrie hors du commun et ses précipitations impressionnantes ont vu fleurir dans les rues des distributeurs de parapluies ! Et selon un dicton norvégien, si chaque norvégien nait les skis au pied, les natifs de Bergen font exception, en naissant eux un parapluie à la main ! Il faut dire que les averses se succèdent, et qu’il est bien dur de rester durablement au sec à l’extérieur en cet endroit ! Scientifiquement parlant, la cause de cette particularité climatique locale serait due au fait que les nuages en provenance de la mer viennent se briser puis se vider sur les montagnes surplombant cette ville côtière. Sinon, du point de vue climatique, Bergen est une ville exceptionnellement chaude compte tenu de sa latitude (environ 8°C de température moyenne annuelle !), en raison du Gulf Stream. Ce serait ainsi une des villes les plus chaudes et les moins enneigées de Norvège. La mer et la pêche occupent une place majeure à Bergen, véritable ville d’eau, si l’on peut dire ! Aussi bien les gros ferries que les cargos et autres petits bateaux de plaisance arrivent aux portes de la ville. Les bateaux de pêche ont eux naturellement une longue habitude de se faufiler jusqu’au plein cœur de la ville, dont le vieux port constitue un véritable point névralgique.

Epilogue touristique chargé d’émotion
Cette longue et triste soirée passée à Bergen entre averses, fatigue et mélancolie vient clore la page touristique du périple. Dans la solitude du voyageur, mes pensées sont aussi déjà à la nostalgie des mois écoulés. Les souvenirs affluent dans mes songes. Dans quelques heures, puis bientôt dans quelques minutes, il sera enfin temps d’embarquer à nouveau dans le train pour Oslo, qui sera le premier d’un long retour vers Chartres, où je dois arriver dans une quarantaine d’heures…

A mon réveil ce matin le ferry s’est déjà engagé dans le fjord d’Oslo, dont la ville du même nom se situe à l’extrémité septentrionale. Malgré le gros détour occasionné, outre des avantages offerts par mon Pass Interrail j’entends bien profiter de ces derniers jours en Scandinavie pour ajouter à mon « tableau de visites » la dernière capitale des pays scandinaves dont je n’ai pas encore foulé les rues. La plus grande ville de Norvège, ce pays étonnant qui réunit tous les superlatifs, ne doit elle pas s’avérer tout aussi passionnante ?

Une ville neuve et moderne
Oslo fut fondée aux alentours de l’an 1048, et s’affirma comme capitale seulement à partir du XIVème siècle. La ville fut rebaptisée Kristiania, en l'honneur du roi Christian IV qui la fit reconstruire après le grand incendie de 1624. Fréquentée par des artistes de renommée internationale comme Henrik Ibsen, Edvard Munch, Knut Hamsun et Sigrid Undset (Prix Nobel de littérature), Oslo connut un véritable âge d’or culturel. Oslo a par ailleurs accueilli les VIe Jeux olympiques d'hiver en 1952, consacrant ainsi son statut de grande ville du monde occidental. En mai 1995, les Accords de Paix entre Israéliens et Palestiniens y furent signés. La capitale norvégienne offre tout de suite une vision rassurante. La gare ferroviaire centrale, qui sera mon repère principal dans Oslo, se trouve à l'est du centre-ville. De là, la porte Karl Johans forme une voie royale jusqu'au palais, traversant le centre-ville d'est en ouest. Très commerçante, l'avenue Karl Johans est la rue principale d'Oslo. Riche en musées, en parcs et en monuments, le centre-ville est un mélange agréable d'architecture ancienne et moderne. La plupart des grands édifices symboliques datent du XIXe siècle, tels le Palais Royal, le Parlement, l’université d'Oslo, le Théâtre national et la Bourse.

Une ville de paix et de tranquillité
La capitale de la Norvège, pourtant première ville du pays, respire une étonnante tranquillité. De nombreux parcs et espaces ouverts donnent un aspect aéré et vert à la ville ; aucun espace vert ou forêt n'est distant de plus de dix minutes à pied de la porte de chaque habitation. La première station de sports d'hiver est à trente minutes au plus du centre-ville. Bien que la surface couverte par la ville soit remarquablement vaste par rapport aux autres métropoles européennes, la population osloïte reste faible. Avec une population d'environ 550 millions d'habitants, la ville regroupe 11,5% de la population norvégienne. Le cadre de vie unique offert aux citadins comporte des contreparties : selon les statistiques de 2006, Oslo est la troisième ville la plus chère au monde en termes de logement, après Tōkyō et Ōsaka ! L’image paisible d’Oslo semble rayonner dans le monde. C’est au Rådhuset, l'Hôtel de Ville, que se tient chaque année la cérémonie publique du Prix Nobel de la paix. A quelques mètres se dresse le Nobels Fredssenter, « Centre Nobel pour la paix », à la mémoire de plus de cent ans de prix Nobel de la Paix et des conflits dans le monde. Symbole majeur pour l’identification de la ville à l’étranger. A quelques mètres de ces deux édifices, l’imposante forteresse médiévale d'Akerhus domine le port de plaisance, au sud. Ce centre de commandement militaire consiste surtout en un ensemble architectural ouvert au public, enchâssé entre deux des baies d'Oslo (Pipervika et Bjørvika).

