De l'autre côté de la Baltique, Tallinn, capitale de l'Estonie

Publié le par Sylvain

La traversée du Golfe de Finlande de Helsinki à Tallinn dure trois heures. Après une certaine distance, la glace disparaît, laissant place à une mer d’apparence plus commune. Sous un soleil avenant, le Rosella entre dans le port de Tallinn. Me voici débarqué dans le plus septentrional des trois pays Baltes. D’emblée je perçois un contraste évident avec la Finlande. Je monte dans un taxi, dont le chauffeur est exclusivement russophone, qui me conduit jusqu’à mon hôtel en traversant une ville visiblement en pleine transition…

Arrière cour de récréation

La route de Helsinki à Tallinn, 85 kilomètres en ferry pour traverser le Golfe de Finlande, est bien connue. Tous les week-ends, des dizaines et des dizaines de Finlandais, de la gente masculine pour l’essentiel, vont se détendre à Tallinn… L’Estonie, que certains Finlandais se représentent volontiers comme le petit voisin attardé de la Finlande, est une destination recherchée pour les amateurs de beuveries bon marché, à savoir que l’Estonie regorge de boutiques où l’alcool, de la bière à la vodka en passant par les vins et tout autre genre de boisson alcoolisée, est vendu bien moins cher qu’en Finlande. Ainsi, dans le sens Estonie - Finlande, le ferry embarque de nombreux Finlandais accompagnés de chariots entiers de packs de bières et de bouteilles d’alcools forts. D’une façon générale, à Tallinn on achète l’alcool par chariots. Comme en Finlande, et surtout en Russie, l’alcoolisme reste un problème majeur de la société estonienne. Et puis parfois la « fête » commence sur le ferry, où il est fréquent de croiser des passagers passablement éméchés… Voilà pour la connotation de l’Estonie en Finlande !

Une ville de contrastes

Tallinn est une ville de contrastes. Contraste, d’abord, entre le vrai visage de la ville et celui qu’on voudrait montrer aux touristes. La ville s’est développée autour de son centre historique, moyenâgeux. C’est dans cette enceinte que les hôtels se dressent, et les touristes sont vivement incités à découvrir les curiosités des étroites rues de ce centre organisé autour d’une place principale. Beaucoup de restaurants, de la pizzeria au restaurant turc, en passant bien sûr par de nombreuses gargotes russes en sous sol, et aussi des restaurants proposant de la cuisine typiquement estonienne. Des magasins de souvenirs, aussi, et d’antiquités… Certains de ces derniers proposent des articles d’un genre douteux, de l’emblème soviétique aux divers attirails à l’effigie nazie…

Contraste, ensuite, entre ce que la ville semble avoir été et ce qu’elle est. Certaines rues ou avenues ont encore une apparence stalinienne dans l’architecture et dans l’atmosphère qui y règne, par la sobriété voire la sévérité de l’aménagement. D’autres arborent d’immenses panneaux publicitaires relayant les campagnes des plus grandes multinationales associées au capitalisme. Parfois, immeubles tout en verre, aux formes futuristes abritant galeries marchandes ou sièges d’entreprises, et immeubles sombres, aux angles droits et fenêtres identiques ne dévoilant pas la nature des aménagements qu’ils abritent, cohabitent.

Contraste, enfin, entre ce que la ville est et ce qu’elle va devenir. L’Estonie était il y a quelques années encore un pays pauvre d’Europe… Aujourd’hui, c’est un pays en pleine réussite, aussi bien économique que démocratique. Il réalise parmi les meilleures progressions de l’Union européenne, et devrait adopter l’euro dès 2009. Si toute trace de pauvreté a presque disparu des rues de Tallinn, il est des détails qui vont sans doute encore évoluer dans le cadre de cette transition. Ainsi, le désordre de la circulation s’améliorera sans doute prochainement quand des objectifs de sécurité routière viendront à l’ordre du jour. De même, quand les progrès du système éducatif verront leur impact se sentir à large échelle, l’anglais sera mieux maîtrisé par une plus large partie de la population…

L’Estonie, petit pays à grands voisins

L’histoire de l’Estonie - un pays aujourd’hui peuplé de près d’un million et demi d’habitants, mais qui il y a quelques décennies n’en a parfois compté que quelques centaines de milliers - est marquée par une série de dominations de la part des pays voisins. J’ai pu aussi bien le constater en visitant le petit musée consacré à l’histoire nationale qu’en me promenant dans Tallinn, curieux par la vue et l’ouïe. La quasi-totalité des pays scandinaves et au-delà ont à une période de leur histoire convoité – la plupart du temps avec succès – la petite Estonie (autrefois Livonie). Aujourd’hui, la domination de la Finlande se constate encore. Ainsi, la langue nationale, l’estonien, est une langue dérivée du finnois. Et puis on retrouve en Estonie de nombreuses enseignes et produits finlandais. Mais la domination au plus fort impact reste certainement celle exercée par la Russie, d’abord de 1710 à 1918, puis de 1940 à 1991, sous l’ère soviétique. L’empreinte russe est encore omniprésente, alors même que le pays a délibérément souhaité tourner la page en adhérant il y a trois ans à l’Union Européenne, et en suivant à présent un modèle de développement clairement occidental. On perçoit que la domination russe a plongé de profondes racines dans ce petit pays. Ainsi, la langue russe résonne partout, puisque près de la moitié de la population est russophone et la plupart du temps d’origine russe, tandis que la langue officielle est l’estonien, connaissant elle-même deux variantes. Et puis là où l’identité estonienne faiblirait à s’affirmer, l’identité russe est un recours. Ainsi, les magasins de souvenirs regorgent de produits russes, à commencer par les fameuses poupées russes. Une surprise, à la fin de la visite du musée de l’histoire de l’Estonie : à travers chacune des trois salles, pas un mot sur la période soviétique, qui ne s’est achevée il y a moins de vingt ans, ouvrant une nouvelle page de l’histoire du pays. Renseignement pris auprès d’un membre du personnel, j’apprends qu’il existe bien un « musée de l’occupation », ouvert uniquement un jour par semaine. Etrange.

Ce lundi, en début d’après midi, il est temps de mettre un terme à mes balades curieuses dans Tallinn pour rejoindre l’aéroport de la ville. Décollage prévu pour Stockholm, où j’embarquerai dans le vol pour Paris. Arrivée sur le sol français annoncée dans la soirée…

 

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Publié dans Carnets de voyages

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Marie 28/04/2008 20:58

Désolée mais je vois que vous avez des erreurs dans votre texte... L'Estonie n'a jamais été dominée par la Finlande! La Finlande et l'Estonie ont toutes les deux été dominées par la Suède et la Russie. La langue estonienne ne peut pas être "dérivée" la langue finnoise car les Finlandais sont en fait des descendants des Estoniens, installés en Finlande après l'ère glaciale. La langue estonienne est donc plus ancienne que la langue finnoise... En outre, les Russes constituent moins de 30 pourcent de la population, présents surtout dans la capitale et dans le nord-est du pays.