La Norvège, un pays à part
La Norvège réunit les superlatifs : pays le plus riche (voire le plus cher !), le moins densément peuplé, le plus généreux socialement… La Norvège (de « Norðrvegr », chemin du Nord) occupe tout l’ouest et le nord de la péninsule scandinave. Elle possède ainsi des frontières communes avec la Suède, la Finlande et la Russie. Les côtes norvégiennes s’étalent au total sur plus de 83 000 kilomètres, ponctués de fjords et d’une multitude de petites îles. Elles bordent à la fois la mer du Nord au sud-ouest, la mer de Norvège à l’ouest et la mer de Barents au nord-est. Le pays compte environ 4 600 000 habitants, mais compte-tenu de sa très grande superficie, c’est après l'Islande le moins densément peuplé d'Europe ! Contrairement aux idées reçues, le climat norvégien est raisonnablement tempéré, en particulier sur le littoral grâce à la chaleur amenée par le Gulf Stream. Ainsi, les bateaux peuvent naviguer du sud à l’extrême nord du pays tous les jours de l'année, alors que les eaux de la mer Baltique (entre Suède et Finlande notamment), plus au sud, sont elles prises par les glaces ! En revanche, il est exact que le relief du pays est très accidenté : jusqu’à 2469 mètres d’altitude, pour le mont Galdhøpiggen. Concernant son histoire, la Norvège est également atypique. Pendant la Première Guerre mondiale, elle fut dans le rang des hérauts de la neutralité. Mais lors de la Seconde Guerre mondiale, cette doctrine associée à sa puissance navale dissuasive ne suffît pas à épargner le pays de l'occupation allemande. Dès lors, le concept de neutralité à la norvégienne s'est mué en celui de sécurité collective. La Norvège fut l’un des membres fondateurs de l’OTAN, en 1949. Elle fournit aussi à l’ONU son premier secrétaire général, Trygve Lie. Les Norvégiens, et en particulier les plus pêcheurs, ont refusé à deux reprises par référendum de rejoindre l’Union européenne (en 1972 et en 1994). Cette question divise toujours la population. En revanche, le parlement et le gouvernement sont en dialogue permanent avec les autres pays de la région dans le cadre du Conseil nordique. L’économie norvégienne, enfin, est un bastion prospère du capitalisme social. Le taux de chômage est souvent proche des 2% de la population active. Le gouvernement, par le biais de grandes entreprises publiques, contrôle quelques domaines particulièrement stratégiques, comme une partie du secteur pétrolier. Le pays regorge de ressources naturelles : pétrole, gaz, hydroélectricité, poissons, forêts, minéraux... Les énergies représentent à elles seules près de 40 % des exportations du pays : seules l’Arabie saoudite et la Russie exportent davantage que la Norvège (qui ne fait d'ailleurs pas partie de l'OPEP) ! Malgré tant de prospérité, les Norvégiens sont aujourd’hui …inquiets ! Leurs soucis concernent l’horizon des deux prochaines décennies, lorsque les réserves de gaz et de pétrole commenceront à s’épuiser. C’est pourquoi le pays engrange, depuis déjà plusieurs années, une partie des revenus générés par le pétrole, dans un énorme « fonds pétrolier de Norvège »...

Une journée tranquille de balades curieuses à travers Oslo, à l’issue de laquelle je me sens familiarisé à la singularité norvégienne et à ce cadre de vie certes séduisant mais que certains – touristes ou non – trouveront contraignant voire ennuyant… Oslo est une ville harmonieuse mais sans le charme qui se dégage parfois de villes bien plus tumultueuses.

L’arrivée à Copenhague, après un si long voyage commencé la veille, a quelque chose d’apaisant. D’abord, je me suis débarrassé à la gare d’une bonne partie de mon encombrant chargement, laissée à la consigne où je dois repasser dans trois jours, après mon détour par Oslo. Je me sens donc tout léger et heureux de respirer le grand air du dehors, quand bien même c’est celui du très fréquenté boulevard de la gare, sous un soleil néanmoins fort agréable…

Le Danemark, un melting-pot à la scandinave
Il y a une réalité à l’arrivée à la gare de Copenhague. Une impression qui est peut être celle des personnes oubliées par le temps, des ruraux retirés au fond de la campagne, ou des exilés en Laponie de retour « au sud »… Le Danemark est de toute évidence un pays cosmopolite, où des communautés d’immigrés de provenances variées sont établies de longue ou fraîche date et se mêlent à la population locale. Un contraste d’autant plus frappant et visible que la physionomie de cette population est nettement distinct du profil pâle, blond et élancé des Danois(es) de souche. Oui, à la différence de la Finlande, le Danemark est un melting-pot. Cette première impression se confirme quand, à bord du bus qui me conduit sur l’autre île de la ville où se trouve l’auberge de jeunesse où je dois passer la nuit, j’observe en dehors la variété de commerces « exotiques », et autres kebabs qui différent des petits cabanons à hot dog couleur locale. La majorité de la population est certes d’origine scandinave, et le danois est parlé partout dans le pays, bien qu’une faible minorité germanophone existe près de la frontière allemande. Toutefois, la population comporte aussi un petit groupe d’Inuits (du Groenland), de Féroïens, et surtout 8,9% d’immigrants venus d’ailleurs. Un chiffre comparable aux situations suédoise et norvégienne, ou plus généralement d’ailleurs de la plupart des pays d’Europe occidentale.

Une ville pleine de vie
Copenhague, à l’instar de beaucoup de capitales, est une ville très animée. Mais quand l’animation de certaines rime avec trafic infernal, pas pressés et divers bruits urbains, la capitale danoise semble offrir au contraire un cadre de vie privilégié. D’abord, c’est le paradis des piétons qui occupent l’essentiel de l’espace de la rue. Même les marathoniens sont à l’honneur, en tout cas ce jour ci, puisqu’un grand marathon se déroule à travers les rues du centre de Copenhague. Et les cyclistes ne sont pas en reste. En plein cœur de la capitale danoise, Tivoli apparaît comme le symbole d’une ville vivante et animée. Les jardins de Tivoli constituent en effet une des attractions majeures au centre actuel de Copenhague. Il s'agit d'un parc d'attractions comprenant montagnes russes et autres trains à sensation (très peu pour moi, ces jours ci !), mais aussi lieu d’accueil d’expositions, concerts, etc. La présence de l’eau vient compléter le paysage de ce cadre de vie : de nombreux canaux traversent la ville. Aux bords de ceux-ci et au-delà s’élèvent les monuments royaux qui rappellent l’importance de la ville. Copenhague abrite en effet le parlement national et le gouvernement, mais aussi le siège de la monarchie du pays. En danois, København est une déformation de « Købmandshavn », le port des commerçants, qui rappelle la position stratégique de la ville, à l'entrée de la mer Baltique. La ville de Copenhague est située sur deux îles distinctes : sur la côte orientale de l'île de Sjælland, d’une part, et sur l'île plus petite d'Amager, de l’autre. La population de la région métropolitaine de Copenhague est de plus d’un million et demi d’habitants.

A vos vélos
 !
A Rovaniemi, j’ai pris l’habitude de voir beaucoup de vélos, et devenir moi-même utilisateur quotidien de ce mode de transport pratique et écologique. J’ignorais encore que la petite reine pouvait ailleurs en Scandinavie être encore plus en vogue… A Copenhague, le nombre de vélos à la vue est impressionnant, autant ceux à la circulation que ceux au stationnement. Toutes les rues sont envahies de vélos ici et là. J’ai moi-même pu pédaler dans la capitale danoise grâce aux vélos gratuits à disposition des passants dans le centre ville de Copenhague. Une pièce de monnaie vous permet, à l’instar du fameux système des caddies, de prendre possession d’un de ces nombreux vélos. Une fois l’utilisation finie, il suffit juste de le raccrocher quelque part ; de nombreux « parcs » à vélos sont disponibles dans le centre ville, dans un périmètre défini auquel l’utilisation de ces vélos est limitée. La municipalité a d’ailleurs fait de gros effort pour favoriser l'utilisation de la petite reine : de nombreuses pistes cyclables existent dans quasiment toute la ville, en plus de la flotte de vélos publics gratuits disponible parait-il de mai à octobre.

La modernité décomplexée
Le Royaume du Danemark, est le plus petit des pays scandinaves (si l'on fait abstraction de ses deux régions autonomes, le Groenland et les îles Féroé). Le Danemark est constitué d’une péninsule, le Jutland (Jylland) et de 443 îles, dont 76 sont habitées. Beaucoup d’îles sont reliées par des ponts. Le climat est tempéré avec des étés doux et des hivers frais. Jusqu’au XIe siècle, les Danois participaient aux expéditions vikings, colonisant, commerçant et pillant partout en Europe. Le Danemark a ensuite longtemps tenu un rôle majeur en Europe du Nord, contrôlant à un moment ou à un autre l’Angleterre, la Suède, la Norvège, la mer Baltique et des territoires en Allemagne. Il est membre de l'Union européenne depuis 1973. Le Danemark a une économie de marché moderne. Le niveau de vie est élevé. Très dépendant du commerce extérieur en raison de la taille de son propre marché, le pays tire une partie importante de sa croissance de ses exportations (32% de son PIB), concentrées sur certains produits, notamment produits pharmaceutiques, biens d’équipements industriels, mais aussi pétrole et gaz naturel. Sans oublier des produits alimentaires (porc, poisson, céréales) et des produits manufacturés grâce à une industrie spécialisée dynamique. Plusieurs entreprises danoises ont acquis une notoriété mondiale sur des niches spécialisées en forte croissance (bière, fenêtres de toit, éoliennes, composants pour le chauffage et la climatisation, transport maritime, jouet, etc.). Le fonctionnement du marché du travail se caractérise par un système de flexicurité, qui allie flexibilité pour l’employeur et sécurité pour le salarié.

Coucher de soleil
En fin d’après midi, après avoir pleinement profité de Copenhague et de l’atmosphère qui y règne, il est grand temps de me rendre au port afin d’embarquer pour Oslo. Le temps me manque même, et c’est en taxi que je rejoindrai, heureusement à temps, l’embarcadère. Aucune attente pour accéder à bord du ferry, puisque je suis de toute évidence un des ultimes passagers à franchir la passerelle. Après avoir trouvé ma cabine et entreposé les quelques affaires qui m’accompagnent encore, je file vers le pont, un rituel à chacun de mes voyages en ferry ! Le doux soleil du jour continue à rayonner à la perfection, ni trop brutalement ni trop timidement. A l’horizon on distingue côté ville les entrepôts du port et au loin quelques clochés du centre ville, côté mer de nombreux plaisanciers qui voguent gaiment non loin du ferry mastodonte, et au loin plusieurs lignes d’éoliennes actionnées par le léger vent marin. Il parait que, dépourvu de ressources énergétiques hydrauliques et nucléaires, le Danemark s'est résolument tourné vers la production éolienne en mettant en place un parc considérable, terrestre mais aussi en plein mer, qui répond à 10% des besoins électriques du pays ! Bientôt la sirène du navire vrombit et les quais s’éloignent peu à peu. La direction d’Oslo nous fait toujours longer de près ou de loin les côtes danoises ou suédoises. Je me dirige quant à moi vers la boutique hors taxe chercher quelques victuailles à savourer sur le pont. En fin de soirée, le soleil finit par décliner et nous offrir un magnifique coucher sur la ligne d’horizon marine…

La Suède est un pays fort long, du nord au sud. Les contrastes défilent au fur et à mesure du tout aussi long voyage en train qui me conduit cap au sud toute vers de nouveaux périples sur le chemin du retour définitif. La conclusion de mon année dans le grand nord. Longs aussi le défilé des souvenirs, la nostalgie de l’expérience, la tristesse du retour…

Luleå, la Suède vue du nord
A l’instar de Rovaniemi du côté finlandais, Luleå, avec sa cinquantaine de milliers d’habitants, constitue le pôle principal de la vaste région du Norrbotten. Les principales activités économiques pourvoyeuses d’emplois de la ville sont la mine d'acier et l'université « Luleå University of Technology ». Par ailleurs, une force armée aérienne est en poste à Luleå. La similitude avec Rovaniemi se retrouve dans le style d’urbanisme : pas de constructions très anciennes, aménagement aéré et fonctionnel... D’ailleurs, la ville fut presque entièrement reconstruite, suivant un plan en damier, après le grand incendie qui la dévasta en 1885. Un passé ravageur qui rappelle celui de Rovaniemi, une soixantaine d’année plus tard. La ville est située sur une péninsule au nord du Golfe de Botnie (qui sépare la Suède et la Finlande). Le port de Luleå a une importance particulière (déjà acquise au Moyen Âge) pour le minerai de fer provenant notamment de Kiruna. Pendant l'hiver, le trafic maritime se fait tout à fait normalement avec le support des brise-glaces (le brise glace suédois l’Armada y a son port d’attache). Malgré un doux soleil fort sympathique, la ville de Luleå m’apparut froide et assez déserte, autant sans doute que l’est objectivement Rovaniemi, mais l’attachement dû au vécu en moins, bien sûr. Les Suédois que j’y ai rencontrés – cette jeune hôtesse de l’office du tourisme au regard et à l’accent foudroyants, ou ce passant distingué qui m’a accompagné quelques minutes dans la rue jusqu’à ce qu’il ait obtenu l’information nécessaire à satisfaire la demande d’orientation pour laquelle je l’avais abordé – se sont montrés charmants et particulièrement serviables, à l’image de la politesse et de l’intelligence suédoises qu’on dépeint tant et qui contraste à première vue, certes, avec la rudesse et la froideur des Finlandais.

Défilé de panoramas suédois
J’évoquais il y a quelque temps la primauté de la Suède dans l’incarnation de la Scandinavie et de sa réputation. Côté nature aussi, la Suède semble emblématique du meilleur de la Scandinavie. Le climat suédois est relativement tempéré, même si de grandes variations existent bien sûr entre le sud et le nord du pays. La densité de population est très supérieure au sud. De nombreux lacs, dont certains parmi les plus grands d’Europe, s’assortissent à merveille aux vertes vallées et aussi verdoyantes collines et petites montagnes. Tandis que le sud agricole est constitué de plaines, les forêts sont de plus en plus nombreuses en remontant vers le nord. Côté mer, les rives de la Baltique sont faites de quelques fjords, mais essentiellement de longues côtes entrecoupées avec un très grand nombre de petits golfes. Ce sont tous ces paysages que sillonne mon train aujourd’hui, mon regard par la fenêtre scrutant toutes ces particularités et ces charmes suédois qui défilent, à l’image des troupeaux de moutons et des petites bâtisses de bois rouge éparpillés à l’horizon qui défilent, autant qu’il fuie ainsi l’ennui de la longueur du voyage et la mélancolie du moment.

Sur les rails, jusqu’au pont-tunnel de l’
Øresund
Ce train de nuit qui assure la très longue liaison entre l’extrême nord du pays et la capitale doit arriver à Stockholm à la mi-journée, où je dois rapidement embarquer dans un autre convoi à destination de l’extrême sud du pays. L’arrivée à Stockholm me rappelle mon récent périple dans la capitale scandinave, et cette traversée en train de la ville aux façades colorées et aux rivages escarpés me laisse même apercevoir des secteurs de la ville que je n’avais pas arpentés. Le retour à Stockholm est néanmoins bref. A la gare centrale, j’embarque à bord du X 2000, train suédois à grande vitesse, et au confort bienvenu, à commencer par les prises électriques à disposition qui pourraient à raison faire la jalousie des voyageurs de la bonne vieille SNCF ! Bientôt, il s’élance vers les plaines du sud du pays, ses vastes openfields et ses alignements d’éoliennes. C’est alors qu’après toutes ces contemplations, je me trouve victime de la rigueur suédoise, avec le déplacement du contrôleur à la demande d’une passagère qui avait observé que j’occupais la place numérotée qui aurait du être la sienne. Règlement courtois et efficace du litige, tout de même. Et voyage agréable et sans incident supplémentaire (environ quatre heures pour couvrir la grande distance) jusqu’à Malmö ! Là, nouveau changement qui doit me mener jusqu’à Copenhague. Les deux villes sont séparées de quelques kilomètres par le détroit de l’Øresund, qui relie la mer Baltique au détroit de Kattegat (en direction de la mer du Nord). Copenhague et Malmö sont reliées depuis 2000 par le pont du même nom (côté Malmö, constitué de 52 piliers et 4 pylônes), qui se prolonge par une île artificielle de 4 km de long (pour permettre la continuité de la circulation routière et ferroviaire) puis un tunnel (côté Copenhague, 3,7 km au fond de la mer). L’ouvrage est à deux niveaux, comprenant sur la partie supérieure une autoroute et sur la partie inférieure une ligne de chemin de fer. Le pont de l’Øresund est le plus long pont à hauban à double tablier (route et chemin de fer) du monde. C’est un équipement-phare de la connexion, très active entre les villes – et les régions – de part et d’autre du détroit. De nombreuses fois par jour, en moins de trente minutes, la liaison est réalisée.

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